Burkina : Fêtes sans pétards, c’était possible

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Le lundi 14 décembre 2015, la mesure portant interdiction de l’usage des pétards et autres explosifs similaires à l’occasion des fêtes de fin d’années sur toute l’étendue du territoire national était annoncée par le ministre délégué à la sécurité. Le 21 novembre 2016, le ministère du commerce rappelait que « la production, l’importation, la vente et la détention des pétards pour divertissement appelés jouets explosifs et relevant de la position  tarifaire 36 04, notamment le 36 04 10 00 00 et le 36 04 90 00 00, sont formellement interdits sur toute l’étendue du territoire national ». Un communiqué qui avait été suivi par celui du ministère de la sécurité intérieure une semaine plus tard. En somme, la mesure semble avoir été respectée à la lettre malgré quelques usages signalés çà et là. Malgré l’appel à déposer les pétards déjà entrés sur le territoire, il aura fallu une décente de la police pour que soient saisies 2,8 tonnes dans la nuit du 02 au 03 décembre 2016.  Que pensent les Ouagalais de la mesure et de son  respect ? Burkina24 a tendu son micro à quelques uns pour le savoir.

Fêtes sans pétards ? C’est parce qu’« il y en avait pas »

Amidou Sawadogo, est vendeur de café à la zone du bois. Selon lui, le respect de la mesure est plutôt liée « tout simplement (au fait) qu’il n’y en avait pas ».  « Je crois qu’en première raison, c’est l’Etat qui a fait son travail. Et quand on n’en trouve pas, on ne peut pas le faire », résume-t-il.

Contrairement aux années précédentes, analyse-t-il, « ce ne sont pas les enfants qui ont fait ça. C’est des grandes personnes ». Ce qui indique selon lui, que tout est déjà sur de « bonnes voies », car dit-il,  « si on n’arrive à maîtriser nos enfants et qu’ils ne le fassent pas, le combat est fini ».

« C’est l’Homme qui cherche problème »

Kadidjata Sedego, elle, vend des articles de ménages en plastique dans la même zone. Visiblement informée sur le sujet, elle explique les raisons qui l’ont poussée à suivre le mot d’ordre. « Comme nous aussi, on a entendu à la télé que cette année, on ne veut pas qu’on jette les pétards. Nous aussi, on n’a pas donné l’argent à nos enfants parce qu’on ne veut pas des problèmes », dit-elle. Et ce n’est pas tout.

« Déjà même, ça ne vas pas. Si tu te crées des problèmes, ce n’est pas facile. Voilà pourquoi, nous on n’a pas payé », analyse-t-elle. Engageant un débat en langue mooré avec sa voisine qui elle vend des habits prêt-à-porter féminins, elle ajoute : « On dit que c’est l’Homme qui cherche problème, si non problème ne  cherche pas l’Homme. Si tu donnes 500 ou 250 à l’enfant et qu’il blesse quelqu’un ou qu’il se blesse …».

Ouédraogo Claire Wenkouni gère une épicerie avec un proche. Sans trop s’étaler sur la mesure, elle l’a jugée « très importante » avant d’ajouter que « c’est une bonne idée ».

L’usage des pétards et autres explosifs similaires est interdit sur toute l’étendue du territoire national

Nous trouvons Bagagna Abdoul Razack et ses amis au « grin » en train d’échanger sur les mésaventures de certains lors des réjouissances de fin d’année. S’exprimant sur la mesure elle-même, il a indiqué que, c’est peut-être compte tenu de la situation du pays. « Quand on traverse des situations de crise, il faut prendre des précautions », dit-il.

« Le gouvernement a pris le taureau par les cornes depuis… »

« Vu la situation du pays, enchaîne-t-il  – au niveau des frontières, il y a des attaques – le bruit des fusils et des pétards, il n’y a pas de grande différence. On peut profiter de cela venir tirer sur quelqu’un chez lui et puis on va penser que c’est un bruit de pétard ».

Comme Amidou Sawadogo, lui aussi estime que la mesure a été mieux respectée que l’année dernière. « Effectivement, on a constaté que ça n’a pas été trop utilisé. Si non, à l’heure actuelle, l’année passée, on va voir les enfants dans les six mètres, les bruits par ci par là ». Et si tel a été le constat, explique-t-il, c’est parce que « le gouvernement a pris le taureau par les cornes depuis très longtemps » et que « l’information est vite passée ».

Se contenter de la « joie intérieure »

Préférant s’exprimer sous anonymat, cette étudiante rencontrée dans un kiosque à photocopie, estime que l’interdiction « permettra de préserver la vie des Burkinabè et de tous ceux qui sont au Burkina Faso ». Et puisque « l’utilisation de ces pétards, c’est pour montrer une joie intérieure pas forcément extérieure », « l’essentiel » selon elle, c’est d’arriver à manifester sa joie sans passer par cet usage extérieur que sont les pétards et assimilés.

Oui KOETA                                                  

Burkina24

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