Education en situation d’urgence : « On a l’impression que l’Etat n’a toujours pas pris la mesure de la crise sécuritaire et ses conséquences sur l’éducation » (Tahirou Traoré)

Après avoir organisé des fora dans les régions pour sensibiliser les acteurs sociaux, les leaders d’opinions à s’impliquer pour la mise en œuvre de la stratégie nationale de l’éducation en situation d’urgence, le coordonnateur national de la coalition pour l’éducation pour tous au Burkina, Tahirou Traoré s’est entretenu ce mercredi 28 décembre 2022 avec la presse. L’objectif étant de continuer à tirer la sonnette d’alarme sur la nécessité pour l’Etat et tous les partenaires de l’éducation à s’impliquer davantage pour que l’éducation pour tous soit une réalité.

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C’est un secret de polichinelle. L’éducation est l’un des secteurs qui souffre énormément de la crise sécuritaire au Burkina. Les derniers décomptes font état de 997 774 élèves déscolarisés suite au terrorisme tandis que 5 574 écoles ont été fermées. Plus de 28 000 enseignants sont hors des classes et certains d’entre eux ont même perdu la vie.

Pour faire face à cette situation, l’Etat a élaboré une stratégie nationale de l’éducation en situation d’urgence, une stratégie à laquelle la coalition nationale pour l’éducation pour tous s’est impliquée corps et âme dans la mise en œuvre.

Ses récentes activités en ce sens à consister en l’organisation de fora dans les régions pour mobiliser les leaders coutumiers et religieux autour de cette stratégie nationale de l’éducation en situation d’urgence et amener les différents acteurs à s’impliquer dans la mobilisation « des ressources qu’il faut tant au plan financier, humain que matériel pour permettre à ces milliers d’enfants qui ne demandent qu’à bénéficier de leur droit à l’éducation, de pouvoir aller à l’école, d’apprendre à lire et à écrire comme les autres de sorte à pouvoir contribuer à l’effort de développement de notre pays ».

Image d’illustration : 997 774 élèves déscolarisés suite au terrorisme

Selon le coordonnateur national de la coalition pour l’éducation pour tous au Burkina, malgré la gravité de la situation, les différents acteurs ne font pas assez pour la mise œuvre de la stratégie nationale de l’éducation en situation d’urgence et à réduire le phénomène des enfants affectés par la crise sécuritaire.

Seulement 10% du montant attendu ont été mobilisés

D’après Tahirou Traoré, pour un besoin de financement estimé à 55,5 milliards de FCFA pour l’opérationnalisation du plan d’action de la stratégie nationale de l’éducation en situation d’urgence depuis 2020, seulement 5 milliards de FCFA ont été mobilisés 3 ans après  soit 10% du montant attendu.

« En 2020, on était à 600 000 enfants affectés. Aujourd’hui on est à près d’un million d’enfants affectés et si on avait prévu 55,5 milliards en son temps, aujourd’hui c’est le triple ou le quadruple qui devait être mobilisé, mais on constate que la part de l’Etat même dans les ressources mobilisées donne froid au dos. En trois ans, l’Etat a mobilisé 1,5 milliards et les 3,5 milliards proviennent des partenaires techniques et financiers », s’offusque Tahirou Traoré.

« Face à une situation où les enfants déplacés internes ont besoin d’être dans les liens de l’apprentissage à travers la réalisation d’infrastructures, l’alimentation, les soins, ça pose manifestement problème. La mobilisation financière est très faible », poursuit le coordonnateur national de la coalition nationale pour l’éducation pour tous.

Mais il n’y a pas que seulement la faiblesse de la mobilisation financière qui pose problème. La coalition nationale pour l’éducation pour tous constate également que la question des procédures est une autre épine qui handicape l’opérationnalisation de la stratégie pour l’éducation en situation d’urgence.

Selon Monsieur Traoré, les procédures restent les mêmes, alors que « dans une situation d’urgence on doit avoir du jour au lendemain la possibilité dès lors qu’on apprend qu’une école est fermée et qu’il y a des populations qui sont déplacées, sur place d’avoir des classes (préfabriquées ou des tentes) pour récupérer ces enfants ». « Mais s’il faut suivre les procédures classiques qui prennent trois à quatre mois pour pouvoir décaisser l’argent, ça pose problème», s’insurge-t-il et de conclure : «  On a comme l’impression que l’Etat n’a toujours pas pris la mesure de la crise sécuritaire et ses conséquences sur l’éducation ».

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