Desserte en eau de Ouagadougou : Le risque d’ «un éternel recommencement»

La capitale Ouagadougou a certes « connu une amélioration notable avec la mise en exploitation de Ziga 2 » depuis avril 2017 mais cela n’a pas mis fin à la rupture de la desserte en eau par l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA). Ce vendredi 23 mars 2018, lendemain de la journée mondiale de l’eau, ils étaient six responsables de l’office à expliquer les raisons.

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La capacité de production journalière pour la ville est de 290 000 m3. Avant la mise en service de Ziga 2, la capacité totale des installations était de 140 000 m3/jour. Mais, « malgré l’augmentation de la capacité de production de plus de 100%, note Patrice Diabri, directeur de l’exploitation de l’ONEA, la distribution de l’eau n’est pas assurée 24h/24 chez tous les abonnés ».

Que comprendre ?

Selon lui, la capacité des conduites principales de distribution d’eau devenue insuffisante au même titre que la densité du réseau ONEA. A cela s’ajoute les changements climatiques qui se traduisent par le non remplissage du barrage de Loumbila (dont) le potentiel est passé de 42 000 m3/jour à 10 000 m3/jour. En plus, les travaux de Ziga 2 qui constituent un tout couvrant la production, le transport, le stockage et la distribution ne sont pas entièrement achevés à l’exception des volets production et transport de l’eau.

Conséquence, circonscrit le chef du service réseau Dieudonné Bagré,  là où les difficultés de desserte se font sentir (coupures qui vont au-delà de 12 heures) ce sont les quartiers en rose (voir carte).

Font partie de ce lot en vigilance orange sur la carte de l’office de l’eau, Tabtenga, la partie non-lotie de Nagrin « alimenté quelque peu » par le réseau ONEA, la cité Azimo, la zone de Pissy tout autour du château d’eau, les alentours du camp militaire, toute la zone de Zagtouli, Rimkièta, Bassinko (cité particulièrement), toute la zone haute de Yagma qui couvre la zone des sinistrés et les communes de Saaba et Pabré en bout de réseau.

Une carte traitant de la situation de la desserte en eau de la capitale Ouagadougou

Habiter au pied d’un château d’eau sans eau

Selon le chef de réseau, cela s’explique par le principe de l’hydraulique. « Ce n’est pas un malheur d’être à côté d’un château » relativise Dieudonné Bagré avant d’ajouter que « c’est plus difficile d’alimenter ceux qui sont au pied du château que ceux qui sont dans les bas-fonds parce que les châteaux sont installés dans les zones les plus hautes ». La résultante, « quand l’eau tombe dans le château, elle coule directement vers le bas-fond » et « il faut que le tuyau soit complètement plein avant que ceux qui sont à côté puissent avoir de l’eau ».

Pour atténuer la souffrance des habitants de ces zones, l’Office national de l’eau vise dans l’immédiat à achever la construction de 50 forages équipés de pompes à motricité humaine dans les quartiers non lotis, celle de postes d’injection d’eau (PIE) dans les zones périphériques qui sont en bout de réseau et à renforcer le programme de réduction des pertes d’eau dans les zones desservies.

« A ce jour, comptabilise Napo Boureima, du service de gestion et de la demande des ressources en eau, nous sommes à trente et sept (37) forages réalisés. Parmi les 37, il y a 21 qui sont déjà en service. Les autres sont en cours de réalisation ». Mais avant d’y parvenir, impuissant, l’ONEA sollicite l’application du principe de solidarité qui consiste à économiser l’eau pour faire profiter les autres en évitant de consommer deux ou trois fois plus que le besoin réel.

Que retenir ?                                            

« Dans le cadre du projet Ziga 2, le plus gros (construire la station, poser les grosses canalisations de transport) est fait mais le plus important (amener l’eau des principaux sites d’arrivée jusqu’aux populations à travers les petits conduits de distribution, les branchements et les bornes fontaines) reste à faire ». Telle est la situation du projet Ziga 2 déclinée par Valentin Sirima, directeur du projet approvisionnement en eau potable de la ville de Ouagadougou à partir de Ziga.

Ce qui reste à réaliser, dit-il, « c’est essentiellement, le renforcement de la distribution par la pose de réseaux ». Cela se résume en la pose de conduites d’une longueur de 700 kilomètres sur l’ensemble de la trame urbaine de la ville de Ouagadougou pour amener l’eau des sites principaux jusqu’aux consommateurs et la réalisation de 52 200 branchements et 160 bornes fontaines.

Les animateurs de la conférence de presse ce 23 mars 2018 sur le site de la station de pompage n°3

« Eternel recommencement »

La fin de ces travaux pourrait impliquer le début d’une relative accalmie. Ce qui suppose maîtriser en partie le mouvement de plus de monde vers la capitale Ouagadougou. Et le directeur de l’exploitation de l’ONEA de faire un petit rappel historique. Avant, a-t-il indiqué, «on avait un problème de production qu’on a résolu. Et les capacités additionnelles devaient permettre d’atteindre l’horizon 2030».

Or, « en termes de planification dans nos pays, souligne Patrice Diabri, les taux d’accroissement démographique, on ne les maîtrise pas. La preuve, on a vécu les mêmes désagréments avec Ziga 1 qui théoriquement devait nous atteindre jusqu’à 2015. On a commencé à vivre les difficultés depuis 2012 le temps de mobiliser les financements pour Ziga 2 ».

Et ce n’est pas tout. « Actuellement, poursuit-il, le barrage de Loumbila est presqu’à sec ». De ce barrage étaient prélevés quotidiennement 42 000 m3 pour répondre au besoin d’eau dans la capitale. A présent,  l’office de l’eau est obligé de descendre à 10 000 parce que « le barrage n’a pas du tout déversé cette année ». Et « si ça se poursuit, alerte le directeur de l’exploitation, on aura perdu une source de l’approvisionnement de Ouaga qui est Loumbila. C’est comme si c’est un éternel recommencement. »

Oui Koueta

Burkina24

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Oui Koueta

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2 commentaires

  1. et on se plie à la décision du promoteur textile d’installer une unité textile à Ouaga. Je présume que l ONEA à attiré l’attention du gouvernement sur les risques pour l’approvisionnement régulier en eau de Ouaga.
    l’industrie textile est grande consommatrice d’eau.
    Ziga peut avoir les mêmes problèmes de remplissage que connaît loumbila.
    La situation que connaît la ville du Cap doit inciter à la réflexion.

  2. Voici une des raisons pour accélérer la politique décentralisation des régions et de concrétiser l’autonomisation économique régionale.

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