Grossesse en milieu scolaire : « Je ne scolariserai plus ma fille tant que… »

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El Hadj Lassané Ouédraogo, cultivateur à Gassingo dans la Kossi a compris l’importance de l’éducation. Pour preuve, 20 de ses enfants sont à l’école, soit dix au à primaire et autant au secondaire. Mais aujourd’hui la déception du vieux Lassané est grande : quatre de ses six collégiennes sont tombées enceinte. Quel « déshonneur » pour un El adj !

Pour éviter de ternir davantage sa réputation, Lassané Ouédraogo renonce à inscrire encore ses filles à l’école tant que rien n’est fait pour réprimer les auteurs des grossesses indésirées. Il préfère les donner en mariage. Une position qui n’est pas du tout partagée par l’Union des coutumiers et religieux du Burkina (URCB).

Soutenue par l’ONG Save the Children et la coopération danoise, cette structure mène dans plusieurs localités, une lutte pour l’abandon des mariages précoces et contre les déperditions scolaires. L’étape de Dokuy le 17 octobre 2018 a regroupé les leaders communautaires de la commune.

Cette rencontre a suscité un grand intérêt chez les participants à l’image de Lassané Ouedraogo du village de Gassingo. Le septuagénaire n’a pas hésité à prendre la parole pour expliquer, selon lui, les raisons qui poussent certains parents à marier leurs enfants en bas âge. Partageant sa propre expérience, il a déclaré que 20 de ses enfants sont scolarisées dont six filles. Mais quelle ne fut sa déception de voir 4 d’entre elles revenir enceinte. Pour lui, il est inadmissible qu’il investisse toutes ses économies tirées de l’agriculture pour scolariser ses filles et « des bons à rien » viennent les enceinter, réduisant ses efforts à néant et humiliant sa famille.

« On ne tient pas compte de ma barbe blanche »

Le vieux Ouedraogo, visiblement très remonté , dénonce l’insuffisance des infrastructures scolaires qui poussent de nombreux enfants à partir étudier loin de leurs parents et ne bénéficiant souvent d’aucun encadrement. Il réclame surtout l’adoption d’une loi qui réprime les auteurs de grossesses non désirées.

A la question de savoir ce que le vieux Ouédraogo a fait pour éviter de tels désagréments à ses filles, il dit être impuissant face à la situation. « Les enfants n’écoutent plus les vieux. On ne tient même pas compte de ma barbe blanche » s’est-il resigné. Mais pour le coordonnateur provincial de l’URCB Sidiki Traoré, l’enfant qui a reçu, ne serait-ce qu’un seul conseil de ses parents, saura mieux se comporter que celui qui n’en a rien reçu du tout.

Fatoumata Sidibé, elle, n’a laissé aucune chance à sa fille quant aux comportements déviants. « J’ai une fille au Lycée à Nouna. Son père est décédé mais je crois que jusque-là, j’ai accompli mon devoir de mère. Je l’ai mise en garde contre certaines attitudes qui peuvent entraver son parcours scolaire » a-t-elle déclaré avant d’ajouter que le mariage précoce est un phénomène récurrent dans la commune de Dokuy. «  Si ce n’est pas la fille qu’on soustrait de l’école pour donner en mariage, c’est le garçon qui est contraint de quitter les bancs pour se marier et aider son père pour cultiver » s’est-elle désolée.

La rencontre de Dokuy a été l’occasion pour Issiaka Sawadogo, Chargé de projet DANIDA à l’URBC, de rappeler aux parents leur rôle primordial dans l’éducation des enfants. Les leaders communautaires ont été interpellés sur le rôle qu’ils doivent jouer en faveur de certains fléaux qui minent la société. Le chef de Dokuy ainsi que le maire de la commune qui était à la rencontré ont salué à sa juste valeur la démarche de l’URCB et se sont engagés à transmettre le message partout où besoin en est.

Merveille KAPIGDOU‎

Burkina 24

There are 2 comments

  1. Je pense que le Titre doit etre revu. Il ne sert à rien de faire l’apologie de la descolarisation des filles. Je reconnais les frustration de El-Hadj et nonobstant cela, les enfants sans exception doivent aller à l’école.

  2. Monsieur El hadj ouedraigo je vous soutiens moralement, je suis aussi père de 3 filles qui ont toutes travailler pour être a l université aujourd’hui
    Vous avez raison tout est dans les mains de l Etat je me rappel au temps de notre président Capitaine Thomas Sankara le sujet fut brossé lais
    Mais rien n a été entreprise, c est le moment de voter une loi qui doit punir les enceinteurs avec des amendes voir emprisonné c est vraiment un cris de Coeur que le père El hadj ouedraogo a lancé prenez sen réellement en compte.
    Merci

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Rédaction B24

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