Innovation : À 22 ans, Kushiator Faïsal fabrique des métiers à tisser pour révolutionner le travail des artisans burkinabè

À seulement 22 ans, Kushiator Faïsal a déjà choisi de consacrer une bonne partie de son énergie à une passion qui lui tient à cœur, à savoir inventer. Installé à Ouagadougou, dans le quartier de Tanghin, ce jeune Burkinabè d’origine togolaise travaille dans son atelier sur plusieurs projets, dont deux métiers à tisser qu’il a lui-même conçus.

Dans l’atelier, les machines ne passent pas inaperçues. La première peut produire environ cinq pagnes par jour. La seconde, plus grande et plus performante, peut atteindre une production de quinze pagnes quotidiennement. Une capacité qui pourrait permettre de réduire considérablement la pénibilité du travail des tisserands, habitués à produire manuellement une ou deux pièces par jour.

Pour Faïsal, l’idée de départ était pourtant très simple. Il voulait surtout trouver un moyen de faciliter le travail et de réduire la fatigue.

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« Cette machine, de base, c’était de fabriquer quelque chose qui peut travailler comme un humain, pour rendre la manière de tisser plus facile. Parce qu’à chaque fois, on se fatigue pour lancer manuellement. Et aussi la rapidité, pour pouvoir produire une grande quantité », explique-t-il.

Mais le métier à tisser n’est pas la seule invention sortie de son atelier. Avec son équipe, Faïsal s’intéresse également à la fabrication de couveuses, de fours, de séchoirs ou encore de machines destinées à produire des briquettes. Des créations qui témoignent de son envie de trouver des solutions adaptées aux réalités locales.

Pour autant, il insiste sur un point : ses machines ne sont pas destinées à être utilisées sans accompagnement. « Quand la personne achète la machine, obligatoirement, elle doit suivre une formation pour pouvoir travailler avec la machine », précise-t-il.

Kushiator Faïsal

Derrière les machines qui fonctionnent aujourd’hui se cachent plusieurs années d’essais, d’erreurs et de sacrifices. Faïsal évoque quatre générations de prototypes avant d’arriver à une version suffisamment solide pour être proposée aux utilisateurs.

La première génération était encore loin du résultat recherché. La deuxième a commencé à tisser, mais avec de nombreuses imperfections. Puis la troisième a permis de faire de nouveaux progrès. « Ça a commencé à tisser un peu, un peu, on a amélioré », raconte-t-il.

La quatrième génération, elle, est celle qui lui a finalement permis d’obtenir une machine plus robuste et capable de tenir une certaine cadence de production.

Kushiator Faïsal

Mais avant d’en arriver là, il a fallu affronter les critiques et surtout le manque de moyens. Certains ne croyaient tout simplement pas à son projet. « On a rencontré plusieurs difficultés. De base, l’idée même, les gens disaient que c’était impossible. Qu’ici au Burkina, on ne peut pas. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire au Burkina. Donc ça déjà, c’était une difficulté », se souvient-il.

Pour financer ses essais, le jeune inventeur a dû multiplier les petits boulots. Chaque économie servait à poursuivre les expérimentations et à améliorer les prototypes. Son parcours scolaire n’a pas été linéaire. Alors qu’il était encore jeune, Faïsal a choisi de s’éloigner de l’école pour consacrer davantage de temps à ses créations.

« Moi, c’était vers la classe de troisième. J’ai décidé de laisser l’école pour plus me concentrer. Parce que quand j’étais au CM2, c’était un peu difficile. Je voulais faire des créations et bosser mes leçons en même temps », explique-t-il.

Un choix qui n’a pas été sans conséquences, mais qui illustre la place que l’invention occupait déjà dans son esprit.

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Aujourd’hui, son travail s’inscrit dans un contexte où la transformation locale, le « consommer local » et la recherche de solutions produites au Burkina Faso occupent une place importante. En fabriquant des équipements destinés aux artisans, Faïsal veut contribuer, à son niveau, à rendre certaines activités moins pénibles et plus productives.

Malgré les résultats obtenus, le jeune inventeur reste conscient des limites de son atelier. Ses moyens sont encore modestes et chaque nouvelle amélioration représente un investissement. Il ne cache donc pas son besoin de soutien.

Kushiator Faïsa

« Si on pouvait solliciter des soutiens, des financements… Ici, on travaille avec les moyens du bord. On arrive à avancer un peu, un peu. Mais si on gagne des soutiens, que ce soit personnels ou du côté de l’État, ça va beaucoup, beaucoup pousser le travail », plaide-t-il.

Ses ambitions, elles, sont loin de s’arrêter à la fabrication de quelques machines. Faïsal veut perfectionner ses modèles, former des jeunes et, à terme, créer des emplois. « On pourrait former des gens, des jeunes. On allait prendre beaucoup de personnes aussi », imagine-t-il.

À 22 ans, son parcours rappelle surtout une chose. L’innovation peut aussi prendre naissance dans un petit atelier, avec des moyens limités et beaucoup de persévérance. Faïsal Kushiator n’a peut-être pas commencé avec les grands équipements d’un laboratoire, mais il a commencé avec une idée et la volonté de la rendre concrète.

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Parmi les premières clientes, Assétou Bama. Tisseuse depuis plus de 10 ans, elle a troqué son métier manuel contre la machine de Faïsal. « J’ai vu les machines et je les ai trouvées très intéressantes. J’ai donc décidé de commander la mienne et j’ai également bénéficié d’une formation sur son utilisation.

Le métier à tisser manuel que j’utilisais auparavant demandait beaucoup d’efforts physiques et, surtout, le travail dépendait entièrement de ma présence. Du matin au soir, mes bras et mon dos souffraient. 

Assétou Bama
Assétou Bama

Avec ce métier à tisser automatique, c’est différent. La machine fonctionne pratiquement toute seule. Il suffit de placer correctement chaque fil, de bien les arranger, puis de mettre la machine en marche, et le travail commence.

Cette machine est très bénéfique, car elle me permet de faire d’autres activités pendant qu’elle fonctionne. Aujourd’hui, je sors 3 à 4 fois plus de pagnes qu’avant, avec moins de fatigue. Cela me fait donc gagner du temps, réduit considérablement les efforts physiques et, surtout, ça augmente mes revenus.

Assétou Bama

Grâce à Faïsal, les femmes comme moi peuvent enfin travailler plus intelligemment et non plus seulement avec la force. C’est une vraie délivrance », revèle-t-elle.

Bassirou BANDÉ

Pour Burkina 24

Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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