Burkina : Tribune sur les prix des hydrocarbures, les impôts et taxes

Ceci est un écrit de Amos Zong-Naba, économiste-fiscaliste, inspecteur des impôts sur l’augmentation du prix du carburant. 

Les prix des hydrocarbures ont connu une hausse de 100f depuis le 12 mai 2022. Ainsi de 590f pour le gasoil et 615f pour le super, désormais il faudra débourser à Ouagadougou respectivement 690f et 715f pour le précieux liquide à la station-service et ce conformément à l’arrêté conjoint 2022-011/MDICAPME/MEF portant fixation des prix de vente au détail des hydrocarbures au Burkina Faso.

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Au-delà de la passion que cela dégage (compte tenu que cette hausse touche le pouvoir d’achat du consommateur), il est bon de se poser certaines questions essentielles pour mieux envisager le futur.

Les causes de cette augmentation sont connues: explosion de la demande mondiale due à la reprise de l’activité économique post-Covid, guerre entre Ukraine et Russie (3e producteur mondial de pétrole), l’offre stationnaire de pétrole des pays producteurs de pétrole, exportation frauduleuse due aux prix abordables appliqués au Burkina Faso par rapport à ses voisins, etc.

Au vu des causes, il est évident que notre marge de manœuvre est faible sauf à trouver des solutions à l’interne pour amortir le choc. L’une des solutions est la subvention.

En effet,  malgré cette hausse inédite jugée exagérée, si on s’en tient aux propos du ministre et si on n’allait appliquer la vérité des prix:

👉le gasoil coûterait 1032 f par litre  (690+342) à Ouagadougou

👉l’essence super coûterait 955f par litre (715+240) à Ouagadougou

Les 240f et 342f par litre représentent en effet la subvention de l’Etat à la SONABHY en complément de ce que le consommateur paie. En d’autres termes, l’Etat (pas les membres du gouvernement ni le président Damiba🙂) prend en charge le reliquat sur chaque litre consommé par chaque Burkinabè. Avant l’augmentation, cette subvention était autour de 400f/l en moyenne mais elle a chuté à 291f/l après le 11 mai 2022.

Mais où est-ce que l’Etat trouve de l’argent pour supporter le reliquat?

La réponse à cette question est évidemment la caisse de l’Etat qui est constituée essentiellement de nos impôts et taxes en plus de la contribution des partenaires extérieurs. Avec la situation sociopolitique intervenue en janvier dernier et la crise internationale, les aides étrangères se font de plus en plus rares, si bien que les recettes des impôts restent la plus importante ressource de l’Etat.

Dans un contexte de guerre contre l’insécurité et le terrorisme, il est important que chaque Burkinabè prenne conscience que sa contribution est aujourd’hui plus que sollicitée.

Alors, si nous payons correctement nos impôts et taxes, nous mettons l’Etat à l’aise pour nous soulager en cas de crise. Si nous ne payons pas correctement nos impôts et taxes, nous contribuons à affaiblir l’Etat (j’ai bien dit l’Etat et non le gouvernement) et donc à nous mettre nous-mêmes en difficulté. Et là, on accusera le gouvernement ou les autres de nos problèmes.

En payant aussi nos impôts et taxes, nous sommes en droit de réclamer un meilleur usage de ces recettes fiscales afin de soulager les populations déjà éprouvées. Voilà pourquoi, l’audit de la SONABHY doit pouvoir nous dire comment est géré cet argent car il s’agit de l’argent du contribuable, de vous et moi. Cette structure qui est une société d’Etat est aussi appelée à innover dans sa gestion pour mieux rendre servir au consommateur.

Nos impôts et taxes bien utilisés devraient nous permettre de faire des investissements structurants dans l’énergie afin de dépendre moins en moins de l’étranger. Par exemple, les énergies renouvelables comme le solaire doivent être une alternative crédible pour un pays sahélien comme le nôtre.

Là aussi, il nous faudra un plan d’investissement dans le temps de sorte que chaque gouvernement en arrivant ne balaie pas les acquis de son prédécesseur pour recommencer à chercher les ingénieurs, architectes ou bâtisseurs pour recommencer à zéro.

Au-delà des impôts et taxes, nos habitudes de consommation doivent changer pour intégrer la nouvelle donne. A certains commerçants d’éviter de tomber dans un opportunisme exagéré et une cupidité qui nous conduiront à une hausse exagérée des prix des produits.

Notre vision doit être lointaine et claire et nos actions doivent s’inscrire dans un esprit de co-construction pour ne pas saper les efforts des uns et des autres. La crise est mondiale mais les solutions doivent être nationales. Ces solutions existent pour peu qu’on soit disciplinés et solidaires.

Amos Zong-Naba

Économiste fiscaliste

[email protected]

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