Attaques terroristes du 2 mars 2018 : Une analyse sur la couverture par les médias burkinabè

La couverture médiatique de la double attaque terroriste du 2 mars 2018 a fait l’objet d’une étude à l’Université de Ouagadougou. Dans le cadre de son mémoire de maîtrise au département de communication et journalisme, Safiatou Ilboudo a décortiqué la manière de couvrir cette actualité.

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« Analyse critique du traitement médiatique des attaques terroristes du 2 mars 2018 à Ouagadougou: cas des journaux L’Observateur Paalga, Le Pays et Sidwaya et des radios Omega FM, Savane FM et Wat Fm », c’est le thème choisi par Safiatou Ilboudo dans le cadre de son mémoire de fin d’étude. Présenté devant le jury le lundi 10 juin 2019, elle a proposé son travail mené à l’issue d’une étude quali-quantitative. En se basant sur la production pendant les deux semaines qui ont suivi l’attaque, l’impétrante constate que les médias burkinabè contribuent à la publicité du terrorisme à travers une surmédiatisation.

L’impétrante constate dans une analyse sémantique que les médias burkinabè mettent l’accent sur les drames vécus par la population, la psychose, la terreur.  A travers une analyse quantitative des illustrations, elle constate un accent mis sur les dégâts matériels, les morts du côté des Forces de défense. Elle cite maître Assi Farif interrogé par une radio de Ouagadougou : « Ce qui est important aujourd’hui, c’est que le terrorisme est là pour terroriser des gens. Si vous continuez médiatiquement à terroriser la population et bien vous faites le jeu des terroristes. En quelque sorte, vous êtes leur filiale. C’est triste à dire. Non seulement, ils se nourrissent de propagande mais c’est un point cardinal de Daech (…). Daech ne peut pas vivre sans les médias occidentaux qui ont beaucoup plus d’appuis systémiques qu’un simple média local ».

L’Etat aussi tente d’exploiter l’outil médiatique

Comme le rapportent des personnes interrogées pendant son enquête, les journalistes se trouvent à la fois entre le devoir d’informer et la volonté d’éviter l’apologie du terrorisme. Safiatou Ilboudo cite Arnaud Blin qui nuance quand même ces propos. «Mais les médias n’ont pas besoin de terrorisme pour vivre et survivre. Les terroristes ont, quant à eux, un besoin presque vital des médias, pour que leurs attentats aient l’impact psychologique qu’ils cherchent ».

Par ailleurs, elle relève que les offensives des forces de défense et de sécurité sont occultées au profit de celles des politiciens. Les organisations et de la société civile (OSC) occupent également les colonnes des journaux. Cette situation tend à faire des médias des canaux de propagande, selon l’impétrante, des politiques et des OSC.

Mauvaise gestion du direct

Elle corrobore ses propos avec ceux de Arnaud Blin : « Dans une partie qui se joue à trois, l’Etat, par l’intermédiaire des dirigeants politiques, tente aussi d’exploiter l’outil médiatique à son profit. Les dirigeants politiques ont toujours perçu dans le terrorisme une opportunité pour réaffirmer leur pouvoir, ou pour adopter une conduite politique discutable, que seul un climat d’urgence rend acceptable. Dans cette optique, les politiques ont, eux aussi, tout intérêt à maximiser les effets d’un attentat terroriste, tout en démontrant qu’ils ont la volonté, la capacité de combattre l’ennemi», rapport-elle.

Au niveau des radios, certains médias ont évité de tomber dans le sensationnel. Cependant, d’autres donnaient des indications à l’antenne pouvant compromettre les opérations. Les interventions en direct ne sont pas filtrées. En exemple, on peut retenir ceci : « Je suis carrément au centre-ville au niveau de la zone commerciale. Je vois le Camp Guillaume qui est couvert de fumée noire (on entend des tirs en direct).Vous entendez les tirs là ? Apparemment, je ne sais pas si le camp est pris d’assaut. C’est un coup d’Etat, c’est des djihadistes, je ne sais pas ce que c’est… ». (Extrait d’une radio de la place pendant l’attaque.

Des propositions

Toutefois, Safiatou Ilboudo reconnaît qu’il y a de l’amélioration dans le traitement des attaques terroristes. Elle note que cette fois, les journalistes ont collaboré avec les FDS pour éviter certaines dérives. Par exemple, ils ont évité de spéculer sur les chiffres.

Elle suggère une formation continue des journalistes sur les questions liées au terrorisme, la création de desk sécurité. A cela s’ajoute la mise en place de plan de couverture des évènements en situation d’urgence, meilleure gestion du direct, etc. Au-delà de cette étude, Safiatou Ilboudo remarque que les sujets liés au terrorisme sont traités sous forme de faits divers, de brèves, sans les sources parfois. En plus de cela, certains médias ont du mal à éviter le piège du traitement sous l’angle de conflits ethniques ou religieux.

Le jury composé des Drs Dimitri Régis Balima, Danielle Bougaïré et Marcelle Bagaré,  a jugé le travail recevable en attribuant la note de 15/20.

Boukari OUEDRAOGO

Burkina24

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