Tribune – « Burkina Faso : Relever le défi sécuritaire à tout prix ! »

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Ceci est une analyse de Aristide Sawadogo sur la situation sécuritaire au Burkina Faso.

Au delà de la récurrence des attaques, du degré de harcèlement des groupes armés djihadistes, de la diversification de leurs modes opératoires, c’est le niveau de réponses apporté jusque-là par les autorités burkinabè qui suscite beaucoup d’interrogations.

Les dernières incursions des groupes ‘‘djihadistes’’ au Burkina Faso, particulièrement dans la région du Sahel au nord du pays, ont semé la mort et la psychose et causé d’importants dégâts matériels. En effet, le mois de septembre 2017 a vu une intensification des attaques de ces groupes dans cette région. Pas moins d’une dizaine d’attaques perpétrées dans les localités de Kourfadji, Diguel, Djibo, Bella Mballou, Mentao, Wouro Saba, Tongomayel, Inata, et Toéni.

Où et quand, les groupes armés ‘‘djihadistes’’ vont-ils encore frapper ? C’est véritablement une saison de ‘‘djihad’’ au Sahel Burkina et les interrogations et inquiétudes sont quasi permanentes.

De janvier à août 2017, ce sont une vingtaine d’attaques qui ont été répertoriées  avec à la clé 65 personnes tuées et 35 blessées. Au total, le Burkina a enregistré depuis le début de l’année près de 30 attaques terroristes ayant fait 68 morts et 51 blessés ainsi que des dégâts matériels considérables.

Figure : Evolution du nombre des attaques terroristes au Burkina Faso depuis le début de l’année 2017

 

Le mois d’octobre qui commence ne s’annonce pas sous de bons augures vu la persistance de la menace. Au delà de la récurrence des attaques, du degré de harcèlement des groupes armés, de la diversification de leurs modes opératoires, c’est surtout le niveau de réponses apporté jusque-là par les autorités qui suscite beaucoup d’interrogations.

Aux lendemains de l’attaque sanglante du 13 août 2017 sur l’avenue Kwamé Nkrumah, le ministre de la sécurité et les responsables de la municipalité ont rassuré les riverains sur des mesures de renforcement du dispositif sécuritaire au travers d’unités mobiles plus fréquentes et plus nombreuses. Malgré ces assurances, le climat de sérénité reste des plus trouble dans la capitale comme dans les provinces surtout avec l’amplification d’activités nébuleuses de ces groupes armés qui semble maintenant menacer le pays tout entier.

Cette situation est d’autant plus inquiétante que de nombreuses représentations diplomatiques n’ont cessé de tirer la sonnette d’alerte sur l’aggravation de la situation sécuritaire ces derniers temps. La dernière en date étant l’évacuation en septembre du territoire burkinabè des 124 volontaires du peace corps travaillant au Burkina.  Elle fait suite à la cartographie sécuritaire établie par l’ambassade de France dès janvier 2017 qui attirait déjà l’attention sur le niveau dégradé de la situation sécuritaire dans le pays. Tout se passe pour ainsi dire comme si le niveau de la menace a été sous-estimé.

Pourtant, depuis 2015, les conséquences de cette crise ont conduit le Burkina Faso à renforcer son dispositif sécuritaire tant à l’intérieur qu’au niveau de ses frontières. L’intensification des opérations de contrôle ont certes limiter la capacité de pénétration des membres des groupes terroristes sur le territoire national.

Mais, face à une menace que beaucoup d’observateurs considèrent comme déjà profond – en témoigne le démantèlement d’une filière djihadiste en plein cœur de Ouagadougou l’an dernier – il faut plus que l’accentuation du contrôle aux frontières pour arrêter le phénomène. La dynamisation des services de renseignement et la collaboration étroite avec les populations constituent à ne pas douter des compléments indispensables pour mieux cerner les acteurs de ce phénomène et leur modus operandi afin de mieux l’endiguer.

Cependant, ces épineuses questions du renseignement et de la collaboration réactivent les débats sur l’opérationnalisation de la fameuse agence de Renseignement burkinabè (ANR) d’une part et, les garanties de sécurité nécessaires à la collaboration des populations d’autre part.

Passé les couacs et les bisbilles dans la mise sur pied de l’ANR en mars 2017, ils sont nombreux à s’interroger sur l’effectivité et surtout l’efficacité de cette instance dirigée par colonel François Ouédraogo. Censé jouer le rôle d’éclaireur, de veille et d’alerte sur les activités des groupes criminels et associés, cette structure qui devait être pleinement opérationnelle depuis juin 2017 semble encore être entrain de chercher ses repères.

En outre, les constants appels des autorités à l’endroit des populations pour plus de collaboration avec les forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme peinent à porter les résultats escomptés. Face à des populations désemparées surtout dans la région du Sahel, craignant pour leurs vies, victimes d’assassinats, de menaces et d’intimidations répétés, la loi de l’omerta semble l’emporter sur l’élan de coopération. Cette crainte est légitimée davantage par l’absence de garanties sécuritaires pour les potentiels collaborateurs qui voient leurs concitoyens se faire traquer et tuer. Il faut pour ainsi dire plus que des appels et déclarations d’intentions de la part des autorités pour susciter et encourager cet élan de collaboration des populations.

Aussi, les actions entreprises par les autorités burkinabè et soutenues notamment par les partenaires dans le cadre du renforcement des dispositifs sécuritaires se traduisent par l’érection de nombreux édifices de gendarmerie et de police dans le Sahel et au delà.  Si la présence de ces installations est encourageant, c’est l’effectif, l’équipement et le professionnalisme de ces forces de sécurité et de défense qui doivent être renforcés.

De nombreuses provinces et localités de l’intérieur du pays souffrent toujours de l’insuffisance en termes de maillage sécuritaire, et la dotation en équipement reste très critique. La réactivité de l’unité spéciale d’intervention de la gendarmerie nationale lors de l’assaut sur les assaillants à Aziz Istanbul, le 13 août dernier, aurait été plus diligente si elle était suffisamment équipée.

Les lueurs de renfort sécuritaire côté régional ne sont pas aussi convainquants pour le moment. Ce mois d’octobre devrait donner en principe le top départ des premières opérations militaires transfrontalières de la force conjointe du G5 Sahel. Cependant, malgré l’inauguration du poste de commandement de la force du G5 Sahel à Sevaré, en début septembre, et les décaissements financiers à compte goutte des Etats et partenaires, un retard évident semble déjà plomber le calendrier  opérationnel de la force.

L’opération militaire menée conjointement avec les forces burkinabè, maliennes et françaises de l’opération Barkhane dans la province du Soum jusque dans le bastion djihadiste de la forêt de Fhero en mars dernier avait pourtant donné des lueurs d’espoir de démantèlement des groupes terroristes opérant au Burkina Faso, notamment le groupe Ansaroul Islam. Cet effort conjoint salutaire mais éclair du reste, n’a fait que fragiliser un temps soit peu les hommes de Maalam Ibrahim Dicko dans cette province Sahélienne du Burkina. Le temps de l’accalmie, ils ont repris du poil de la bête avec leurs opérations de déstabilisation.

Face à des acteurs du monde de l’éducation qui rejoignent leurs postes dans le Sahel en cette rentrée scolaire, il est plus qu’urgent de donner à tous ces agents les conditions minimales de sécurité afin qu’ils puissent exercer leurs fonctions dans une relative stabilité, à l’abris des menaces et des intimidations des groupes armés ‘‘djihadistes’’. 

La décision prise par le ministre de la sécurité d’organiser un forum national sur la sécurité du 24 au 26 octobre est une option louable car elle pourrait créer une synergie des réflexions et des réponses afin de ‘‘ garantir la paix et la sécurité pour un développement durable du Burkina Faso”. Encore faut-il veiller à ce que ces recommandations ne s’ajoutent pas aux nombreuses autres qui ont été formulées ces derniers mois dans le capital burkinabè et qui attendent d’être mises en application.

Wendyam Aristide SAWADOGO

Chercheur, Centre Panafricain – Initiatives pour le Sahel (CP-IS)

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