Burkina : De l’urgence de rendre «plus forte» la voix du secteur privé

« A un moment critique de son histoire, un carrefour à négocier pour refonder le pacte social dans une nouvelle ère politique, sécuritaire et économique », le Burkina Faso se doit de parvenir à un progrès économique et social substantiel en impliquant le secteur privé. C’est la conclusion de l’étude visant à renforcer la structuration et la gouvernance du secteur privé burkinabè produite par l’Institut FREE Afrik (Burkina) et le Center for International Private Enterprise (CIPE) à Washington aux USA.

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Intitulée « Soutenir le dialogue économique au Burkina Faso », l’étude dresse une cartographie du secteur privé burkinabè autour de plusieurs constats. Il ressort qu’à la date du 31 décembre 2016, plus de 66 000 unités ont été répertoriées avec plus de la moitié (51 %) évoluant dans le secteur du commerce. Arrivent ensuite le secteur des services qui concentre 30% des entreprises, celui de l’industrie 12% et l’artisanat 7%.

« Acteur stratégique majeur, le secteur privé peine toutefois à avoir sa place dans ce partenariat » et « sa voix demeure assez faible dans le débat public ». Or, soutiennent les auteurs du rapport, un secteur privé bien structuré à tous les niveaux, en particulier dans son segment stratégique des PME/PMI, organisé efficacement dans la formulation, l’analyse et le portage de ses préoccupations, et dont la voix porte dans le dialogue politique, constitue un acteur décisif du renouveau attendu.

Le prendre sous cet angle, défendent-t-ils, ce n’est pas chercher ni une dé-légitimation de l’Etat au profit d’un rôle surévalué des acteurs privés ni sa prise en otage par des réseaux d’intérêts particuliers. Le tout, c’est laisser percevoir le défi de la construction d’une relation partenariale stratégique entre l’Etat et le secteur privé légitimement représenté pour la prospérité collective.

Et pour être durable, soutiennent les auteurs, le renouveau politique en construction au Burkina Faso après l’insurrection populaire d’octobre 2014 et les élections de novembre 2015, nécessite un renouveau économique et social pour offrir des fondements solides à la démocratie.

De ce fait, orientent-ils, « il est capital de ne pas faire une fixation sur les réformes politiques et institutionnelles au détriment des attentes économiques et sociales ». 

Le secteur privé burkinabè est concentré dans des activités économiques particulières. © Capture d’écran

Continuité oblige, le débat public est resté focalisé sur ces enjeux sans accorder une certaine attention à la « série de chocs adverses récurrents (révision de l’article 37, insurrection populaire, difficile transition politique et incertitudes qui l’entouraient, coup d’Etat de septembre 2015, la dégradation du climat sécuritaire) qui ont affecté avec une forte intensité les appareils productifs et l’économie dans son ensemble ». Dans une étude antérieure de novembre 2014, Free Afrik estimait les dégâts économiques causés par l’insurrection à près de 120 milliards de F CFA avec pour résultat, « le ralentissement de l’activité économique ».

A tous ces facteurs s’ajoutent les pratiques qui avaient cours sous la présidence de Blaise Compaoré dont la gestion « a produit une économie dominée par ses soutiens et au service de ses intérêts ». Les résultats de cette politique donnent « la libéralisation et les privatisations (qui) ont alimenté la constitution d’une néo-bourgeoisie d’affaires à l’aide de passe-droits, de détournement de deniers publics, d’abus des marchés publics et de l’autorité de l’Etat, de corruption et autres pratiques frauduleuses ».

Des pratiques avec lesquelles il y a nécessité de rompre en faisant de la « place à l’essor des activités productives au profit de la société ». D’où l’urgence, soutiennent les auteurs du rapport, que « la voix du secteur privé soit plus forte et plus audible en vue d’élargir la place réservée aux enjeux économiques dans la délibération démocratique et d’instaurer un dialogue politique favorable au renouveau économique et social ».

Oui Koueta

Burkina24

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Oui Koueta

'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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Un commentaire

  1. Oui assurément! Sans oublier la nécessaire rééducation des populations! Un travail de TITAN!

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