PIDACC/BN-Burkina Faso : Le suivi-évaluation au cœur de la performance et de la durabilité des ouvrages

Alors que le Programme Intégré de Développement et d’Adaptation au Changement Climatique dans le Bassin du Niger (PIDACC/BN) entame une phase déterminante de son exécution, la question de la performance et de la pérennité des réalisations reste au centre des préoccupations. Au Burkina Faso, avec un taux d’exécution physique de 55 % et des défis sécuritaires persistants, le programme mise désormais sur une restructuration stratégique et un renforcement de l’implication communautaire pour atteindre ses objectifs d’ici 2027. Dans cet entretien, Moïse Kwamé Badiel, responsable suivi-évaluation du programme, dresse un bilan technique sans détour des activités menées sur le terrain, analyse les contraintes rencontrées et expose les leviers activés pour garantir la durabilité des infrastructures agro-pastorales au profit des populations rurales. 

Burkina 24 : Qu’implique le suivi-évaluation dans la mise en œuvre de ce projet ?

Moïse Kwamé Badiel: Dans le cadre de toute action, il faut pouvoir évaluer les progrès réalisés et vérifier si le programme est sur la bonne trajectoire. Nous procédons à un suivi régulier et à des évaluations ponctuelles pour nous assurer que les résultats attendus sont en bonne voie d’être atteints. Le service suivi-évaluation joue donc un rôle de proximité indispensable dans l’atteinte de ces résultats.

Burkina 24 : Lors de vos sorties sur le terrain, qu’avez-vous constaté ?

Moïse Kwamé Badiel : Plusieurs activités sont en cours ou ont été réalisées. Pour la résilience des écosystèmes et des ressources naturelles, nous menons des actions de restauration des terres dégradées : restauration des parcelles cultivées à travers des techniques de conservation des eaux et des sols (CES/DRS), fixation de dunes, et restauration des terres à vocation pastorale.

L'équipe de supervision sur le site de 40 hectares récupérés par la technique de la charrue Delphino dans la commune de Basnéré, en juillet 2026. @Burkina 24
L’équipe de supervision sur le site de 40 hectares sont en phase de récupération grâce  la technique de la charrue Delphino dans la commune de Basnéré, en juillet 2026. @Burkina 24

Concernant les infrastructures hydro-agricoles, nous avons mobilisé des ressources en eau pour le bétail avec la réalisation de trois boulis. Ces ouvrages, d’un volume moyen de 25 000 m³ chacun, permettront de satisfaire au moins la moitié des besoins en eau du cheptel dans leurs zones d’implantation.

Burkina 24 : Pouvez-vous nous donner des chiffres précis ?

Moïse Kwamé Badiel : Pour la restauration des terres dégradées, incluant la lutte contre l’érosion et l’ensablement ainsi que la réhabilitation des forêts, nous avons restauré près de 3 000 hectares. Cela comprend environ 1 500 hectares de parcelles cultivées en CES/DRS, près de 1 200 hectares de dunes fixées, et plus de 1 000 hectares d’aménagements divers en zone forestière.

Le bouli de Solaga, dans la commune de Kando, une infrastructure essentielle pour le renforcement de la résilience des populations locales. @Burkina 24
Le bouli de Solaga, dans la commune de Kando, une infrastructure essentielle pour le renforcement de la résilience des populations locales. @Burkina 24

En plus des trois boulis de 25 000 m³, nous installons des stations synoptiques et agro-météorologiques pour diffuser des informations agro-climatiques aux producteurs, ce qui permettra d’améliorer leurs prévisions pluviométriques et leurs cycles culturaux. Des stations hydrométriques sont également en cours d’installation pour anticiper les inondations.

Burkina 24 : Le niveau d’exécution est-il conforme au calendrier établi ?

Moïse Kwamé Badiel : À ce jour, nous enregistrons un taux d’exécution physique de 55 % et un taux d’exécution financière d’environ 49 %. Le taux de consommation du délai est de 82 %. Ce constat de retard a été fait cette année, ce qui a conduit, avec les autorités du ministère, à un réajustement des activités pour les réorienter vers celles plus facilement réalisables avant la fin du programme, le 31 décembre 2027.

Bosquet de 3 hectares réalisé dans la commune de Kando pour la préservation du couvert végétal. @Burkina 24

Les investissements majeurs à achever d’ici là comprennent environ 13 postes d’eau autonomes, 17 périmètres maraîchers autour de forages à gros débit, des forages pastoraux et l’acquisition de 500 tonnes d’engrais. Nous sommes rassurés de pouvoir exécuter ces actions dans les délais impartis.

Burkina 24 : Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?

Moïse Kwamé Badiel : La contrainte majeure est le défi sécuritaire, particulièrement dans les localités transfrontalières du bassin du Niger. Cette situation a obligé le programme à développer successivement plusieurs approches de phasage, de relocalisation et de restructuration pour poursuivre les activités malgré l’insécurité.

Burkina 24 : Quel est l’impact observé sur les populations et quelles recommandations faites-vous ?

Moïse Kwamé Badiel : Les deux composantes ont un impact visible. La restauration des terres a permis d’améliorer substantiellement le niveau de production et, par conséquent, les revenus des bénéficiaires. Pour le volet agro-pastoral, la mobilisation des ressources en eau a permis de satisfaire considérablement les besoins du cheptel, notamment dans les régions des Cascades et du Nakambé.

Burkina 24 : On observe des problèmes de post-gestion, notamment sur le bouli du Nakambé ou les biodigesteurs à Sapouy. Quelles sont vos perspectives ?

Moïse Kwamé Badiel : Pour les biodigesteurs, une convention est en cours avec la Direction générale des productions animales pour réaliser de nouveaux ouvrages et surtout renforcer les capacités des anciens bénéficiaires en maintenance. Pour les boulis, des comités de gestion sont mis en place et dotés de petit matériel pour assurer leur entretien.

Des paysans de la commune de Sapouy témoignent de l'impact positif de l'utilisation du biodigesteur sur leurs activités agricoles. @Burkina 24
Des paysans de la commune de Sapouy témoignent de l’impact positif de l’utilisation du biodigesteur sur leurs activités agricoles. @Burkina 24

Par ailleurs, un sous-projet est prévu pour prendre en charge les petites dégradations constatées, accompagné par une assistance technique qui renforcera durablement les capacités de ces comités pour les boulis, postes d’eau autonomes, périmètres maraîchers et forages pastoraux.

Burkina 24 : Comment percevez-vous le rôle des populations dans la réussite du programme ?

Moïse Kwamé Badiel : Leur rôle est crucial car elles sont les premières utilisatrices des ouvrages. Il est nécessaire de multiplier les actions d’intermédiation sociale et de sensibilisation pour qu’elles comprennent l’importance d’une gestion endogène.

L'équipe de supervision du PIDACC/BN en discussion avec le comité de gestion dans le Nakambé, en juillet 2026. @Burkina 24
L’équipe de supervision du PIDACC/BN en discussion avec le comité de gestion dans le Nakambé, en juillet 2026. @Burkina 24

Les comités de gestion ont pour mission de mettre en place les mécanismes nécessaires à la durabilité des ouvrages, et le programme continuera de contribuer ponctuellement au renforcement de leurs capacités, tant en connaissances qu’en petit équipement.

Burkina 24 : Quelle est l’évaluation des coûts déjà injectés à ce jour ?

Moïse Kwamé Badiel : À date, nous estimons à plus de 4,5 milliards de francs CFA les ressources déjà exécutées, sur un financement total de près de 9 milliards. Le temps restant nous permettra de finaliser les 4 milliards restants en 2026 et 2027.

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Propos recueillis par Akim KY

Burkina 24

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