Transfert d’argent : « Sank » souffre, mais n’a pas dit son dernier mot !

Arrivée en grande pompe et aussitôt adoptée massivement par des Burkinabè ou du moins par des « socionautes Burkinabè » à ses débuts, la plateforme de transfert d’argent SANK mise au point par le jeune informaticien burkinabè Jules Kader Kaboré a-t-elle atteint son apogée ? L’engouement suscité à ses débuts lors de son lancement semble s’être estompé. Cette start-up qui a fait « trembler » les mastodontes du transfert mobile d’argent au Burkina Faso en fin 2021 semble résumer son existence sur les réseaux sociaux. Plus d’un an après son lancement, que devient SANK, la startup qui promettait à ses usagers une révolution financière ? A-t-elle été engloutie par les géants de la téléphonie mobile ? Ce sont autant de questions que des Burkinabè se posent sur la plateforme qui a fait rêver plus d’un. Burkina24 est allé à la rencontre de ses derniers pour s’enquérir de leurs nouvelles et savoir comment se porte SANK. Après plusieurs tentatives infructueuses pour rentrer en contact avec les promoteurs, c’est finalement un des collaborateurs très proche du promoteur qui, quatre mois après, a bien voulu se confier à nous pour parler des difficultés que rencontre la start-up. Le manque de ressources financières est le véritable défi auquel fait face la plateforme. Mais SANK semble n’avoir pas dit son dernier mot, la plateforme nourrit l’espoir de se relancer au plus vite.

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La plateforme de transfert d’argent SANK inspirée du nom du père de la révolution burkinabè Thomas Sankara va-t-elle mourir de sitôt ? C’est du moins la question qui taraude l’esprit de plus d’un Burkinabè, un an après le lancement officiel de la plateforme.

L’engouement suscité après son lancement semble s’être vite estompé. La plateforme de transfert SANK traverse des moments très difficiles qui menacent sa survie. SANK souffre, pour ne pas dire qu’elle agonise. La plateforme de transfert mobile d’argent mise au point par un jeune burkinabè et lancée en janvier 2021 traverse une zone de fortes turbulences. 

Mais qu’est-ce qui est arrivé à Sank ? Est-ce que cette jeune entreprise qui montait en puissance fin 2021 et début 2022 peut-elle encore atteindre le destin qui lui était prédestiné ? Certains Burkinabè, fiers de cette innovation surtout qu’elle porte le nom du père de la révolution « Thom Sank » n’ont pas hésité à souscrire aux services de Sank au début de l’initiative.

De nombreux Burkinabè ont adhéré au projet. Mais la réalité du terrain a vite douché les espoirs des promoteurs. Si les Burkinabè ont manifesté leur solidarité au promoteur sur les réseaux sociaux, il convient de souligner que sur le terrain, la réalité semble être toute autre. En effet, le patriotisme exprimé sur les réseaux sociaux n’a pas encore suffi pour garantir le succès de la plateforme.

Le silence adopté par les promoteurs ces derniers mois aussi bien sur le terrain que sur les réseaux sociaux semble expliquer en partie la léthargie dans laquelle est plongée la plateforme. Ce n’est pas les promoteurs qui diront le contraire. Cette jeune entreprise qui avait semblé secouer ses « concurrents » en terme d’offres notamment sur le plan des tarifs qui défiaient toute concurrence, et la réduction des coûts de transfert à zéro frais et les retraits à 1%, ne se porte plus bien.

En tout cas, un proche collaborateur du concepteur de la plateforme qui a voulu rester dans l’anonymat soutient que le manque de ressources financières est à l’origine de cette situation d’agonie. Mais les promoteurs disent restés optimistes et croient toujours en « leur chose ».

SANK, à court de ressources financières ?

Selon la source, SANK manque énormément de soutiens financiers. Les géniteurs de la plateforme semblent au bout du souffle financièrement. C’est la sécheresse financière à SANK, pourrait-on dire. Ces jeunes crient désormais au secours des bailleurs de fonds et de l’État burkinabè pour sauver leur startup qui prône l’autonomie financière des Burkinabè.  

Notre source, proche collaborateur du promoteur, s’est confié à nous. Alidou Sanou (ndlr, nom d’emprunt) nous fait savoir ceci : « Il faut dire que SANK est là. L’entreprise est là et l’ambition y est toujours. L’entreprise tient toujours à sa quête d’amener les Burkinabè à une révolution financière ». Néanmoins ce dernier avoue que SANK a besoin de ressources financières et d’un accompagnement conséquent pour satisfaire aux besoins de ses 150 000 utilisateurs dont elle dispose à travers le pays. « Avec l’accompagnement et des ressources financières, nous attendons aussi aller vers des potentiels utilisateurs qui attendent nos services dans tout le pays », ajoute-il.

« Au début, Sank se disait qu’elle devait aller avec ses propres moyens. Mais aujourd’hui SANK n’a plus assez d’argent. Ce n’est même pas qu’il n’a plus assez d’argent, mais il faut se dire la vérité, SANK n’a plus d’argent », lance Alidou Sanou. Selon ses dires, les promoteurs de Sank croyaient à l’élan patriotique qui se développait autour de leur entreprise. Ils s’attendaient à un soutien venant des autorités burkinabè et d’autres Burkinabè nantis pour booster leur entreprise. Mais hélas !

Malgré la crise, admet sieur Alidou, SANK maintient toujours les mêmes tarifs pour tous ses services, c’est-à-dire, les transferts à zéro franc et les retraits à 1%. Il appuie que SANK est une entreprise Burkinabè et se soucie du social de ces derniers, il ne peut pas contribuer à les appauvrir.

« Sank n’est pas prête à modifier les tarifs. Bien que l’objectif principal d’une entreprise soit de maximiser le profit, chez Sank c’est le patriotisme d’abord. Sank ne se focalise pas sur le profit, Sank tient compte du social des Burkinabè. Sank n’est pas prête à changer ses tarifs », soutient-il.

Il signale que même si les tarifs changent, cela se fera en tenant compte de la situation sociale des Burkinabè. Le manque de ressources financières est le seul obstacle qui empiète sur le bon fonctionnement de la machine SANK.

Par exemple, le projet qui consiste à faire des achats à l’aide des terminaux de paiement électronique dans des supermarchés tarde à voir le jour par manque de moyens. « Il faut des ressources conséquentes pour l’achat de ces machines » , lance Alidou Sanou.

Abdoul Aziz Sawadogo, agent de SANK

Sur le marché, nous avons pu rencontrer Abdoul Aziz Sawadogo, un agent de SANK. Il reconnait que la plateforme est très pratique. Il affirme qu’au début, il n’a pas vraiment eu des difficultés avec la plateforme et les choses allaient de mieux en mieux. « On n’enregistrait pas mal de clients. Comme c’est une plateforme burkinabè, il y avait vraiment du monde au début. Mais après un certain temps, il n’y avait pas de disponibilité en termes de liquidité au niveau central même. 

Si vous faites un retrait pour avoir la liquidité, c’est tout un problème. À notre niveau, en tant qu’agent, on peut avoir du stock mais quand vous voulez vous rééquilibrer, c’est compliqué. Cela a fait que certains utilisateurs n’ont plus eu confiance à SANK », mentionne-t-il.

Il fait comprendre qu’actuellement à son niveau, il ne travaille plus avec Sank. Il explique que les clients qui viennent, il peut les servir. Mais le souci est que comment lui, à son tour, fera pour reprendre son argent vu qu’il n’y a pas de disponibilité en liquide chez Sank. Ce qui complique les choses, selon lui. Il estime que tout est lié au manque de ressources.

« Nous avons approché les responsables, ils nous ont dit que le problème allait être réglé, car ils attendaient de l’argent. Après un certain temps, la situation s’était améliorée, mais ces derniers jours, rien ne marche », admet-il.

Des lueurs d’espoir ! 

À en croire notre source très proche des concepteurs de la plateforme, l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré avait en son temps demandé à son directeur de cabinet de recevoir les promoteurs de Sank et voir comment son gouvernement pouvait les aider. Alidou Sanou révèle que les promoteurs de Sank avaient demandé 2,5 milliards de francs CFA pour couvrir les besoins de leur startup.

Il atteste que le gouvernement à l’époque avait trouvé que c’était trop. Mais après une séance de travail avec le ministre en charge de l’économie, les deux parties s’étaient accordées sur les 2 milliards et demi.

La même source admet que tout était prêt pour conclure le projet. Et la dernière séance de travail avec le ministre en charge de l’économie pour tout boucler était prévu le 26 janvier 2022. La suite, vous la connaissez… Le coup d’État du 24 janvier a tout chamboulé.

« Le régime passé avait vraiment décidé de nous soutenir, mais malheureusement la situation a changé », regrette Alidou Sanou. Il informe que quelques jours après le coup d’Etat, ils ont reçu un mail pour leur notifier de l’arrêt du processus. 

Mais les autorités de la transition, sans avoir remis en cause cette dynamique de solidarité au projet, ont tout de même revu à la baisse la demande de financement des promoteurs.

En effet, quelques mois après leur arrivée au pouvoir, les nouvelles autorités ont demandé aux responsables de SANK de revoir leur demande de financement à la baisse. Selon notre source, ces derniers seraient revenus à 1 milliard 325 millions de francs CFA. Sur ce montant, le fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES) à son tour aurait soutenu qu’il ne peut accorder que 325 millions de francs CFA.

À l’impossible, nul n’est tenu. Les promoteurs de SANK semblent obligés d’accepter cette somme et faire avec. « C’est quelque chose aussi qui n’est pas facile, car les conditions ne sont pas à la portée d’une startup comme SANK. Il y a des conditions et des garanties très élevées mais Sank va faire avec, on n’a pas le choix », affirme-t-il.

Selon notre interlocuteur, cette somme va permettre de relancer le réseau de distribution de SANK qui s’est affaibli ces derniers mois. « Depuis que Sank est lancée, on n’a pas eu de financement venant d’ailleurs, nous fonctionnons sur fonds propres, nous avons touché 38 villes par nos propres moyens. Nous avons pu injecter plus de 400 millions de francs CFA. Aujourd’hui, il faut le dire, certains points de SANK ne fonctionnent plus, mais nous travaillons pour les relancer », renchérit-il. Il précise que les 325 millions de francs CFA, c’est un prêt que SANK devra rembourser.

Pour le moment, selon notre source, les promoteurs ont les yeux tournés vers le fonds burkinabè de développement économique et social pour essayer de se relancer et mériter la confiance des Burkinabè, à l’image du père de la révolution Thomas Sankara…

Willy SAGBE

Burkina24 

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