Ici Au Faso | « Rafistoleurs », « masta », ou « toclo » !

Ils sont faciles à remarquer chaque jour lorsqu’ils sillonnent la ville de Ouagadougou. Machine à coudre sur l’épaule et ciseaux en main, ils se déplacent à la recherche du pain quotidien. Vous avez déjà eu peut-être recours à leurs services pour ajuster urgemment une tenue, raccommoder les trous, remplacer une fermeture, remettre des boutons, réparer une fente… Eux, ce sont les tailleurs ambulants ou rafistoleurs, « masta », ou « toclo »… Bref, l’appellation diffère d’un citoyen à un autre. Dans les quartiers, ils signalent leur présence par le son qu’ils font à l’aide de leurs ciseaux pour alerter les éventuels clients. Tailleurs de fortune, ils nous évitent le déplacement et permettent de gagner en temps et souvent en argent. Allons à la découverte de ce métier à part entière dont on en parle peu, mais, dont le service est beaucoup sollicité par de nombreuses personnes.

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Dans la ville de Ouagadougou, la présence des tailleurs ambulants n’est plus à démontrer. Jeunes aventuriers et généralement d’origine étrangère pour la plupart, ils arpentent les rues de la ville et des quartiers, machine à coudre sur l’épaule ou derrière un vélo.

A l’aide de leurs ciseaux, ils font du bruit pour signaler leurs présences. Un bruit bien reconnaissable par les ménages ou les personnes qui sollicitent leurs services. Ils proposent des prestations en raccommodage des tenues vestimentaires pour la plupart du temps. A des tarifs modestes, ils rapiècent les habits déchirés. Les prix des prestations varient en fonction de la complexité du service sollicité.

La machine à coudre d’un rafistoleur sur son vélo
La machine à coudre d’un rafistoleur sur son vélo

Mahamat est un jeune nigérien de plus de la vingtaine qui exerce le métier de couturier ambulant depuis plus de cinq années au Burkina Faso. Avant d’arriver ici au Faso, c’est dans son pays d’origine le Niger qu’il a appris à coudre. Il révèle que la vie était très compliquée pour lui au Niger, raison pour laquelle il a décidé de s’aventurer au Burkina Faso pour rechercher des meilleures conditions de vie.

Mahamat avec sa machine à coudre sur son épaule prospecte les différents quartiers en alertant avec le cliquetis de ses ciseaux. Armé de son atelier de couture ambulant, il est apte à répondre à toute sollicitation pour remettre en bon état les tenues vestimentaires.

C’est avec la modique somme 20.000 F CFA que notre couturier ambulant a acquis sa machine à coudre pour débuter son business. Une machine qui lui rapporte le minimum pour survivre. Avec le peu d’argent qu’il gagne, il affirme s’éloigner des maux de la société.

« J’ai appris à raccommoder les habits avec un grand frère au Niger. J’ai laissé toute ma famille et mes amis là-bas pour venir me débrouiller ici. Au début c’était difficile mais maintenant j’arrive à m’en sortir. Je suis content de ce que je fais parce que je ne vole pas », précise-t-il. 

Mahamat jeune rafistoleur depuis 5ans au Burkina Faso
Mahamat jeune rafistoleur depuis 5ans au Burkina Faso

La combativité, l’autre nom du rafistoleur…

Du lundi au lundi, Mahamat arpente les rues de Ouagadougou. Pour lui, il n’est pas question de se reposer car l’argent ne s’attend pas. Il confie que c’est assez dur d’avoir des clients car il y a des jours où il lui est impossible de rentrer avec 500 F CFA dans la poche.

D’autres fois par contre, la moisson est bonne et il peut se retrouver avec plus de 15 000 F CFA dans la journée. Ne sachant donc pas quel peut être son jour de chance, il préfère sortir tous les jours de la semaine. Les seuls moments où il se repose, c’est lorsqu’il est alité par une maladie qui l’empêche de se déplacer.

Ce métier de rafistoleur n’est sans difficulté. Mahamat explique que la marche et le poids de la machine sur son épaule constitue une grande difficulté. Il s’inquiète de sa santé dans le futur. Aussi, fait-il savoir que certains clients les trouvent trop chers et ne leur donnent pas souvent la totalité de leur argent après la prestation.

Mahamat a, par contre, une ambition. Celle d’arriver à suffisamment épargner pour s’ouvrir un atelier de couture où il pourra faire montre de son talent. C’est pour cela, dit-il, ne pas gaspiller son argent pour se payer un vélo. Il avoue bien s’y plaire dans le métier mais il n’est pas question pour lui de s’y éterniser.

L’activité de ces rafistoleurs est très appréciée par certaines personnes car rendant de nombreux services aux populations. En effet, ces jeunes battants arrivent à fidéliser certains clients chez qui ils vont régulièrement pour prester.

Mahamat le rafistoleur à pied d’œuvre
Mahamat le rafistoleur à pied d’œuvre

Avec l’avancée de la technologie notamment le téléphone portable, beaucoup arrivent à fixer des rendez-vous. « C’est avec l’argent que nous gagnons avec les clients que nous vivons, donc nous sommes obligés d’être courtois avec eux pour qu’ils nous appellent demain. Je donne mon numéro à certaines dames qui me font venir chez elles pour les dépanner en urgence (retouche des tenues vestimentaires) », confie-t-il.

Il est toutefois assez complexe de travailler avec les couturiers ambulants, car ce métier est généralement l’apanage de jeunes ayant quitté leur pays d’origine pour l’aventure. A cet effet, un problème de langue se pose. Les rafistoleurs parlent plus la langue locale de leur pays d’origine.

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Leurs services sont très appréciés par plusieurs personnes. Tant sur le plan financier qu’au niveau du temps. Pour ces clients, c’est une aubaine, grâce aux tarifs modestes et la rapidité. Les ménages avec des enfants sont ceux qui font le plus appel aux rafistoleurs. C’est le cas de madame Yaro qui témoigne.

« Moi j’ai des enfants de bas-âge qui jouent beaucoup. A chaque fois je me retrouve avec des habits qui sont déchirés. Avant, je ramassais le tout pour aller chez le couturier du quartier. Mais ce dernier prenait trop de temps et cela ne m’arrangeait pas. C’est en ce moment que j’ai commencé à collaborer avec les « toclo ». Ils ne sont pas chers, ils sont rapides et j’ai les habits de mes enfants raccommodés donc je les apprécie vraiment », dit-elle, esquissant un large sourire. 

Issouf, un jeune « toclo » qui se débouille dans la ville de Ouagadougou
Issouf, un jeune « toclo » qui se débouille dans la ville de Ouagadougou

Si certains apprécient le travail que les tailleurs ambulants proposent, d’autres par contre sont réticents, car selon eux, ces derniers sont amateurs. Ils préfèrent travailler avec les « professionnels » pour éviter le « bâclage« .

Le rafistolage, un métier bien différent de la couture

Reconnus pour secourir en urgence, les « toclo » ne viennent aucunement en concurrence aux couturiers professionnels qui sont installés dans leurs ateliers, car leur travail est bien précis.

Quel est l’avis des couturiers professionnels sur ces derniers ? La plupart de ceux à qui nous avons posé la question ont soutenu qu’ils ne font absolument pas le même boulot. Ils affirment même que les toclo ne peuvent pas coudre une bonne tenue car ils ne font que du raccommodage. A cet effet, ils ne font pas appel à leurs services pour les aider.

« Les toclo, la plupart de ceux que je connais n’ont pas pris le temps d’apprendre la couture. Ils voulaient du travail assez rapidement donc une fois qu’ils savent pédaler la machine et monter le fil, ils s’adonnent à cela. Néanmoins, il y a certains qui ont innové là-dedans. Ils ont essayé de se trouver un local en faisant des retouches de haute qualité. D’autres par contre, ce n’est que du travail approximatif qu’ils font », explique Tourou Selaboy, promoteur de Selah Design.

Tourou Selaboy
Tourou Selaboy, styliste modéliste

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Quoi qu’il en soit, chacun arrive à tirer son épingle du jeu et avoir son pain quotidien. Il appartient à chaque personne de faire son choix pour les retouches de ses tenues…

Flora KARAMBIRI

Burkina 24 

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