Ici Au Faso : « On a révolutionné le milieu de la photographie » (Roméo Pacôme Traoré)

« Roméo Moov » de son vrai nom Roméo Pacôme Traoré est parmi ces jeunes burkinabè qui se sont lancés en photographie plus particulièrement en Photoshop. Mais comment ce jeune originaire de Orodara, une ville de la région des Hauts-Bassins, venu à Ouagadougou pour des études supérieures s’est retrouvé en photographie ? Burkina 24 est allé à sa rencontre !

Il arrive à Ouagadougou en 2015 en provenance de Diébougou, une ville de la région du Sud-Ouest où il a obtenu son baccalauréat pour poursuivre ses études supérieures en communication d’entreprise et marketing dans un institut d’enseignement supérieur dans la capitale burkinabè.

Le jeune Pacôme a découvert un autre univers qui lui est étrange. Surtout sur le plan linguistique où il dit avoir rencontré quelques difficultés. Car il ne savait pas parler le mooré, une langue majoritairement parlée  à Ouagadougou. Alors que d’où il vient, c’est la langue dioula qui domine.

Issue d’une famille modeste, père et mère fonctionnaires de l’État, Roméo Pacôme Traoré nourrit déjà l’envie d’entreprendre mais  sans abandonner ses études. Mais comment s’y  lancer alors qu’il ne dispose d’un fonds pour démarrage ? C’est le plus grand obstacle qui se pose à lui. Comment faire pour trouver des moyens pour se lancer ? On est en 2016 où il fait la deuxième année licence  en communication.

En communication, comme le disent les spécialistes, le nom compte. Sans un fonds de démarrage, Pacôme a déjà un nom pour sa future entreprise : « Roméo Moov », même s’il ne sait pas réellement ce qu’il doit faire ou sur quel domaine entreprendre.

Il nous révèle qu’il a commencé comme graphiste mais après il s’est rendu compte qu’il ne gagnait rien.  Car souligne-t-il, il passait son temps à travailler pour les gens qui ne monnayaient pas ses services. «  Je faisais les affiches à l’école mais il n’y avait pas l’argent. Parce qu’il fallait faire  des affiches cadeau pour les amis et connaissances sans payer », confie-t-il.

Après cette étape, il décide de devenir  youtubeur. C’est là grâce à  ses petites économies, il s’offrira sa première caméra. En effet, le jeune photographe voulait faire quelque chose de plus rentable qui lui  générait de l’argent le vite possible. Il se rend compte que YouTube ne pouvait pas faire son affaire. Il renonce encore…

« Quand j’ai commencé, j’ai vu que YouTube ne payait pas les gens de l’Afrique de l’Ouest en ce moment. On était 2016, si je ne m’abuse. Et pourtant moi, je voulais me faire de l’argent vite fait quoi. C’est là que j’ai laissé tombé l’aventure de youtubeur pour me consacrer à la photographie. Et c’est là que j’ai vraiment découvert ma véritable passion », affirme-t-il.

Il a fallu plus d’une année à Roméo pour avoir la main posée sur la caméra. On peut dire qu’il s’est auto-perfectionné, parce qu’il apprenait à travers les tutoriels sur YouTube. Également, il a la chance d’apprendre auprès d’un photographe professionnel à Ouagadougou.

Roméo Pacôme Traoré avance qu’il est venu en photographie pour  retranscrire l’histoire et la sauvegarder dans le temps. « Parce que quand je passe quelque part, et que je vois une action, si j’ai ma caméra avec moi, je m’arrête et puis j’immortalise l’action. En fait, c’est pour que dans le futur, on puisse voir comment était notre vie avant. C’est vraiment intéressant de retranscrire l’histoire d’une personne ou d’un lieu par une photo. La photo parle plus », avance-t-il.

Un jour, Roméo de passage vers le barrage de Tanghin à Ouagadougou, rencontre des femmes qui font la culture maraîchère au bord de l’eau. Roméo les prend en photo. Ces dernières lui expliquent leur souci. Elles avaient besoin des motopompes pour arroser leurs cultures. Après cela, il poste les photos de ces femmes sur sa page Facebook en faisant appel à toutes les bonnes volontés.

Quelques jours plus tard, sa publication fait écho. Des bonnes volontés se signalent et décident d’acheter des motopompes  pour ces femmes. « Quand je suis arrivé sur les lieux, j’ai vu la façon dont elles travaillaient, c’était dur. Leurs mains étaient dures, il y a des ampoules. Quand j’ai balancé ça (ndlr les photos sur Facebook), il y a eu énormément un bon retour et on a pu remettre deux motopompes à ces dames », confirme-t-il.

Selon Pacôme, le métier de photographie comme tout autre métier d’ailleurs nourrit son homme, quand on prend au sérieux tout ce que l’on fait.

« Actuellement, la photographie est en sa phase de croissance au Burkina Faso. On a révolutionné le milieu de la photographie. Je parle de tous mes collègues et moi par un autre style de la photographie. Ça fait que les gens apprécient beaucoup ce qu’on fait. Franchement prendre son métier au sérieux, ça nourrit toujours. Que vous soyez balayeur de rue, chef d’entreprise, prendre son métier au sérieux nourrit toujours », note-t-il.

C’est à travers le net que Roméo gagne ses clients. Ses tarifs varient selon ce que demande le client. Les séances studio commencent de 15 000 à 50 000 FCFA qui donnent droit à 5 photos. Et les autres cérémonies telles que les mariages se discutent entre 250 000 et 500 000 FCFA. Toutefois, ces prix sont négociables, précise le PDG de « Roméo Moov » comme il se fait appeler par les jeunes qui travaillent avec lui.

Roméo travaille avec notamment deux jeunes. Il précise qu’ils ne sont pas ses employés directs mais ses collaborateurs. Ils l’assistent. Quand ils ont les marchés après  le travail, ils se partagent ce qu’ils gagnent.

« Moi, je les prends comme les collaborateurs. Quand on a du travail, nous tous on vient, on travaille ensemble après le travail, on se partage les dividendes, chacun gagne pour lui », explique-t-il. Vraiment, poursuit-il, on travaille à l’Américaine : Quand il y a un marché après qu’on ait fini,  tout le monde est mis au parfum des choses et on se partage le pognon gagné.

Grâce à la photographie, Roméo s’est acheté une voiture. À l’entendre, il n’a pas à envier certains fonctionnaires. Il loue sa maison et le lieu où il a établi son studio. Il arrive à gagner son pain quotidien.

À l’endroit des autres jeunes, Roméo les invite à croire en eux-mêmes et en leurs projets.« Si je prends mon exemple, quand j’ai commencé  la photographie, il y a des gens qui n’y croyaient pas. Ils disaient, quelqu’un qui est allé faire université privée avec une scolarité au minimum de 400 000 FCFA a choisi de devenir simple photographe.

Il y a une phrase qui m’a tiqué que je garde en tête jusqu’à présent. Une fille de ma classe qui m’a croisé lors d’une prestation puisque j’étais chef de classe en son temps. Elle m’a dit ‘chef donc tu es devenu photographe ?’ Elle le disait d’un œil dénigrant. J’ai juste souri mais quand j’y repense ça me fait mal au cœur. Mais il ne faut pas surtout laisser les gens vous empêcher par leurs critiques de réaliser vos projets », conseille-t-il.

Par ailleurs, il invite les jeunes dans le parcours de la réalisation de leurs rêves à se fixer des objectifs à atteindre bien vrai que le chemin soit parsemé d’obstacles. Car, conclut-il lorsque vos objectifs sont clairement définis, vous entreprendrez avec beaucoup de succès…

Willy SAGBE

Burkina 24 

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