Lettre ouverte du MADEE au Président du Faso sur le Plan d’action de la Transition

Le Mouvement Africain pour les Droits Environnementaux dans la région de l’Est dénommé MADEE a pris connaissance du Plan d’action de la Transition (PAT) qui constitue une boussole pour mieux agir dans ce contexte de transition.

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Ce PAT fixe son socle sur quatre piliers, Lutter contre le terrorisme et restaurer l’intégrité territoriale, Répondre à la crise humanitaire, Refondre l’Etat et améliorer la gouvernance, Œuvrer à la réconciliation nationale et à la cohésion sociale. Pour ces points cardinaux, la colonne vertébrale semble être la gouvernance et la restauration sécuritaire, politique et économique.

Quid de l’écologie dans ses aspects de crise, de restauration/réhabilitation, de réconciliation et de gestion communautaire pour le développement local. Nous notons qu’au pilier 3, une mention est faite sommairement sur l’Inversion de la tendance de la dégradation de l’environnement et des ressources naturelles pour favoriser la résilience climatique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Deux éléments d’actions sont énumérés à savoir, la sécurisation des espaces de conservation et forêts classées de l’Etat et l’évaluation de l’impact des pratiques de récupération des terres dégradées et l’accroissement du couvert végétal. Nous saluons globalement ce PAT et l’inscription de ces deux actions écologiques. Seulement nous affirmons que cela reste insuffisant face aux enjeux écologiques et mérite reconsidération. Pour assurer un équilibre, il faudra peut-être un cinquième pilier ou point cardinal, le centre c’est-à-dire l’écologie.

Le MADEE souligne que la question d’insécurité révèle bien la conjugaison des crises : crise politique, crise humanitaire, crise sociale et bien évidement une crise écologique. Les attitudes et comportements observés des populations démontrent tout l’échec des politiques écologiques. On est témoin du pillage des ressources écologiques de la faune, de la flore durant cette période de crise sécuritaire.

Ce braconnage et la carbonisation illégale sont devenus le train-train quotidien de certaines populations. Tout cela comme pour exprimer leur liberté d’accès aux ressources contrairement aux périodes normales de conservation des ressources écologiques, périodes soumises à certains contrôles et à un regard des services de l’Etat.

Aussi, ces ressources écologiques sont réellement menacées et risquent d’atteindre une situation de non-retour à l’équilibre dynamique. Il faudra donc plus d’énergie à développer pour la réhabilitation et la restauration des ressources écologiques. Surtout que nous savons que les réservoirs de ressources constituent les refuges des groupes terroristes et des bandes de narcotrafiquants qui en font une manne à exploiter sans limite.

L’autre facette est que les conditions de réinstallation des populations imposent non seulement une amélioration de la dynamique écologique favorable aux activités socio-économiques mais aussi des comportements plus vertueux et respectueux des ressources écologiques.

Aussi, n’y a-t-il pas lieu, une fois pour toute, de juguler la question de l’occupation des aires protégées par des villages entiers ? Cela signifie que les relocalisations et réinstallations sont à envisager vers d’autres sites pour une meilleure sécurisation des espaces de conservation et des forêts. Sans oublier que de nombreux conflits communautaires et socio politiques prennent leurs racines dans les comportements liés à l’accès aux ressources écologiques.

En somme, cette crise de sécurité exacerbe la crise écologique et a mis à nue la gouvernance écologique. Une véritable restauration et réconciliation, transformation sociale vertueuse envisagée et de développement durable recherché, passe par une éco-citoyenneté à construire.

Monsieur le Président, faisons-en sorte que cette transition soit empreinte de valeurs écologiques profondes. Dans ce sens, le MADEE fait les propositions d’actions suivantes :

  • L’institutionnalisation de l’éducation environnementale et sa formalisation dans tous les ordres d’enseignement et de formation professionnelle ;
  • L’élaboration d’un plan d’urgence et de réhabilitation écologique ;
  • La création d’un service spécial de renseignement forestier rattaché aux autres renseignements ;
  • La constitution d’un mémorandum écocitoyen ;
  • Le renforcement de la juridiction des crimes écologiques ;
  • La systématisation et l’intensification du suivi des évaluations environnementales, et la création d’un fonds spécifique.

Monsieur le Président, c’est le moment de créer cet ancrage écocitoyen. C’est maintenant que nous devons commencer à penser mais aussi à changer de comportements pour une transition écologique réussie. Ce sursaut nécessite des engagements et sacrifices de tous et aussi une pleine participation et une meilleure répartition des retombées issues de la valorisation des ressources écologiques. La centralité écologique doit être le carrefour des points cardinaux.

Monsieur le Président, voilà la vision du MADEE dans cette étape de transition tout en espérant une considération de notre contribution.

Pour un Burkina écologique, en avant !

Soyons des écocitoyens vigilants !

Le Directeur exécutif du MADEE

Alassane NAKANDE

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