Putsch : La gendarmerie a reçu 700 grenades lacrymogènes du CND

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Dans l’après-midi du mercredi 6 février 2019, le lieutenant-colonel Kanou Coulibaly, commandant du groupement mobile de la gendarmerie au moment du Coup de force perpétré par certains éléments de l’ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP), a été appelé à la barre en tant que témoin du Parquet. Il a tenu des propos qui ont conforté le général Gilbert Diendéré. Le témoin a reconnu avoir envoyé un subalterne récupérer du matériel de maintien de l’ordre dont « 700 grenades lacrymogènes ». Il a également reconnu que la gendarmerie a mené des patrouilles lors des événements de septembre 2015, mais pas des missions de maintien de l’ordre.

Le témoin du Parquet militaire, le lieutenant-colonel Kanou Coulibaly, officier de gendarmerie, a indiqué dans l’après-midi du mercredi 6 février 2019 avoir été instruit par son supérieur, le colonel Serges Ouédraogo, d’entrer en contact avec le Commandant Abdoul Aziz Korogo pour récupérer du matériel de maintien de l’ordre, le 18 septembre 2015. Il précise, « ça doit être environ 700 grenades lacrymogènes (…). Mais à ma connaissance, ce matériel n’a jamais été utilisé ».

Après la réception du matériel, le commandant du groupement mobile de la gendarmerie au moment du Coup d’Etat reconnait avoir organisé des patrouilles « pour voir l’état d’esprit de la population et la sensibiliser ». Ce serait, selon ses dires, trois patrouilles qui ont été faites « avant l’arrivée des troupes » de l’intérieur du pays pour contrer le Conseil national de la démocratie (CND) du général Gilbert Diendéré. « Les hommes que je commandais n’ont pas tiré sur quelqu’un », a ajouté le témoin.

Extrait d’un échange entre Me Olivier Yelkouni, avocat de la défense et le lieutenant-colonel Kanou Coulibaly, témoin :

  • Me Olivier Yelkouni: Quand vos hommes étaient sur le terrain, quelle tenue portaient-ils ?
  • Lieutenant-colonel Coulibaly: La tenue Terre du Burkina.
  • Me Olivier Yelkouni: Est-ce que c’est avec la tenue Terre du Burkina qu’on fait de la sensibilisation ?
  • Lieutenant-colonel Coulibaly: Ce n’est pas la tenue qui parle… (Rires dans la salle)
  • Me Olivier Yelkouni: Je vous ai posé une question…
  • Lieutenant-colonel Coulibaly: Excusez-moi. Oui !

A la suite de la déposition du témoin, le colonel-major Boureima Kéré, le Commandant Abdoul Aziz Korogo et le général Gilbert Diendéré ont été appelés pour une confrontation. Les deux premiers ont déclaré n’avoir rien à redire sur les propos du témoin. Quant au général, lui, il a été prolixe. « Les déclarations du lieutenant-colonel Kanou Coulibaly confirment en partie ce que j’ai déclaré à savoir que le matériel de maintien de l’ordre a été demandé par ses supérieurs lors de la réunion du 16 septembre 2015 », reprend le général Diendéré.

« Il en est aussi pour les réquisitions, poursuit-il, et j’avais appelé le secrétaire général du ministère de l’Administration territoriale pour que la gendarmerie fasse le maintien de l’ordre ». Ainsi, contrairement aux déclarations du témoin sur la non-utilisation du matériel, le général est sceptique.  « On ne nous a pas demandé ce matériel pour le stocker et l’admirer (…). Même si c’était une seule grenade, le matériel a été récupéré par ceux qui l’ont demandé (…). S’il n’y avait pas eu cette demande, il n’y aurait pas eu une mission héliportée », renforce le général qui, plus loin, demandera au Parquet de saisir le matériel pour en faire des pièces à conviction.

Revenant sur la participation de la gendarmerie pour les patrouilles, sur insistance de Me Kam, avocat des parties civiles, le témoin a avoué que dès les premières heures du coup de force, les commandants d’unité avaient refusé d’y participer au vu du caractère illégal de la prise du pouvoir. « Initialement, nous tous, nous n’étions pas d’accord pour mener des patrouilles », narre le lieutenant-colonel Kanou Coulibaly. « On nous a dit que notre refus pourrait être assimilé à de la rébellion », auraient soufflé leurs supérieurs hiérarchiques. Cette phrase du témoin a été saisie par le général Diendéré qui indique par-là que « l’implication de la hiérarchie militaire n’est pas discutable ».

« Je ne voulais même pas être témoin »

Bien avant le témoignage du lieutenant-colonel Coulibaly, Eddie Komboigo, expert-comptable et président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) au moment du coup de force, a terminé son audition en qualité de témoin du Parquet dans la matinée. L’expert-comptable qui était inculpé dans le dossier a nié avoir participé à une réunion dans l’après-midi du 16 septembre 2015 pour décider de la sécurisation des domiciles des cadres de son parti.

Confronté à l’inculpé Salifou Ouédraogo du même parti et acculé par le Parquet, Eddie Komboigo perdra patience : « je suis là pour être jugé ou pour être témoin ? J’ai l’impression que je subis un procès alors que j’ai été blanchi (…). Je ne voulais même pas être témoin ».

Le Parquet n’en démord pas et revient sur la provenance des 15 millions de F CFA remis à Achille Tapsoba, témoin, dont 10 millions ont été remis à l’inculpé Salifou Sawadogo. Eddie Komboigo refuse de répondre. Le Président du Tribunal insiste. « Est-ce que les 15 millions proviennent d’une banque ? », relance-t-il. L’expert-comptable refuse de répondre. « Je ne peux pas divulguer les sources de financement de mon parti », s’est-il contenté de lancer.

La séance du mercredi 6 février 2019 a été suspendue peu avant 17h à la fin de l’audition du second témoin du jour, le lieutenant-colonel Kanou Coulibaly. Elle reprend le vendredi 8 février 2019. Un autre témoin sera à la barre.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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