Ici Au Faso : « On va apporter des Grammy Awards au Burkina Faso » (Marko)

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Il est jeune. Il fait sans doute partie des artistes de la jeune génération qui n’ont d’autres ambitions que de porter très haut les couleurs du pays des Hommes intègres. Cela se laisse voir à travers leurs clips de haute qualité, et des featuring avec des grands artistes à l’échelle internationale. Sawadogo Cheick Abdoul Kader Marcus à l’état civil, et connu sous le pseudo Marko, n’est pas une figure qui est à mettre à l’écart. Il est la définition pure et simple du mot talent. Avec une voix suave, il détient le secret d’allier chant et rap, un véritable cocktail qui donne envie de consommer ses œuvres sans modération. Aussi longtemps, il était méconnu du grand public même si dans son « Bobo natal » il avait déjà allumé les premières étincelles de sa carrière. C’est ainsi qu’il va charmer celui-là même qui se fait appeler le Rap King 226, Huguo Boss qui décide de le produire. « On s’amuse » est visiblement le fruit de cette collaboration. Plus qu’un simple hit, c’est à travers ce titre qu’il va marquer son entrée dans la sphère musicale burkinabè. Après un grand succès qu’a connu ce titre, Marko ajoute une autre pierre belle à sa carrière avec le titre « Bloko ». Plus aucun doute, Marko est un poids lourd de la nouvelle génération, pour plus d’un. Certains même le comparent à l’ex membre de Sexion d’assaut, Black M. Dans cet entretien, le filleul de Huguo Boss dépeint avec aisance les contours de sa carrière. 

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B24 : Pourquoi avoir choisi d’embrasser la musique ?

Marko : Le choix ne s’est pas fait tout de suite. Il n’y a pas d’artiste chez nous à la maison, dans la famille non plus. Naturellement, à l’adolescence, tout le monde s’intéresse à la musique et Marko aussi s’intéressait à la musique.

On essayait de faire comme tout le monde. Mais au-delà de ça, essayer d’apporter sa touche personnelle. C’est donc en apportant sa touche personnelle qu’on se dit, est-ce qu’on ne va pas essayer d’embrasser une carrière, en faire une chose sérieuse. C’est de là que tout est parti.

B24 : Comment s’est passé votre début dans la musique ?

Marko : Au début ça n’a jamais été facile ; effectivement les parents n’étaient pas d’accord comme vous devez vous en douter parce qu’ils trouvaient ça très gauche. Le milieu artistique au Burkina est mal vu parce que on se dit qu’il est artiste, c’est qu’il a déraillé et les parents étaient un peu réticents. Mais j’ai montré aux parents que ça n’impactait pas sur mon école car les moyennes étaient toujours calées, ça allait, ça continuait les études. Depuis la troisième, j’allais en studio, je m’asseyais et je participais seulement ; je n’avais pas d’argent pour enregistrer, je participais seulement.

Et un jour, j’ai dû enregistrer un titre, après deux titres, je les ai gardés dans  mon  téléphone puisque ma musique est plus qu’émotionnelle, je n’avais pas envie de partager. Et puis un jour il y a des potes qui ont écouté, ils ont dit que ‘haa mais c’est bien, pourquoi tu ne partages pas?’ J’ai commencé à partager avec des amis ; ça a donné ce que ça a donné et il y a des gens qui m’ont contacté, et finalement je suis là, pour faire court…

B24 : Quel titre vous a-t-il révélé au grand public ?

Marko : C’est une chanson d’ordre très personnel, j’aime les vraies émotions à l’état pur dans les chansons. Quand l’artiste est triste, la chanson est triste, quand l’artiste est en colère, la chanson dévient harde. C’est d’ailleurs pour ça que je chante et je rappe en même temps puisque le rap c’est pour les émotions brutes, plus hardes.

Donc il y a une chanson qui s’appelait lady shine. Lady shine ça vient d’un film que j’ai regardé et j’ai beaucoup aimé le film et ça m’a donné la flamme musicale donc j’ai décidé de porter ce nom pour me porter chance et jusque là ça fait son travail.

La chanson était tellement émotionnelle, le jour où je l’ai partagée par erreur, ça a touché tellement de personnes et j’ai eu tellement de retour que je me suis dit ah, finalement c’est bon de chanter, de se faire comprendre, ça donne l’impression de ne pas être seul.

Donc c’est de là que tout est parti et donc j’ai dû me suis focaliser là-dessus et je me suis dit que quelque chose peut en découler. Et de là j’ai commencé à aligner, aligner les prestations, chercher, sortir, demander à prester, monter sur les scènes, faire des choses franchement ce n’est pas en claquant des doigts qu’on en arrive là, franchement.

B24 : Combien de titres avez-vous dans votre discographie ?

Marko : Ça vaut une cinquantaine. Parce qu’avant j’allais pour faire le son juste par plaisir et dès que j’arrive souvent, l’arrangeur ne me laisse même pas le temps de faire le son. J’étais le petit qui vient s’assoir tout le temps au studio là, tout le temps il a une inspiration, chaque fois c’est lui qui veut chanter donc en fin de session de certaines personnes on me laissait faire un enregistrement en une seule prise et directement on enregistre et on met l’effet vocal et on enlève et on te donne.

J’ai cumulé, c’est ce qui m’a aidé aussi à me perfectionner en semi live et en live. Aujourd’hui j’arrive à monter sur scène, zéro pression, l’instrument est là et je n’ai pas à réfléchir, ça vient tout seul.

C’est des formations en fait. J’ai une cinquantaine de titres, d’autre ont disparu, d’autre même je ne sais plus où ils sont. Mais actuellement avec la production, nous sommes au deuxième titre « clapé », c’est-à-dire que c’est un investissement, c’est sérieux, Marko a eu de la chance.

B24 : Qu’est ce qu’on peut retenir de votre maison de production ?

 Marko : La production d’abord, le nom c’est Fashion Boys Entertainment comme vous pouvez le deviner, le siège se trouve aux Etats Unis. Ils ont décidé de produire l’artiste Marko suite à certains freestyles qui ont été publiés, les réactions étaient tellement  bonnes franchement, souvent même ça me surprend parce que à la base, on n’est pas sûr de ce qu’on fait et c’est ça l’artiste. Ils ont décidé d’accompagner Marko à travers la filiale Boss life Communication (BSL Communication), dont le PDG est Huguo boss.

Huguo a beaucoup apporté à ma carrière, franchement c’est pas quelque chose qu’on peut cacher, c’est réel, mais j’ai beaucoup de choses qu’il a fait et qui ne sont pas connus mais franchement je peux le dire et je peux l’affirmer, c’est quelqu’un qui a beaucoup fait pour ma carrière.

C’est pas le moment de remercier peut-être parce que je ne suis pas une super star d’abord, je le  précise, mais ça va venir, on va apporter des Grammy Awards au Burkina, des disques d’or, des disques de diamant et je le certifie, ça va venir.

B24 : En tant qu’un artiste qui vient d’intégrer la sphère musicale, quelles sont donc vos collaborations avec les autres artistes ?

Marko : A la base je ne suis pas seulement un artiste, je suis aussi un ancien fan, je ne vais pas le  cacher. J’ai eu à croiser certains artistes. Le comportement, je ne m’attendais pas vraiment à autant de familiarité parce qu’après on s’amuse, j’ai eu à croiser beaucoup.

J’ai croisé Imilo très humble, un grand frère qui apporte beaucoup. J’ai croisé Amzy lui aussi c’est un frangin qui est très ouvert et je me souviens même qu’à mon premier freestyle, il a été l’un des premiers à partager le freestyle, après Huguo Boss que je salue.

Il y a Fush Alpha, un grand frère qui m’apporte beaucoup de conseils. Il y a Alif Naaba, je ne peux pas oublier, lui, c’est sur un coup de tête comme ça, je passais je l’ai vu. Je lui ai dit grand frère, franchement j’aime ce que tu fais, je suis un ancien fan, tu chantes depuis que je suis enfant et il m’a apporté son soutien sur sa page, beaucoup de soutiens, beaucoup de bénédictions, ça n’a pas de prix en fait.

Je ne peux pas tout citer, si j’oublie, je m’excuse mais voilà déjà, c’est comme ça et il y a eu beaucoup de la nouvelle génération que j’ai croisés, il y a Reman, il y a Franky degam, il y a beaucoup franchement. Il y a Tanya qui m’a déjà soutenu par rapport à ma nouvelle sortie bloko… Ils sont nombreux mais la relation a toujours été flex, pas de souci.

B24 : Qu’est ce que ça fait de se voir dans les grandes chaines télé ?

Marko : D’abord le plaisir il vient de tes proches « Allo, ça va ? C’est toi sur Trace Urbain là ? Ça, c’est quelque chose qui fait hyper plaisir. Après ça, il y a les réactions par rapport à la chanson, franchement il y a beaucoup.

Je peux dire que pour une fois je me suis bien fait comprendre dans une chanson parce que l’intention de la chanson c’était de prouver beaucoup de choses. D’allier chant, rap, technique vocale et texte. C’était exactement ce que je voulais faire. J’ai réussi à faire ce que je voulais faire.

Ce qui m’a le plus plu, c’est les remarques, le fait que certaines viennent dire que j’aime beaucoup tes techniques vocales, j’aime beaucoup tes textes, j’aime beaucoup la façon dont tu agences les mots, j’aime beaucoup la technique et c’est ce que je voulais et je peux dire que j’ai eu ça, franchement ça fait vraiment plaisir. Les parents aussi naturellement.

B24 : Bloko est votre dernière sortie. Dites-nous, pourquoi Bloko ?

Marko : Je peux dire que Bloko c’est un état d’esprit dans lequel j’ai été après « on s’amuse ». C’est-à-dire que je n’aime pas forcer l’inspiration, quand une chanson bloque je laisse tomber. Peut-être que je suis un flémard, c’est possible mais je préfère quand je commence, tout vient d’un coup jusqu’à la fin et c’est ce qui s’est passé avec Bloko.

Les mots, le style et tout. Et surtout, c’est aussi une chanson de remerciement pour la façon dont j’ai été accueilli, la façon dont on a considéré l’artiste lorsqu’il est rentré dans le Game si je peux me le permettre. La façon dont j’ai reçu le soutien de certaines personnes. C’est pour ça d’ailleurs j’ai dit qu’il bénisse ceux qui donnent la force, à votre santé je porte un toast.

C’est-à-dire que je n’ai pas de mots pour les remercier. Déjà des artistes qui commencent une chanson et qui arrivent déjà à ce niveau, ce n’est pas beaucoup. Bloko c’est aussi une chanson de remerciement et c’est aussi pour encourager ceux qui aspirent à faire comme moi, à commencer musicalement à arriver à un certain niveau à se débrouiller à devenir une star parce que la musique au Burkina Faso, c’est pas du tout simple.

Je tiens à le préciser peut-être tout le monde le sait déjà. Donc c’est pour encourager à rester soi même à nourrir sa musique d’authenticité et d’une personnalité qui est vraie. On n’a pas besoin de mentir. Ce que je pense, ce que je ressens, c’est ce que je dis et c’est ce que j’aimerais que les autres fassent aussi.

B24 : Quelle est votre source d’inspiration ?

 Marko : Personnellement, c’est comme je l’ai dit hein, si je vois quelque chose et que ça me marque vraiment bien. Il y a un niveau aussi, si ça me marque vraiment et que les premières phrases me viennent en tête ça devient une chanson. Si je commence une chanson il faut que je la termine, mais si je ne commence pas, c’est mort, ça ne va pas venir. L’inspiration vient de partout. Je peux te voir, tu fais ça, ça me donne une idée, je rentre direct, j’écris et je dors, c’est tout. 

B24 : Votre lecture sur l’évolution de la musique burkinabè ?

Marko : Je pense que ça va, ça commence à venir. Honnêtement, coté musique burkinabè, ça commence à aller. On a des artistes qui nous représentent un peu partout dans la sous-région, en Afrique de l’Ouest. Il y a Floby qui a été au FEMUA plusieurs fois, Alif Naba et bien d’autres. On est sollicités un peu partout. Je vais me pencher un peu sur le rap, côté rap aussi ça commence à être considéré.

On ne voit plus le rap comme une musique des déraillés, de délinquants. Je pense aussi que côté digital et international, on commence à s’habituer il y a des chaînes monétisées, il y a des styles de communication qui sont venus, essentiellement digitaux, et on constate que la musique burkinabé voyage réellement.

Mais je tiens à dire que honnêtement, de mon point de vu, on est très national, on est nationaliste mais on veut l’international. Je pense qu’il faut qu’on apprenne à mixer, à s’intéresser aux autres pour les amener vers nous avant de leur proposer notre culture, c’est ma vision des choses. 

B24 : Quelles sont vos difficultés ? 

Marko : Les difficultés, souvent c’est les petits détracteurs mais je ne considère pas ça comme des difficultés et je trouve ça normal car que serait la vie sans souffrance ?

Mais, les principales difficultés se trouvent souvent au niveau du timing, souvent pour faire la communication, souvent on n’est pas assez présent musicalement, on a du mal à aligner. La musique, c’est de l’argent et aussi c’est une équipe avec une stratégie bien donnée. Souvent on se perd dans nos stratégies, souvent nous-mêmes, on se laisse guider par les commentaires, les critiques.

Aussi, il y a un souci coté téléspectateurs et auditeurs, on ne sait toujours pas apprécier ce qui vient de chez nous, parce qu’il y a certaines choses, quand un artiste burkinabè fait, on dit ah il ne doit pas faire ça, souvent c’est ces mêmes personnes après avoir écrit ce commentaire se trouvent devant leur télé, allument et regardent Trace Urbain. Je trouve qu’on se met trop de barrières, on est très complexés,  coté national.

On peut s’ouvrir, accompagner les artistes et aussi je pense que ça va donner parce que je pense que les autres artistes dans les autres pays ont réussi à s’imposer comme ça ; c’est qu’ils ont eu des devanciers qui sont arrivés à un certain niveau  qui ont pris les reines à l’international qui font partie des grosses têtes de ce showbiz international et qui font glisser les artistes de leurs pays. On a besoin de ça aussi, on a besoin d’un accompagnement, d’encouragement et de soutien.

B24 : Qu’est ce qui vous a marqué dans votre carrière ?

Marko : Ce qui m’a marqué, c’est un festival dans lequel je me suis fait lapider par un gaz lacrymogène, mais je vais taire le nom du festival. Mais ce qui a été intéressant est qu’avant ça, le public était tellement chaud.

Il y a une chanson que j’aime faire « La vie d’étudiant », j’ai eu tellement de réactions là-dessus, c’était un peu la première fois que je voyais tout le monde chanter comme ça, c’était agréable, ça faisait plaisir, alors que la chanson n’était pas encore sortie. C’était juste l’adaptation. Ça m’a donné un peu confiance en moi, et l’envie de continuer à arriver à un certain niveau.

Aussi, la production, déjà même ce qu’ils font pour moi c’est quelque chose, ça me marque toujours de voir Huguo Boss qui fait des directs, Marko, il est là. Hier j’étais à Bobo et c’était bizarre, aujourd’hui je me retrouve dans une vidéo où il y a 30.000 ou 100.000 personnes qui te regardent, c’est quelque chose.

Je ne peux que remercier tout le monde, les médias, qui font les efforts pour pouvoir passer les articles, rédiger les articles sans rémunération, franchement ça fait plaisir.

B24 : Des projets ?

Marko : Déjà je pense qu’on va  conquérir l’international, le national, le monde, apporter des disques d’or, des Grammy Awards. On va faire des concerts où les gens vont s’assoir partout, sans qu’il n’y ait de place pour la scène. Ça va arriver.

On va développer la musique burkinabè jusqu’à un certain niveau où on va se demander comment c’est possible. Les disques d’or, de diamants, des streaming tout ça, ça va venir. Les voyages aussi sont prévus par le staff.

B24 : Un dernier mot ?

Marko : Merci à Burkina 24, franchement ça fait plaisir, ça fait plaisir d’être là. Merci pour la parole, l’occasion de s’exprimer. Merci pour ce que vous faites pour la musique, la culture ainsi que le monde du journalisme même. Merci aux gens qui soutiennent, qui partagent. Merci à tout un chacun de pousser Marko, et la musique burkinabè…

Interview réalisée par Sié Frédéric KAMBOU

Burkina 24

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