Burkina Faso : Issaka Sombié passe au crible l’efficacité des politiques publiques

Dans cet entretien, l’économiste planificateur Issaka Sombié dresse une analyse sans concession de l’action publique au Burkina Faso. Entre ambitions affichées et contraintes opérationnelles, il met en lumière les avancées, mais aussi les limites d’un système en quête d’efficacité et de souveraineté.
Au cœur de la politique gouvernementale, le Plan national de développement (PND) 2026-2030, également appelé « Plan Relance », constitue la principale boussole de l’action publique. Toutefois, selon Issaka Sombié, les résultats restent en deçà des attentes des populations.
Les indicateurs sociaux en témoignent à savoir le taux de pauvreté avoisine encore les 44 %, tandis que l’accès à l’eau potable plafonne à 77 %. « Il existe toujours un décalage entre les objectifs fixés dans les documents stratégiques et leur concrétisation sur le terrain », souligne-t-il, tout en reconnaissant les efforts engagés dans la reconquête territoriale et la transformation économique.
Parmi les avancées notables, Issaka Sombié met en avant la montée en puissance de l’approche basée sur les données. Le Burkina Faso s’éloigne progressivement des « politiques aveugles » pour privilégier des décisions fondées sur des diagnostics rigoureux.
Grâce au renforcement de l’appareil statistique national, notamment sous l’impulsion de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), les politiques publiques s’appuient désormais sur des données plus fiables. L’adoption, en 2024, d’un guide de maturation des projets vise également à orienter les investissements vers des besoins réels et identifiés.
Pour l’économiste, les obstacles à l’efficacité des politiques publiques sont multiples. Le manque de ressources financières, conjugué à des dysfonctionnements dans la gestion, constitue un frein majeur.
Il évoque notamment les lenteurs administratives, les difficultés de coordination entre secteurs, ainsi que la persistance de la corruption, qu’il qualifie de « cancer » pour l’action publique. À cela s’ajoute la prédominance de procédures encore largement manuelles, qui ralentissent la mise en œuvre des décisions.
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Dans le contexte de la Révolution Progressiste Populaire, le Burkina Faso s’oriente vers un modèle de financement davantage endogène. Si les partenaires internationaux restent importants, leur contribution doit désormais s’aligner sur les priorités nationales.
L’expert salue à ce titre l’émergence de mécanismes innovants, tels que le fonds « Faso mêbo » et le Fonds de soutien patriotique (FSP), qui mobilisent les ressources internes pour financer les projets de développement et l’effort sécuritaire.
Enfin, Issaka Sombié insiste sur l’importance du contrôle dans l’efficacité des politiques publiques. Au-delà des institutions classiques, comme le Parlement ou l’Autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC), les citoyens jouent un rôle croissant.
Avec l’essor des réseaux sociaux, les lanceurs d’alerte et l’opinion publique deviennent des acteurs clés de la redevabilité, contribuant à renforcer la transparence dans la gestion des affaires publiques.
En conclusion, l’économiste appelle à instaurer une véritable culture du résultat au sein de l’administration publique. « Chaque acteur doit se considérer comme un serviteur du peuple », rappelle-t-il, insistant sur la nécessité de répondre concrètement aux attentes des populations burkinabè.




