De Ouagadougou à Sephora aux États-Unis : L’incroyable ascension de Mimi Koné, la Burkinabè qui bouscule les codes de la beauté mondiale

Première Burkinabè à intégrer le prestigieux programme d’accélération de Sephora aux États-Unis, Myriam Koné, connue sous le nom de Mimi Koné, franchit une étape historique dans l’industrie mondiale de la beauté. Partie du Burkina Faso avec l’ambition de bâtir son avenir, elle a transformé dix années d’expertise dans la coiffure afro à Londres en une marque de cosmétiques innovante, MORÉ, inspirée de ses racines burkinabè et fondée sur une approche scientifique. Dans cet entretien accordé à Burkina24, l’entrepreneure revient sur un parcours jalonné de défis, partage sa vision d’une beauté plus inclusive et dévoile son ambition : faire rayonner le Burkina Faso à travers une marque africaine capable de rivaliser avec les plus grands noms du cosmétique. Lisez !
Burkina24 (B24) : Comment est née votre passion pour le cosmétique ?
Mimi Koné : Ma passion pour le cosmétique est née très tôt. J’ai toujours aimé le maquillage, les crèmes et les soins. Vers l’âge de 20 ans, j’ai commencé à vraiment prendre soin de ma peau. Puis, à 25 ans, je savais déjà que je voulais créer une marque de cosmétiques et travailler dans l’univers de la beauté.
B24 : Quels ont été les moments les plus difficiles de votre parcours entrepreneurial et comment les avez-vous surmontés ?
Mimi Koné : J’ai d’abord ouvert un salon de coiffure à Londres, que j’ai dirigé pendant dix ans. Au fil des années, il est devenu l’un des salons les plus réputés de la ville, fréquenté notamment par des célébrités et de nombreuses personnalités de la communauté africaine.
Les trois premières années ont été particulièrement difficiles. Je venais de quitter la France pour m’installer à Londres. Je ne parlais pas anglais, je ne connaissais personne, je n’avais ni réseau ni entourage. J’ai dû construire cette entreprise seule.
Le salon s’appelait Mimi & Mina. Après dix années d’activité et une clientèle fidèle, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin. Mes ambitions dépassaient le cadre d’un salon de coiffure. J’ai donc décidé de me lancer dans le cosmétique afin de créer des produits capables d’apporter une véritable différence.
Après dix ans d’expérience à travailler sur des cheveux afro et texturés, mais aussi dans les soins de la peau, je disposais d’une solide expertise. Aujourd’hui, j’ai 40 ans, même si beaucoup pensent que j’en ai 28 (rires). Je me suis dit qu’il était temps de mettre cette expérience au service d’une marque. Nous avons commencé par les soins capillaires, mais notre ambition est également de développer des produits destinés au soin de la peau et du corps.
B24 : Aujourd’hui, vous travaillez avec Sephora, comment cette collaboration est-elle née ?
Mimi Koné : Sephora représente le rêve de tous les entrepreneurs de la beauté. C’était également le mien. Chaque année, Sephora organise un programme d’accompagnement destiné aux jeunes marques. Pour y accéder, il faut déposer une candidature puis passer plusieurs entretiens.
J’en ai passé trois. Lors du dernier entretien, sept personnes composaient le jury. Elles m’ont posé de nombreuses questions. Elles ont apprécié l’expertise que j’apportais grâce à mes dix années d’expérience dans la coiffure, mais aussi l’approche scientifique de MORÉ.
Nos produits sont formulés à partir d’ingrédients sélectionnés sur la base de recherches scientifiques. Le cheveu afro est naturellement plus sec, plus fragile et se casse facilement. Beaucoup de produits présents sur le marché ne prennent pas suffisamment en compte ces spécificités. C’est précisément ce que MORÉ souhaite changer.

Lorsque j’ai créé cette marque, je voulais qu’elle reflète mon héritage. Je souhaitais aussi transmettre l’idée de donner davantage aux femmes. En anglais, « more » signifie « plus ». En même temps, le mooré est l’une des principales langues nationales du Burkina Faso. Le nom MORÉ réunit donc ces deux dimensions : mes racines et l’ambition d’offrir plus. C’est un nom qui résonne aussi bien au Burkina Faso qu’aux États-Unis.
B24 : Qu’est-ce que ce partenariat avec une enseigne de renommée mondiale change pour votre marque et pour votre carrière ?
Mimi Koné : Avant tout, je suis très fière d’être la première Burkinabè à intégrer Sephora. C’est une immense fierté. Sephora va m’apporter un accompagnement, du mentorat et une expertise précieuse. Intégrer cet univers, c’est aussi avoir accès à des millions de consommateurs, aussi bien en ligne que dans les magasins. Aux États-Unis, Sephora compte près de 1 000 boutiques. C’est une opportunité exceptionnelle pour MORÉ et je suis très heureuse de faire partie de cette nouvelle promotion.
B24 : Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels les entrepreneurs africains, notamment burkinabè, sont confrontés pour accéder aux marchés internationaux ?
Mimi Koné : Je pense qu’il y a deux principaux défis : le financement et l’expertise. Il faut créer des produits de qualité qui apportent de véritables résultats. Lorsqu’on dispose d’un bon produit et d’investissements suffisants, il devient possible de développer son entreprise.
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Malheureusement, accéder au financement reste difficile pour de nombreux entrepreneurs africains. Heureusement, les réseaux sociaux permettent aujourd’hui de gagner en visibilité, de bâtir une communauté et, ensuite, de susciter davantage l’intérêt des investisseurs.
B24 : Quel regard portez-vous sur le potentiel de l’industrie cosmétique au Burkina Faso ?
Mimi Koné : Je pense qu’il existe un véritable potentiel. Aujourd’hui, il est encore difficile de trouver des produits de très bonne qualité à des prix accessibles. C’est justement pour répondre à ce besoin que j’ai créé MORÉ.
Notre ambition est de proposer des soins performants, accessibles et adaptés aux besoins des femmes africaines. Avec l’arrivée de MORÉ au Burkina Faso, j’espère que davantage de femmes auront envie d’assumer leurs cheveux naturels. Beaucoup portent des perruques parce qu’elles pensent que leurs cheveux sont trop difficiles à entretenir. Je veux contribuer à faire évoluer cette perception en proposant des solutions efficaces.
B24 : Quelles opportunités voyez-vous pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans ce secteur ?
Mimi Koné : Aux jeunes qui souhaitent entreprendre dans la cosmétique, je dirais d’abord d’être passionnés. Développez une véritable expertise, travaillez plusieurs années dans le domaine, apprenez à comprendre le cheveu ou la peau, puis lancez votre propre marque. L’expérience est un véritable atout.
B24 : Si vous aviez un message à adresser aux jeunes Burkinabè, en particulier aux femmes qui rêvent d’entreprendre, qu’est-ce que vous leur direz ?
Mimi Koné : Je leur dirais de rêver grand. Je suis partie du Burkina Faso à 18 ans. Je suis arrivée en France où j’ai obtenu un bachelor en gestion d’affaires. J’ai ensuite travaillé chez Louis Vuitton, puis dans une clinique avant d’obtenir mon MBA. Plus tard, j’ai tout quitté pour m’installer en Angleterre et ouvrir mon salon de coiffure. Il y a 10 ans ouvrir un salon de coiffure était mon rêve.

Aujourd’hui, je quitte le Royaume-Uni pour les États-Unis, parce que je continue de rêver grand. Je veux construire quelque chose qui dure et créer une marque dont les femmes noires seront fières. Si vous avez un rêve et que vous êtes capables de le visualiser, poursuivez le. N’écoutez pas ceux qui vous disent que c’est impossible. Le chemin sera difficile, mais le plus important est de continuer à avancer, malgré les obstacles.
Interview réalisée par W.S
Burkina 24




