Fallait-il brûler la maternité?

Quand on met le feu à une maternité, ce sont nos mamans, nos sœurs, nos tantes, bref nos proches, que nous mettons en danger.

Armoiries de la commune de Bobo.  Ph. mairie-bobo.bf
Armoiries de la commune de Bobo. Ph. mairie-bobo.bf

La vie humaine est sacrée. Perdre la vie en voulant donner la vie est un drame. Pour la famille, la communauté et la société toute entière. Hélas chaque jour qui passe, des familles sont endeuillées, des communautés bouleversée par la perte d’un être cher certes, par la volonté du créateur, mais hélas parfois du fait des erreurs et des errements de certaines personnes.

Bobo Dioulasso, capitale économique du pays des Hommes intègres a connu son « affaire Justin Zongo» le jeudi 1er septembre 2011.

En effet, le mercredi 31 août, à la maternité Sylla SANOU du secteur 21 de Bobo-Dioulasso,  madame Sita TRAORE  a perdu la vie en voulant donner la vie.  Elle y était allée pour ajouter un homme intègre aux millions d’autres qui existent déjà mais c’est sa vie et celle de ce futur burkinabè que le peuple tout entier pleure. D’aucuns diront que le sort a voulu que les choses se passent ainsi. Mais les personnes affectées par ce drame et ceux qui ont vécu la situation ont vu les choses autrement. La vindicte populaire a déjà désigné un coupable. Il s’agit de ces personnes qui étaient chargées d’assister cette brave femme afin qu’elle puisse donner la vie sans risquer la sienne. Le verdict est sans appel. La maternité a été incendiée.

L’accoucheuse et l’agent  itinérant de santé  accusés de négligence coupable ont été déférés à la maison d’arrêt et de correction. Ils ont été révoqués en conseil des ministres le mercredi 07 septembre 2011.  La justice doit faire son travail en toute impartialité et les coupables punis à la hauteur de leur forfait et pour l’exemple.

Mais en attendant que la justice situe les responsabilités et désigne le coupable, d’autres femmes enceintes risquent de mourir parce que la maternité a été incendiée. D’autres femmes sont ainsi condamnées à errer à la recherche de maternité, avec le risque de subir deux des trois retards qui peuvent être fatals à la femme enceinte. Il s’agit en l’occurrence du retard dans l’accès à la formation sanitaire et du retard dans la prise en charge c’est-à-dire l’accès aux soins.

Le gouvernement burkinabè est interpellé 

1 femme et 7 nouveaux nés perdent la vie toute les 3 heures au Burkina Faso. Ce scandale silencieux mérite plus que notre attention.

A travers le pays, de braves accoucheuses, sages-femmes, maïeuticiens et gynécologues, aident des femmes à donner la vie tout en restant en vie. Ces travailleurs consciencieux et dévoués doivent être motivés et cités en exemple. L’arbre ne doit cependant pas cacher la forêt. Dans tout troupeau il y a des brebis galleuses. Le corps de la santé ne fait pas exception et chacun doit nettoyer son écurie.  Quid de la déontologie professionnelle ?

Combien sont-elles les femmes qui perdent la vie suite aux causes directes et indirectes qui représentent respectivement 8% et 20% des causes de décès maternel et infantile ?

 L’Etat burkinabè fait des efforts. En témoigne, entre autres, l’adoption du document de plaidoyer pour la gratuité des soins aux femmes et aux nouveau-nés et la subventions des SONU ( soins obstétricaux et néo-nataux d’urgence). Ces efforts sont à saluer. Mais en termes simples, « c’est bon, mais ce n’est pas arrivé ». Des efforts restent toujours à faire malgré tout. Pour preuve, à Bilanga-yanga dans la province de la Gnagna, des femmes parcourent 45km, en cas d’urgence, pour accéder au CMA le plus proche à Koupéla.

Au-delà de la construction des infrastructures sanitaires, qui demeurent insuffisantes, la question est de savoir s’il ne faut pas repenser le système de santé en général et la formation des professionnels de santé en particulier. A l’occasion du lancement de la CARMMA (Campagne pour l’Accélération de la Réduction de la Mortalité Maternelle), le ministre de la santé a tenu ces propos : « l’amélioration de la santé des femmes et des enfants nécessite un engagement politique, une bonne organisation du système de santé, une implication des familles et des communautés et enfin une implication de la société civile, des médias et de la communauté internationale »

Ces propos fort appréciables nous interpellent tous.

L’incidence économique de la mortalité maternelle est énorme. En effet, selon les statistiques, si on réduit la mortalité maternelle au Burkina de 75% d’ici 2015, 20 000 femmes seront sauvées ; 745 000  éviteront les invalidités et 52 8000 nouveau-nés seront épargnés. Ce qui entrainera un gain de productivité de 59 milliards de FCFA. Par contre, si on ne réagit pas d’ici 2015, 44 600 femmes vont mourir ; 1. 600.000 souffriront de séquelles (incontinences urinaires, infertilité, fistules…), avec une perte de productivité de 133 milliards de FCFA.

La responsabilité de chacun est interpellée.  En effet, chaque fois qu’un citoyen empêche sa femme d’aller en consultations prénatales, pour une quelconque raison, cette femme est potentiellement en  danger. A ce sujet, les pesanteurs socioculturelles demeurent et doivent être levées. Des organisations de la société civile comme l’Alliance du Ruban Blanc pour la Maternité à Moindre Risque travaillent sur le terrain pour réduire sensiblement la mortalité maternelle et infantile.

Fallait-il incendier cette maternité qui est un bien public et surtout un lieu où on donne la vie ? Assurément non. La justice populaire doit cesser au profit de la justice légale au risque de mettre en péril la paix sociale.

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