Burkina : Et si l’armée s’habillait en Faso Dan Fani ?

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Sous la Révolution d’août 1983, le porter était une corvée. Mais dès la transition de 2015, il est devenu une source de fierté. Une mode. Cependant, le Faso Dan Fani (FDF) a du mal à s’imposer. Au grand dam des acteurs de la filière et des Burkinabè eux-mêmes.

Sur les réseaux sociaux, tollé. Du Faso Dan Fani, le pagne tissé burkinabè, et du kôkô dunda, fabriqué par nos mères et valorisé par le styliste Bazem’se,  sont dupliqués dans un pays asiatique pour être revendu au Burkina. Une campagne a fustigé ce comportement jugé non patriotique de certains commerçants burkinabè.

A peine la poussière de cette indignation retombée, une autre polémique éclate. Le ministère de la femme a donné l’autorisation à des importateurs de faire venir un pagne du 8-Mars imprimé dans le pays. Incompréhension des acteurs de la filière Faso dan fani, qui pensaient que le pagne tissé burkinabè allait être proclamé seul tissu officiel de la Journée mondiale de la femme « au Pays des Hommes intègres ».

Mais les importateurs ne se laissent pas démonter. Cela fait 40 ans qu’ils convoient les pagnes imprimés pour le 8-Mars et le leur interdire serait tuer leur business et aussi une violation du principe de la libre entreprise.

Il reste du chemin

Sans aucun doute, le Faso Dan Fani a encore du chemin  à faire avant de s’imposer et la question qui se pose certainement aujourd’hui est la suivante : comment imposer définitivement le FDF ?  Nous entrevoyons quelques pistes de réponses.

D’abord, convaincre les Burkinabè de porter le Faso Dan Fani. Certes, partout, on le dit. Chaque Burkinabè, y compris vous qui parcourez cette chronique des yeux, êtes convaincus qu’il faut affirmer son identité, trouver un point de repère. Mais les citoyens de l’ancienne Haute-Volta ne sont pas nombreux à joindre  la pensée à l’acte. Certains évoquent le coût. Mais est-ce parce que les beignets de votre maman sont chers que vous allez donner tout votre argent à la voisine ? Tout choix de développement a un prix et il faut que les Burkinabè acceptent de le payer.

Cette décision volontariste à la fois collective et personnelle va aboutir sur la deuxième piste de réponse. Si toutes les femmes du Burkina décident de n’acheter que du kôkô dunda et du Faso Dan Fani pour célébrer le 8-Mars, les importateurs de pagnes imprimés oseront-ils lancer des commandes l’année prochaine ? Assurément pas. C’est connu. En commerce, la demande commande l’offre.

Prendre des mesures courageuses

La troisième piste de solution se trouve entre les mains des dirigeants. Bien vrai qu’il y a des principes à respecter dans tous les domaines. Mais ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on décide d’opérer une amputation sur une jambe irrécupérable. Il faut savoir parfois prendre des décisions courageuses. L’Etat burkinabè peut décréter d’imposer le Faso Dan Fani comme pagne officiel unique du 8-Mars, comme il  l’a fait pour  les cérémonies officielles.

C’est une prérogative régalienne pour soutenir l’économie et l’identité nationales. Pour survivre, tout le monde s’y conformera. Du reste, s’il y avait trois entreprises de transformation du coton (qui emploieraient nos tisseuses), il est fort à parier, sous réserve de l’avis des économistes, que le prix d’un boubou en FDF pourrait être à la portée de tout Burkinabè.

Autre élément, le FDF devra prendre la route d’une protection de droit. Si l’on veut aller plus loin pour en faire une identité culturelle, il le faut.

Certes, sur ce plan, il y a des difficultés. C’est ce qu’a indiqué le spécialiste des questions de propriétés intellectuelles, Salia Sanou : « Pour protéger un produit en tant qu’identité culturelle, il aurait fallu que la production des matériaux qui servent à la fabrication tiennent leur particularité ou leur qualité à des particularités géographiques, climatiques de la région. Ou inversement, le produit tient ses qualités de certaines particularités climatiques, pédologiques de la région. C’est ce qu’on appelle les IG (Indications géographiques). Or on retrouve ces mêmes matériaux, les mêmes techniques du Faso dan Fani, en Côte d’Ivoire, au Ghana ».

Les militaires au front en Faso Dan Fani

Cependant, tout n’est pas perdu. Ce que l’on peut faire, c’est de tout faire pour éviter l’importation de ces tissus ou tenues confectionnés semblables d’un quelconque pays. C’est aussi d’envisager un protectionnisme systématique et rigoureux et de promouvoir la fabrication et le port du FDF lors des évènementiels.

Enfin, et c’est notre dernière idée, pourquoi ne pas penser à son institutionnalisation au niveau de certaines structures. Le 11-Décembre 2017 à Gaoua, quelques éléments des Forces armées nationales ont amorcé une initiative intéressante en portant le FDF comme tenue d’apparat.

Que se passerait-il si jamais, l’armée burkinabè, tant sur le théâtre d’opérations que lors des cérémonies officielles, décidait désormais de ne s’habiller qu’en Faso Dan Fani ?

Revelyn SOME

Burkina24

  1. Vous avez commencé votre article par 2 gros mensonges qui m’ont empêché de lire la suite. Renseignez vous. Le port du Faso danfani n’était pas une corvée sous la révolution et ce n’est pas la transition qui a donné au port de cette tenue une source de fierté qu’on connaît aujourd’hui.

  2. Merci Cheik
    C’est maintenant que vous vous posez cette question? Monsieur SOME, commencer pas imposer le FDF à vos amis et parents pour voir leur réaction. Pensez vous nos élites veulent vraiment le développement du Burkina? Imaginez si l’ ministère en charge de l’éducation imposait le FDF aux élèves: Les cotonculteurs étaient sauvés! Visiblement Sankara était 31 ans minimum en avance!
    Vous ne pouvez pas vouloir d’une démocratie taillée sur mesure par vos colons, et vouloir en même temps imposer des choses aux populations.
    Celui qui tenteras d’imposer le FDF ne sera plus là dans un an pour le porter lui-même. On va machiner ses propres frères pour le descendre! Qu’est ce que la France, Chine et autres vendront comme pagne au Burkina qui risquerai d’ailleurs de contaminer ses voisins?
    Arrêtez de rêver SVP

  3. Il faut simplement un courage politique et cela est dommage. Ce ne sont les repères pour nous épanouir qui manquent dans notre passé récent. Il suffit de recadrer l’applicabilité.

  4. N’exagérons rien enfin ! Pourquoi l’armée devrait elle s’habiller en faso danifani? L’armée est un corps spécifique qui a des accoutrements bien adaptés qui tiennent comptent des poches solides à recevoir des armes. Pensez vous que nos danifanis sont des pagnes qui puissent s’accommoder avec les réalités de l’armée?Même sans être de ce corps, je dirai non! Même si on tient tant à ce que les pagnes de nos braves mamans puissent s’acheter dans l’esprit du consommons burkinabé, cessons tout de même de faire des propositions ridicules.

  5. En fait il y a 2 ans j’ai acheté un pagne burkinabé. Mais le problème est que ces pagnes sont de très étroites bandes qu’il faut coudre ensuite et le résultat les coutures laches assez rapidement (moins d’1 an… :( ) , c’est la raison pour laquelle je préfère des pagnes d’une pièces, + facile à mettre en place pour des chemises ou autres robes… J’espère que les FDF vont prendre en compte mon observation…
    Courage aux FDF
    Alexis

  6. Mon cher, commençons d’abord par vulgariser le port de cette cotonnade par l’armée, et pour le reste on verra progressivement. Sans quoi, il serait illusoire de croire qu’on puisse l’imposer spontanément à la population.C’est à ce moment-là d’ailleurs, qu’il sera davantage rejeté. Etant donné qu’on ne peut pas non plus inculquer par amour cette habitude à tout le monde, je crois qu’il faut s’arranger à en baisser les prix également, pour le rendre accessible. Et puis, comme tu viens avec pertinence de le souligner plus haut, ce ne sera pas du jour au lendemain, que tous ces commerçants-là qui ont 40 ans de métier dans le créneau, vont s’écarter pacifiquement. Ils seront même prêts à massacrer tous ceux qui leur feront obstacle.

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