Ici Au Faso : Fleur Sama/Tapsoba, promotrice du « Garage Féminin Wend Panga »

Amoureuse et passionnée de la mécanique, Fleur Sama née Tapsoba est passée de mécanicienne des engins à deux roues (motos) à une mécanicienne généraliste des véhicules. Ambitieuse et soucieuse de travailler à son propre compte, après une longue formation de 15 ans, elle finit par ouvrir son propre garage qu’elle dénomme « Garage Féminin Wend Panga ». Fleur Sama est mariée et mère de trois enfants. Burkina24 est allé la dénicher pour vous. Reportage ! 

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Une âme déterminée à réussir est inarrêtable ! Surtout quand la passion et l’amour s’en mêlent. Fleur Sama/Tapsoba en est une. La mécanique, c’est une vraie passion pour elle. C’est plus qu’une passion d’ailleurs.

C’est une vocation voire un sacerdoce pour cette mère d’une famille de trois enfants. Elle embrassera ce domaine d’abord comme une mécanicienne des motos dont elle disposait d’un garage. Mais ensuite, elle tournera dos aux deux roues pour désormais se consacrer aux quatre roues.

Fleur Sama née Tapsoba, mécanicienne

Nous sommes en l’an 2000, quand Fleur Sama laisse tomber son atelier de réparation des motocyclettes à Koudougou, l’une des plus grandes agglomérations du Burkina Faso, et par ailleurs, le chef-lieu de la région du Centre-Ouest. C’est à la suite d’une discussion avec une de ses connaissances qu’elle prendra cette décision de se former en mécanique générale pour enfin réparer les véhicules.

« Garage Féminin Wend Panga »

Après 15 ans d’apprentissage dans l’un des grands garages de la capitale burkinabè, elle sort comme mécanicienne généraliste. Fraichement sortie de la formation, elle travaillera environ cinq mois dans un autre garage de la place.

Mais cette garagiste et mère de trois enfants n’attendra pas longtemps pour se lancer à son propre compte. Elle crée un garage qu’elle dénomme « Garage Féminin Wend Panga » situé au quartier Kouritenga de la ville de Ouagadougou.

« J’ai commencé comme une mécanicienne de motos. J’avais même un garage. C’est une suite à ça (garage de motos, ndlr), il y a une dame qui est mécanicienne et chauffeuse qui m’a encouragée à faire la mécanique auto. C’est elle qui m’a motivée.

Elle m’a dit « deux roues », c’est bon mais quatre roues, c’est mieux. Effectivement, elle m’a convaincue et je suis allée en formation dans un garage pendant 15 ans, jusqu’à ce qu’en 2017, j’ouvre mon propre garage », retrace-t-elle avec sourire aux lèvres.

Fleur Sama avec ses employés

La formation pour les deux roues, elle l’avait faite à Koudougou. A cette époque, agence-t-elle, peu de femmes s’intéressaient à la mécanique. Au début, les choses n’ont pas été roses pour elle. Même si elle dit n’avoir eu assez de problèmes pour son intégration.

« Ça n’a pas été facile mais à la longue, avec les camarades garçons, on est devenus comme des frères et sœurs. Ils ne me voyaient plus comme une femme mais un collègue garçon comme eux. Vraiment, je n’ai pas eu beaucoup de difficultés surtout avec mes camarades », avance-t-elle.

Le regard de la société

A l’entendre, c’est le regard de la société sur elle qui lui faisait un petit pincement au cœur. Les gens, raconte-t-elle, la traitaient de tous les mots, comme quoi son avenir était grillé. Surtout quand ils la voyaient dans sa tenue d’apprentie mécanicienne baignée d’huile de moteur des voitures. Pour elle, c’est sa vocation. Il n’était pas question de renoncer !

« Il n’y a pas assez de considération pour les femmes qui font ça (mécanique, Ndlr). Immédiatement vous êtes perçue comme une bandite. Il faut être vraiment têtue pour l’accepter. C’est une vocation, alors je me suis dit pourquoi pas m’essayer. Et voilà que depuis juin 2020, j’ai mon propre garage », s’en réjouit-elle.

Vous l’aurez compris, la spécificité de Fleur Sama/Tapsoba, c’est la mécanique générale. Mais dans son garage, elle a des électriciens auto et des jeunes qui font la tôlerie peinture. Elle a également des collaborateurs dans d’autres garages à qui elle fait souvent appel pour des travaux qu’elle ne peut pas faire chez elle.

Dame Sama révèle qu’ouvrir son propre garage a été un défi. Même ses anciens camarades ont essayé de la dissuader en lui disant que ce n’est pas chose aisée pour les hommes et n’en parlons même pas d’une femme.

Ce que femme veut, Dieu veut, dit-on. « Il y a d’autres qui disaient que ce n’est pas sûr qu’elle va continuer. Parce que c’est un milieu qui n’est pas facile. Mais je rends grâce à Dieu, ça fait cinq ans que j’y tiens », se félicite-t-elle.

Un nom captivant

La promotrice du « Garage féminin Wend Panga » atteste qu’elle n’a pas mal de clients. Elle a même noué des partenariats avec certaines entreprises pour assurer la maintenance et la réparation de leurs véhicules.

Sur le nom que porte son établissement « Garage féminin Wend Panga », elle explique qu’elle voulait un nom captivant. Ce nom ne veut pas signifier que c’est un garage destiné aux femmes uniquement. Toutefois, elle éclaircit qu’elle voulait un nom qui soit irrésistible aux potentiels clients.

« C’est fait stratégiquement pour attirer l’attention des gens. Parce que si je disais garage Wend Panga, ça ne peut pas vraiment attirer comme je veux. Mais j’ai mis « Féminin » parce que quand quelqu’un voit garage féminin, immédiatement, il est tiqué et cherche à savoir. Ce n’est pas uniquement pour les femmes, mais c’est pour attirer l’attention des gens », nous éclaire-t-elle en esquissant un large sourire.

Fleur Tapsoba s’éprend de ce qu’elle fait. Dès 7h30 min, elle est déjà dans son garage après qu’elle ait déposé ses enfants à l’école. Son travail n’empiète pas sur ses devoirs de mère et épouse, à l’en croire.

Elle souligne que tout relève d’une bonne organisation. Elle nous apprend d’ailleurs qu’elle sait quand elle commence le travail mais elle n’en sait rien sur l’heure de la descente. Il arrive souvent qu’elle finisse tard et qu’elle regagne son foyer après 20 heures.

« Tout est lié à l’organisation… »

Par exemple le lundi, nous fait-elle savoir, elle est allée à Malou, un village situé dans la province du Bam dans la région du Centre-Nord pour un dépannage. Et elle est rentrée chez elle après 20 heures carrément.

« Tout est lié à l’organisation. Je fais mes plannings de foyer et du travail. Par exemple ce matin, je devais amener les enfants à l’école. Je les ai amenés, les enfants sont rentrés à l’heure. Et moi aussi, je suis à l’heure au garage. C’est une question d’organisation et de planning », apostille-t-elle en nous disant que son mari la comprend, il n’y a aucun souci à ce propos.

Les difficultés qu’elle croise dans son travail sont souvent liées, d’après elle, à l’incompréhension de certains clients qui sont pressés qu’on fasse leur travail tout en oubliant qu’il y a d’autres qui les ont devancés.

Alors qu’elle ne peut laisser un travail d’un autre client entamé. C’est ici le point d’achoppement. Cependant, elle a une voiture qu’elle donne au client qui le désire pour ses courses, le temps que sa voiture soit en réparation.

« Certains clients oublient que quand ils donnent leurs voitures qu’il y a un qui a donné la sienne hier, un autre avant-hier. Vous donnez aujourd’hui et vous voulez que dans trois heures ou 2 heures après que vous ayez votre véhicule. Ce n’est pas simple. Il y a certains qui vous comprennent et qui vous disent de prendre votre temps », dit-elle.

« C’est son travail qui l’appelle… »

Roland Sama est l’époux de Fleur Tapsoba. Il ne considère pas le travail que fait son épouse comme un travail d’homme. Le fait que sa femme regagne la maison un peu tard dans la soirée, voire la nuit, ne pose aucun problème.

« Je vois ça comme une infirmière qui, souvent, est obligée de prendre la garde. On fait avec. Pour ma part, je ne vois pas d’inconvénients qu’elle soit mécanicienne, menuisière ou quoi que ce soit. Ce que je peux faire pour elle moralement, financièrement, je la soutiens », affirme-t-il.

Roland Sama, l’époux de Fleur Sama/Tapsoba

Dans le couple Sama, comme le témoigne, le mari de Fleur, ils ont développé une certaine complicité. Roland Sama dit qu’il sait qu’à n’importe quel moment sa femme peut regagner la maison quelle que soit l’heure. « C’est son travail qui l’appelle. Je ne vois pas d’un mauvais œil, le fait de rentrer peut-être à 22 heures ou à 23 heures », renchérit-il en signalant que depuis six ans maintenant, c’est sa femme qui répare sa voiture dès qu’elle est en panne.

Fleur Sama/Tapsoba est bien connue dans l’univers des garagistes. Son abnégation au travail est saluée par ses pairs.

Noël Ouédraogo est un ami à la promotrice du « Garage féminin Wend Panga ». Ils ont fait la formation ensemble mais Fleur Sama/Tapsoba est assez ancienne que lui dans le domaine. Mais ils ont gardé de bonnes relations, quand bien même lui travaille dans un autre garage.

« Une référence »

Selon lui, Fleur Sama est une « référence » dans le monde des mécaniciens burkinabè. Parce que soutient-il, c’est quelqu’un qui est arrivé à s’imposer et à percer dans un domaine où les femmes se comptent du bout des doigts.

Noël Ouédraogo, garagiste et ami de Fleur Sama

« Elle fait partie des pionnières. C’est un métier qui n’est pas du tout facile. En plus de ça, elles ne sont pas assez nombreuses comme les hommes dans ce métier. Mais désormais, il faut qu’on compte avec les femmes dans la mécanique.

Elles se débrouillent très bien, elles n’ont pas besoin de quelqu’un pour pouvoir s’en sortir. Elles arrivent vraiment à faire le travail correctement comme les hommes le font. Et je me dis même qu’elles ont plus de précision que nous (hommes, Ndlr). Souvent, on est un peu distrait. Quand elles aiment quelque chose, elles le font réellement comme il se doit », commente-t-il en souriant.

Au « Garage Féminin Wend Panga », les tarifs ne sont pas fixes. Ils varient éventuellement selon les pannes. Les pièces proposées aux clients ici viennent pour la plupart du Ghana, du Nigeria, du Bénin, souvent de la Turquie.

En perspective, Fleur Sama songe à créer un centre de formation en mécanique pour les jeunes, surtout les filles…

Willy SAGBE

Burkina24

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