Commerce saisonnier : À Ouagadougou, Seydou Guigma récolte les fruits de la persévérance

À l’ombre d’un hangar de fortune, non loin de l’église protestante de la Patte d’Oie à Ouagadougou, Seydou Guigma accueille ses clients avec un sourire discret. Devant lui, des pyramides d’oranges, de mangues et de papayes racontent plus de vingt années de persévérance. À plus de 60 ans, ce commerçant est devenu l’incarnation d’une conviction simple, aucun métier honnête n’est insignifiant.
9 heures du matin au quartier Patte d’Oie. Alors que le soleil commence déjà à se faire sentir, Ouagadougou s’éveille dans un vacarme assourdissant de moteurs et un nuage d’échappement. Pourtant, au milieu de ce tintamarre urbain, une bouffée de fraîcheur inattendue vient flatter les narines. Sur le bas-côté, à proximité de l’église protestante, une explosion de couleurs capture le regard. Il s’agit des tas de fruits soigneusement dressés.
Sous forme pyramidale, les fruits de même nature sont entreposés dans l’optique de séduire la clientèle. Juste à côté, adossé à un grand panier en raphia, un homme frêle de plus d’une soixantaine d’années, la barbe mouchetée de couleur grisâtre et drapé dans un ensemble bleu, semble flotter hors du temps.
C’est Seydou Guigma. Il est le gérant de ce business. Il faut le vrombissement de notre engin et nos salutations chaleureuses pour le tirer de sa rêverie.

Un sourire discret, un geste machinal pour réajuster ses oranges, mangues et papayes tout en chassant quelques mouches tenaces. Nous voilà plongés dans le quotidien d’un maître de la vente de fruits de saison.
Seydou Guigma explique qu’au rythme des saisons et des arrivages de fruits, il a vu Ouagadougou se muer, s’étirer et se moderniser sous ses yeux. Les pistes calmes d’autrefois ont cédé la place au flux ininterrompu de la ville moderne avec la multiplication des moyens roulants, mais lui est resté là, imperturbable témoin de cette métamorphose urbaine.
« Cela fait maintenant plus de 20 ans que j’exerce ce métier. J’ai commencé avant même la construction de l’échangeur de Ouaga 2000. J’ai d’abord vendu devant le CMA de Bogodogo avant de m’installer à Ouaga 2000, puis ici, à la Patte d’Oie, depuis six ans. Dans l’ensemble, je ne me plains pas. Grâce à Dieu, ce commerce me permet de vivre dignement », confie-t-il.

Dans son récit, ses journées se suivent mais ne se ressemblent pas. Il soutient que certaines journées peuvent générer entre 50 000 et 100 000 FCFA de recettes, tandis que d’autres dépassent difficilement les 10 000 FCFA, preuve des fluctuations du marché.
Marié, père de cinq enfants, Seydou Guigma affirme que grâce à ce commerce, il s’occupe dignement de sa famille. Cependant, il prévient que son succès ne s’est pas construit du jour au lendemain. Il informe qu’avant de vendre des fruits, il a essayé plusieurs activités, notamment le commerce des céréales et du poisson. Mais ces expériences se sont soldées par des pertes importantes.
« Je vendais du mil, du maïs, puis du poisson. Mais je n’avais pas de chance. La marchandise ne sortait pas et beaucoup achetaient à crédit. Je n’arrivais même plus à joindre les deux bouts », raconte-t-il.

A l’écouter, le tournant intervient lorsqu’un ami lui conseille de vendre des fruits, à l’occurrence, le karité. « J’ai commencé avec seulement 3 000 FCFA de marchandises. Je les ai revendues à 15 000 FCFA. C’est ce qui m’a véritablement lancé », se souvient-il.
Contrairement à de nombreux commerçants, Seydou Guigma affirme n’avoir jamais contracté de prêt bancaire. « Je travaille uniquement avec mes propres moyens. Les prêts peuvent devenir un piège lorsqu’on traverse une mauvaise période. J’ai déjà perdu jusqu’à 100 000 FCFA sur certaines opérations. Dans ce métier, il faut savoir tomber et se relever », explique-t-il.

Cette discipline financière lui permet, au fil des années, de construire sa propre maison et de préparer progressivement ses vieux jours. Malgré son optimisme, le commerçant reconnaît que son activité est aujourd’hui plus difficile qu’autrefois. Il évoque la baisse du tourisme, l’inflation et la diminution du pouvoir d’achat des ménages.
« Avant, les choses étaient moins chères. Il y avait davantage de touristes et de clients étrangers. Aujourd’hui, les ventes ont ralenti et les pourboires sont devenus rares », regrette-t-il.
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Pour maintenir son activité malgré les obstacles, il continue de s’approvisionner deux à trois fois par semaine auprès des producteurs de Koubri, de Boulbi, du Bazèga et de Saponé, achetant entre 600 kilogrammes et une tonne de marchandises selon la demande.
Au-delà de son activité, Seydou Guigma est apprécié pour son sens du respect et de la solidarité. Installée à proximité, Christelle Ouédraogo, vendeuse de friandises, le décrit comme une véritable figure paternelle. « Depuis une année que je suis ici, tout se passe très bien. Il n’y a pas de problème entre nous. Il nous conseille, nous respecte et nous nous entraidons », témoigne-t-elle.

Même constat pour Ramatou Tiendrébéogo, vendeuse de pommes de terre et de plantains. « Il est très respectueux envers ses clients. Nous vivons dans une bonne ambiance. On s’entraide du mieux que nous pouvons entre nous ici. La cohabitation se passe sans souci. Le problème commun que nous rencontrons, c’est l’absence de marché. C’est ça qui nous préoccupe véritablement », notifie-t-elle.
Entre deux phrases, les échanges sont interrompus. En voiture ou à moto, les clients font une halte à l’étalage de Seydou Guigma pour s’approvisionner. Soigneusement, avec le sourire aux lèvres, il les sert tout en formulant le souhait de les revoir le lendemain. Par ailleurs, ses fidèles acheteurs saluent également la qualité de ses produits ainsi que ses prix jugés accessibles.
Nonobstant les difficultés économiques et les incertitudes liées à son emplacement commercial, Seydou Guigma refuse de céder au découragement. Il garde confiance en un retour progressif de la stabilité sécuritaire et espère voir l’envol de l’activité économique.
« Je suis convaincu que les choses vont s’améliorer. Nos forces combattantes font un travail remarquable. Les populations reviennent progressivement dans leurs localités. Un jour, les touristes reviendront et notre commerce retrouvera son dynamisme », estime-t-il.
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Aujourd’hui, ses enfants ont choisi d’autres métiers, notamment la mécanique, l’élevage et autres. Lui continue de défendre avec fierté son activité. Son message à la jeunesse est sans détour.
« Il n’y a pas de sot métier. C’est le vol qui est une honte, pas le travail ». Une philosophie qui résume à elle seule plus de vingt années de labeur, de persévérance et de dignité.
Aminata Catherine SANOU
Burkina 24




