« Une veillée au Sahel » : Quand le Burkina Faso, le Mali et le Niger font nation par l’art

Le Théâtre populaire Désiré Bonogo de Ouagadougou a accueilli la première de « Veillée au Sahel ». Cette comédie musicale, fruit d’une collaboration entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, propose une réponse artistique aux défis sécuritaires de la région.
Le projet « LIPTAKO », porté par les associations ARTS EN INTERSECTION du Burkina Faso, ANW JIGI ART du Mali et NEMA du Niger, est entré dans sa phase diffusion. Sur scène, 14 comédiens, danseurs et musiciens redonnent vie à l’histoire de la région transfrontalière du Liptako-Gourma.
D’une durée de 1h50, cette fresque historique et pluridisciplinaire réunit quatorze artistes sur scène pour explorer, entre humour et émotion, les thèmes de la résistance et de la cohésion sociale au cœur du Liptako-Gourma.

Écrite par un collectif d’auteurs dont Jeanne Diama, Tony Ouédraogo, Édouard Lompo et Paul Zoungrana, la pièce utilise l’humour pour aborder des sujets graves. Elle dénonce notamment l’ignorance religieuse, symbole des menaces qui pèsent sur la région, tout en célébrant les grandes figures historiques du Sahel.
Pour le metteur en scène Paul P. Zoungrana, l’art doit servir de boussole. « Face à l’insécurité qui frappe le Sahel, n’est-il pas opportun de puiser dans nos traditions et notre patrimoine immatériel des éléments capables de nourrir l’homme d’aujourd’hui ? », a-t-il indiqué. Ce spectacle devient ainsi une quête de paix, d’intégrité et de patriotisme.

Au-delà de la performance, cette initiative panafricaine est une réponse aux défis de l’Alliance des États du Sahel (AES). En faisant cohabiter le mooré, le bambara, le zerma ou le fulfuldé, l’œuvre renforce le socle du vivre-ensemble.
« C’est une première pour notre génération. Peu de projets ont réussi à rassembler autant d’acteurs des trois pays pour travailler ensemble », souligne le metteur en scène», a ajouté Paul P. Zoungrana.

Tangara Assitan, assistante à la mise en scène et représentante du partenaire malien, voit dans cette collaboration le début d’une communauté renforcée. « Cette pièce peut être un début de savoir comment on peut collaborer ensemble, que ce soit sur le plan artistique ou sur d’autres plans»;a-t-elle fait entendre.
Le public et la presse se sont mobilisés en masse pour la première. Pour les spectateurs, comme Augusta Palenfo, le message est clair. « C’est beaucoup de messages en même temps, c’est beaucoup de sensibilisation, beaucoup de morale », a-t-elle apprécié.

Pour Chaibou Sidina Mohamed, représentant des étudiants nigériens au Burkina Faso, ce spectacle est un outil pédagogique sur l’histoire commune du Liptako-Gourma. «La pièce qui a été jouée aujourd’hui a touché plusieurs domaines, plusieurs aspects de la vie. C’est-à-dire l’insécurité, l’éducation, les problèmes familiaux, la cohésion intersociale et également l’unité au sein de nos trois pays », a-t-il déclaré.

Soutenu par le ministère de la Culture du Burkina Faso, le FDCT (via la Coopération suisse) et le Consortium ACF-Fonds MAYA, le spectacle ambitionne désormais de voyager. Après Ouagadougou, la troupe prévoit de se rendre au Mali et au Niger pour porter ce message de résilience et de fraternité au plus près des populations sahéliennes.
A lire également⇒Du traumatisme à l’apaisement : La puissance curative du théâtre, selon Paul P. Zoungrana
La représentation se poursuit chaque soir au Théâtre populaire Désiré BONOGO, tous les jours du 15 au 31 janvier 2026
Akim KY
Burkina 24





