Circulation à Ouagadougou : Inoussa Barry, cet homme qui régule le trafic malgré son handicap

Le sifflet retentit entre les klaxons et le vrombissement des moteurs. « Stop ! » lance une voix au milieu de la circulation. Quelques secondes plus tard, le même homme lève la main : « Partez ! »

Nous sommes à Tanghin, à Ouagadougou, au feu tricolore situé à proximité du maquis Tity’s, à l’intersection qui mène vers Somgandé, le barrage n°3 Toudoubwéogo et Arb-yar. Au volant de son tricycle, gilet sur les épaules et sifflet à la bouche, Inoussa Barry régule la circulation.

La scène est devenue familière aux usagers de cet axe qui relie notamment l’hôpital Schiphra à Toudoubwéogo. Depuis plus d’une décennie, chaque fois que les feux tricolores connaissent une panne ou un dysfonctionnement, Inoussa prend le relais.

Un sifflet au milieu des moteurs

Ce lundi 24 août 2026, en direction du centre-ville, nous le retrouvons à son poste. Un véhicule approche. Inoussa siffle. Le conducteur ralentit et s’arrête. Il laisse passer les autres usagers avant de poursuivre sa route.

Quelques minutes plus tard, le même scénario se répète. Pour Inoussa Barry, il ne s’agit pas d’un simple passe-temps. C’est devenu une manière de participer à la sécurité routière et de se rendre utile à sa communauté.

« Moi, je mendiais, mais j’ai trouvé qu’il était mieux pour moi de chercher quelque chose à faire au lieu de mendier », confie-t-il.

Un choix qui, selon lui, a changé le regard de sa famille sur lui. « C’est bien de travailler. Lorsque je mendiais sur les voies, mon père venait me chasser. Maintenant, quand il passe me voir ici, il me salue. Il est fier de moi et cela m’encourage davantage », raconte-t-il avec satisfaction.

« Je veux contribuer à réduire les accidents »

Inoussa n’a ni uniforme officiel, ni salaire pour ce travail. Mais il a un objectif bien précis : contribuer à éviter les accidents. « J’ai juste fait le choix de réguler la circulation afin de contribuer à réduire les accidents », explique-t-il.

Mais entre la volonté de l’homme et la réalité de la circulation, il y a parfois un fossé. Tous les automobilistes ne respectent pas ses indications. « Ils sont nombreux ceux qui n’obéissent pas, mais il y a ceux-là aussi qui m’obéissent », reconnaît-il.

Il continue pourtant. Aux heures de pointe, sa présence est particulièrement appréciée par certains usagers. Lorsque les feux tricolores ne fonctionnent plus, son sifflet devient, pour ainsi dire, le signal qui organise le passage des véhicules.

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Au fil des années, Inoussa Barry est devenu un visage connu du quartier. Il ne tend plus la main aux automobilistes. Il leur demande de s’arrêter, de patienter ou d’avancer.

Son handicap physique ne l’empêche pas de prendre part à la vie de la cité. Bien au contraire, il a choisi d’en faire une force pour contribuer, à son niveau, au bien-être collectif.

Un sifflet, un gilet, un tricycle et une volonté inébranlable. C’est avec ces moyens modestes qu’Inoussa occupe chaque jour son poste improvisé.

Dans une ville où les problèmes de circulation et les pannes de feux tricolores peuvent rapidement transformer certains carrefours en zones de tension, son initiative apparaît comme un acte citoyen qui mérite d’être salué.

Au moment où les véhicules reprennent leur ballet, Inoussa siffle encore une fois.

« Stop ! »

Puis, quelques secondes plus tard :

« Partez ! »

Et la circulation reprend.

Bassirou BANDÉ
Pour Burkina 24

Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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