An II de l’insurrection : Vers une commémoration en rangs dispersés ?

4018 0

Les 30 et 31 octobre 2016, cela fera deux ans que des Burkinabè ont déferlé dans les rues de Ouagadougou et des autres localités du pays pour dire non à la révision de la Constitution et vers la fin, pour exiger le départ de l’ancien président Blaise Compaoré. Deux ans aussi que des forces se sont coalisées pour voguer sur cette vague humaine. Mais 24 mois après, ces forces ne naviguent plus sur le même bateau.

Rappel

Un 23 août 2014, Zéphirin Diabré de l’UPC (Union pour le progrès et le changement), Roch Kaboré du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), Me Bénéwendé Sankara de l’Union pour la renaissance/Parti Sankariste (UNIR/PS) marchaient côte à côte sur le Boulevard France-Afrique pour dénoncer la volonté du chef d’Etat d’alors de modifier la Constitution.

Quelques mois plus tard, un 28 octobre, ils étaient à nouveau main dans la main sur l’estrade dressée à la Place de la Révolution pour lancer « ça passe ou ça casse » au locataire de Kossyam. C’était alors le dernier avertissement. Le reste, tout le monde l’a connu.

Ouagadougou s’est embrasé pendant les deux  jours qui ont suivi au point que la fumée (c’est une image, évidemment !) a fait fuir celui qui a régné pendant près de trente ans sur le Burkina Faso. A cette époque-là, les trois cités plus haut étaient toujours côte à côte. Ils le seront pendant la Transition qui a suivi.

Séparation

Leurs chemins se sont séparés lors de la présidentielle couplée aux législatives pour l’être définitivement après les municipales. Le premier est resté dans l’opposition, pendant que les deux autres ont pris l’avion du pouvoir : Roch Kaboré comme pilote principal, pendant que Me Sankara seconde le second pilote (Salifou Diallo) dans le cockpit.

Depuis lors, « les enfants » de l’insurrection n’ont plus parlé le même langage. Au point qu’ils s’apprêtent, deux ans après les évènements qui ont fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui, à le célébrer dos à dos, écartelant le peuple, celui-là qui était réellement au front et à qui, revient sans aucun doute le mérite d’avoir porté et défendu cette insurrection.

La prouesse d’être le père de l’enfant de tout le monde

En effet, pendant que du côté de l’opposition, une coalition qui se réclame être des forces du « vrai » changement organise depuis plusieurs mois ce qu’elle appelle la « conférence de l’insurrection », le pouvoir, donc le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) avec ses alliés, appelle à faire une commémoration « inclusive » de ce qu’il convient d’appeler « la victoire du peuple burkinabè ».

A noter que tous ces trépignements se font dans une atmosphère marbrée de proclamations de paternité de l’insurrection dite « populaire » (curieux que l’enfant d’une population soit réclamé par un seul père !), avec brandissement de bulletin de naissance à l’appui !

Des divergences cacophoniques qui risquent d’être mal accueillies par les populations et d’être mal vues par tous ceux, à l’extérieur des frontières, qui nourrissent une certaine admiration pour « Le Pays des Hommes intègres ».

Dommage

Il est certain que quelque chose n’a pas marché entre les « capitaines » de l’insurrection. Quelque chose d’assez grave. Les manipulations et autres tentatives malsaines de récupération de part ou d’autre ne sont pas étrangères à cette situation.

Quoi qu’il en soit, si cette commémoration a lieu en rangs dispersés, ce serait bien dommage pour une action qui n’aurait jamais réussi sans cette unité aujourd’hui lacérée.

Abdou ZOURE

Burkina24

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Article du même genre