Procès du putsch : Le RSP « était divisé et les éléments se méfiaient les uns des autres »

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Vous l’auriez remarqué, depuis le début de l’interrogatoire des accusés, un nom revient avec insistance. Celui de l’Adjudant-Chef Major Badiel Eloi. Ce dernier était à la barre ce lundi 9 juillet 2018 pour apporter sa part de vérité. En tout cas, tout porte à croire que les soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) avançaient en rangs dispersés avant même la dissolution du corps d’élite.

A la suite de l’adjudant-chef Nebié Moussa dit Rambo, c’était l’Adjudant Ouékouri Kossè qui avait été entendu le samedi 7 juillet 2018. A la reprise du procès ce lundi 9 juillet 2018, l’accusé a regretté le fait d’avoir participé à la mission au domicile du défunt Salifou Diallo.

« Au domicile de Salifou Diallo, je n’ai reconnu aucun civil ni militaire. Les pilleurs se sont dispersés dès notre arrivée sur les lieux. En tout cas, j’y étais. Mais, si l’occasion se présente à nouveau, je bombe », s’est défendu Ouékouri Kossè. L’Adjudant a par ailleurs évoqué, tout comme certains accusés passés à la barre, le nom d’Eloi Badiel qui aurait dispatché différentes missions dans le cadre du coup de force.

L’Adjudant-Chef Major Badiel Eloi a 52 ans. Le Palais de Kossyam était sous son commandement. Il s’agit du huitième accusé à comparaître. Il a été décoré de la médaille militaire. Trois principaux faits lui sont reprochés : attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires. Il ne reconnaîtra qu’un seul chef d’accusation, celui de l’attentat à la sûreté de l’Etat.

« Le Corps était divisé »…

« J’ai l’impression que tous ceux qui viennent à la barre ici ont tendance à tout reverser sur moi », introduit l’accusé habillé en tenue militaire. Selon ses explications, il se susurrait que le Conseil des ministres du 16 septembre 2015 préparerait la dissolution du RSP. L’information sur l’arrestation des autorités de la Transition, dit-il, est partie du Sergent-chef Roger Koussoubé dit « Touareg » en qualité de messager.

Et que l’Adjudant Jean Florent Nion s’est chargé de vérifier l’information auprès du Général Diendéré. L’« ordre » a quand même été exécuté après quelques hésitations. « A la suite de l’arrestation des autorités de la Transition, nous avons attendu le Général Diendéré pendant un long moment. J’ai alors appelé l’Adjudant Nion qui m’a fait savoir qu’il est au Poste de commandement en entretien avec les autorités arrêtées », relate le sieur Badiel qui ajoute qu’il ne faisait plus confiance, notamment aux Officiers du RSP en dehors du Capitaine Dao.

Mais, le Parquet militaire veut savoir davantage sur le fait que l’ordre exécuté soit venu d’un subordonné. « Au début, je n’étais pas d’accord avec la mission et je ne faisais pas confiance à Koussoubé qui m’informait que le Général a dit d’arrêter les autorités. En fait, le Corps (Ndlr: RSP) était divisé et les éléments se méfiaient les uns des autres », explique l’Adjudant-Chef Major Badiel Eloi. Ainsi donc, dans la chaîne de commandement d’alors, la méfiance était de mise. Le Parquet militaire n’y comprend plus rien.

« Je n’aime pas ces genres de questions. Sinon, il va m’énerver »…

L’accusé Badiel était également chargé de la sécurité des autorités arrêtées. Selon lui, la dissolution du RSP était dans le programme de Yacouba Isaac Zida et des éléments auraient même « infiltré » le Corps avec pour « but d’éliminer » certains gradés du RSP. « Ce qui s’est passé n’est pas un coup d’Etat. Il n’y a pas eu de réunion pour dispatcher les différentes missions. Parlez plutôt d’arrestation des autorités. Si c’était à refaire, je ne serais pas là devant vous », déplore l’accusé.

Son avocat, Maître Baziémo, croit, quant à lui, à la sincérité de son client. Seulement que « les uns et les autres ne veulent pas assumer leur responsabilité », lance-t-il. Ce qui fait réagir l’avocat du Sergent-chef Roger Koussoubé, Maître Sandwidi qui aimerait savoir si son client et Eloi Badiel ont auparavant discuté d’un éventuel coup d’Etat. « Je n’aime pas ces genres de questions. Sinon, il va m’énerver », répond l’accusé Eloi Badiel qui reconnaît avoir été au courant des missions de maintien de l’ordre au SIAO et à Laïco, et non au studio Abazon attaqué au lance-roquette, ni une quelconque mission à Zorgho.

Maître Prosper Farama de la Partie civile, dans une voix imposante, estime que l’accusé est en train de faire croire que le coup de force est la conséquence des problèmes que l’ex-RSP rencontrait. « A la fin, c’est écœurant quoi ! », s’exclame Maître Farama. L’audience a été suspendue à 17h 10. L’interrogatoire du Major Badiel se poursuivra demain 10 juillet à 9h.

Noufou KINDO et Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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