Des Burkinabè résidant au Canada appellent à « faire barrage à toute tentative de restauration du système Compaoré »

Ceci est une déclaration d’un groupe de citoyens burkinabè résidant au Canada sur la visite de Blaise Compaoré à Kosyam.

Le Burkina Faso traverse présentement la situation la plus critique de son histoire récente : des attaques armées attribuées à des groupes djihadistes endeuillent nos familles et  menacent de disloquer notre pays.

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Nous, groupe de citoyens burkinabè vivant au Canada, ne pouvons restés indifférent.e.s face à cette situation. Nous exprimons notre dégoût total face aux massacres récurrents de populations civiles par des groupes terroristes aux motivations floues et inavouées. Ni nos mœurs ou cultures en tant qu’Africain.e.s, ni les croyances religieuses diverses, d’où qu’elles viennent, ni une situation politique quelconque, ne peuvent fournir la moindre esquisse de justification pour les horreurs imposées par les auteurs de ces attaques au peuple burkinabè.

C’est dans ce contexte pénible que nous avons toutes et tous été surpris d’apprendre, d’abord par le biais de médias étrangers, ensuite par le porte-parole du gouvernement, la visite avec honneurs de l’ancien Chef d’État Blaise Compaoré au Burkina Faso, dans le cadre d’une réunion d’anciens chefs d’État pour une prétendue réconciliation nationale.

Il y a huit ans environ, le peuple burkinabè s’était mobilisé pour écrire une page glorieuse de notre histoire politique en mettant fin à la tentative de prolongation ad infinitum du pouvoir de Blaise Compaoré et en faisant échec un an plus tard à la tentative de restauration de ce même pouvoir par le Général Gilbert Diendéré.

Même si le terme «aspirations du peuple» est tellement répété qu’on en perd parfois le sens, il faut réaliser que c’est l’histoire qui fait un peuple et l’histoire a une direction. Bien entendu, c’est aussi le peuple qui doit faire son histoire. A travers sa très forte mobilisation pour faire échec par deux fois à la tentative d’instaurer la préséance de la force armée vis à vis de la force politique, le peuple burkinabè a clairement inscrit sur du marbre, au moyen de sa sueur et de son sang, son aspiration à une direction faite de libertés politiques et d’attentes fortes en termes de qualité dans la gouvernance et de vision vers l’avenir. Il a affirmé l’idée que son destin ne peut être confisqué, ni par un individu, ni par un groupe quelconque.

Malheureusement, ces aspirations ont été mal interprétées voire même trahies par le pouvoir issu de l’insurrection. L’insurrection n’a pas appelé à un simple changement d’homme à la tête de l’État. Elle a plutôt signifié une aspiration à un autre rêve, fait de libertés publiques, d’équité dans la gestion, de vision dans l’orientation. En lieu et place, nous avons été servis un pouvoir qui se croyait juste au pouvoir. Le maître mot était le pillage de nos ressources et l’enrichissement illicite dans l’impunité totale. Du développement, nous n’avons eu droit qu’à la mendicité internationale, traduite en infrastructures avec les «je retiens» partagés entre amis, familles et accointances politiques.

On s’est acharné à une gouvernance de temps de paix comme un élève médiocre qui ressort toujours la seule réponse même quand on lui pose une question différente de celle qu’il a répétée en classe. La préoccupation majeure du peuple fut la sécurité. En lieu et place, on lui a délivré infrastructures, colloques et autres défilés gouvernementaux. On avait besoin d’un Chef de guerre. En lieu et place, on opta pour l’hésitation et l’abdication.

C’est pour ces raisons que le peuple qui s’est mobilisé deux fois pour faire échec à un pouvoir autoritaire puis un coup d’État est resté impassible devant la prise du pouvoir par le Mouvement Pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR) le 24 janvier 2022.

Au moins un espoir de changement de cap lui était permis. Malheureusement, plus le temps passe, plus les acteurs du nouveau pouvoir s’éloignent des aspirations du peuple et s’affirment davantage comme acteurs de la restauration de l’ordre ancien.

La question élémentaire à se poser dans une telle situation est comment une personne condamnée à la prison peut être reçue avec honneurs et considérations au palais présidentiel de Kosyam, institution garante de la justice au Faso, et repartir sans être arrêtée. Ailleurs, des dirigeants ont perdu leurs postes pour des violations moindres de la loi.

On veut nous imposer sans nous convaincre que la solution miracle à tous nos morts se trouve dans une supposée réconciliation organisée dans les coulisses du pouvoir, loin des yeux du peuple burkinabè et dont nous avons du mal à percevoir les fondements. Qu’on nous explique en quoi notre salut en tant que pays passe par là. Quel est le lien entre Blaise Compaoré et son entourage d’une part, et les multiples morts qui endeuillent les familles burkinabè d’autre part? Si jamais ils en sont responsables, on s’attendrait à des mesures vigoureuses pour les tenir responsables plutôt qu’un déroulement de tapis rouge à Kosyam.

Le terrorisme qui nous endeuille est-il différent de celui du Mali, Niger, Nigeria, Cameroun, Tchad, etc. ? À ce que nous sachions, les auteurs des attaques ne le font pas au nom d’un quelconque désir de réconciliation.

Nous ne sommes pas contre les réconciliations politiques de façon générale même si dans le cas présent nous avons du mal à voir comment les rivalités et haines réciproques entre une infime poignée d’hommes politiques ont à voir avec la guerre qui nous est livrée sur le terrain. Si réconciliation il faut, les étapes sont connues de tous : vérité, justice, repentance et ensuite pardon. À ce que l’on sache, Blaise Compaoré n’a jamais reconnu un tort quelconque. Peut-on pardonner quelqu’un qui n’a rien à se reprocher ?

Les dirigeants actuels du pays doivent renoncer à la tentative de trahir la direction que le peuple a indiquée pour le déroulement de son histoire politique. La reculade n’est pas permise.

Il ne faut pas prendre la patience et la sagesse du peuple burkinabè pour de la résignation. Les dirigeants actuels doivent comprendre que les mêmes causes produisent les mêmes effets et que la façon dont ils ont justifié leur prise du pouvoir conditionne aussi leur maintien au pouvoir.

Depuis bientôt sept ans, les dirigeants politiques et militaires de notre pays semblent avoir cherché à changer la nature du défi qui leur est posé plutôt que de développer les moyens et la méthode pour y faire face. La situation du pays nous paraît en outre incompréhensible. Comment quelques centaines et peut-être maintenant quelques milliers de personnes qui n’ont ni deux têtes ni deux paires de bras chacun peuvent mettre en échec 20 millions de Burkinabè ?

Tout s’apparente à une culture volontaire du pourrissement sur le front sécuritaire pour justifier une accession au pouvoir ou l’impunité qu’on compte accorder à une catégorie de Burkinabè. Malgré les multiples appels à la mobilisation véritable du peuple pour mener la lutte, on assiste à une culture inqualifiable de l’impuissance collective.

Nous refusons l’idée qu’il n’y a pas de moyens pour un peuple de plus de vingt millions de personnes de s’organiser pour gagner cette guerre. Soit c’est le leadership qui manque, soit c’est la méthode qui fait défaut.

Dans tous les cas, le temps est compté pour le bilan sécuritaire du pouvoir issu des événements du 24 janvier dernier. Les acteurs de ce pouvoir sont condamnés à réussir ou à céder la place à d’autres Burkinabè dans les plus brefs délais pour essayer quelque chose d’autre.

Face au défi du terrorisme, nous appelons à cimenter l’union entre les filles et fils de notre pays pour rejeter toute tentative de division communautaire dans cette lutte pour la survie collective.

En solidarité avec notre peuple, nous appelons à l’union sacrée des insurgés de 2014-2015 pour faire barrage à toute tentative de restauration du système Compaoré et pour instaurer un ordre nouveau qui luttera efficacement contre l’impunité, qui alimente le terrorisme.

Non à l’impunité. Oui à la Justice.

Naan Laara, An Saara.

Toutes et tous unis pour un Burkina Faso de Justice et de Paix.

La patrie ou la mort, nous vaincrons.

Ont signé :

Téguewindé Sawadogo

Christine Paré

Angèle Bassolé

Zoumana Coulibaly

Brice Nikiema

Alexis Sanou

Edmond S. Ziba

Hamado Zoungrana

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