Journée du 15 mai au Burkina Faso : « C’est le moment où toutes les vérités cachées seront dévoilées » (Bakary Ouattara, président de l’Association Sya Wôlô)

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Après l’institutionnalisation de la date du 15 mai en « Journée des coutumes et des traditions » au Burkina Faso, Bakary Ouattara, président de l’Association Sya Wôlô salue une « mesure correctrice d’une injustice » tout en proposant des pistes de solution pour la promotion de la laïcité.  

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Comment avez-vous accueilli la décision de l’institutionnalisation de la journée des coutumes et des traditions et qu’est-ce que cela représente pour Sya Wôlô ?

L’institutionnalisation du 15 mai est un moment historique, un événement que nous avons longtemps espéré. Je voudrais saluer déjà l’initiative du gouvernement pour cette décision qui vient corriger une injustice et une frustration envers les pratiquants de la spiritualité africaine. Cette commémoration des coutumes et des traditions répond aussi à un souci de bonne gouvernance parce que nous sommes dans un Etat laïque.

La célébration de cette journée marque l’affirmation de notre souveraineté culturelle, notre dignité d’Africain, notre identité unique au monde, enfin notre savoir, notre génie et notre intelligence africaine. Elle est le lieu de se reconnecter avec nos ancêtres à travers des libations dans les lieux de culte pour qu’ils intercèdent auprès du créateur afin que la paix, la sécurité et la prospérité reviennent au Burkina Faso.

La fête du 15 mai nous permettra d’avoir plus d’assise institutionnelle au niveau national et d’engranger davantage de résultats sur le terrain

B24 : Comment sera célébrer cette journée ?

Le schéma de la célébration est très simple. Chaque région, chaque ville, chaque communauté est attachée à des pratiques culturelles et coutumières qui lui sont propres. Et dans chaque communauté, les dépositaires de ces savoirs doivent pouvoir s’organiser pour célébrer cette journée au nom de l’unité nationale.

Vous savez en ce qui concerne les rites, même si la forme et le contenu diffèrent légèrement en fonction des communautés et des lieux, l’objectif demeure le même comme je l’ai dit plus haut : se reconnecter avec les ancêtres à travers des libations dans les lieux de culte afin que ces derniers intercèdent auprès du créateur pour que le Burkina soit un havre de paix où il fait bon vivre.

B24 : Comment la Journée des coutumes et des traditions contribuera-t-elle à renforcer l’unité et la diversité culturelle au Burkina Faso ? 

Dans la ville de Bobo, l’association Sya Wôlô a déjà entamé des démarches auprès des chefs coutumiers pour que des dispositions soient prises afin de réserver une célébration méritée à la journée du 15 mai.

Nous espérons partager ce moment historique avec des Burkinabè, peu importe leurs différences religieuses. Cette démarche participe à la construction de la cohésion sociale et réaffirme encore une fois de plus le dialogue interreligieux dans notre pays.

B24 : Maintenant que cette journée est officiellement instituée, comment envisagez-vous la suite de votre lutte pour la promotion des coutumes et traditions au Burkina Faso ?

Depuis sa création en 2017, l’association Sya wôlô est engagée dans la promotion et la transmission de nos us et coutumes. Nous intervenons dans le domaine du patrimoine culturel matériel et immatériel, la protection, la valorisation et la promotion des lieux de culte, la sécurisation foncière des lieux de culte et des bois sacrés, la transmission des savoirs endogènes à la jeune génération et enfin l’organisation des Journées culturelles Bobo-Madarè. Savez-vous que les lieux de culte/sacrés sont jusque-là dépourvus de statut juridique clair ?

Et que cela favorise leur détournement à d’autres fins ? Je ne vous apprends rien au fait que certains lieux de culte sont devenus des dépotoirs d’ordures au vu et au su des autorités. Cette journée renforcera le projet de protection et de restauration des lieux de culte et des bois sacrés sans lesquels l’existence des masques dans la communauté Bobo-Madarè serait problématique.

Le cadre institutionnel du 15 mai nous permettra aussi de lever le tabou sur certaines questions comme l’érection des lieux de prières au sein de notre administration publique, l’occupation anarchique de la voie publique pour les prières collectives de toutes les confessions religieuses sans autorisation de la loi et l’émission de nuisances sonores liées aux pratiques religieuses dans notre pays. Parce que le respect de l’autre dans la pratique religieuse est un aspect fondamental de la coexistence pacifique.

B24 : Quelle est votre analyse sur la situation de la culture et des traditions ?  

Nous sommes à l’ère du verseau et c’est le moment où toutes les vérités cachées seront dévoilées. Aussi nous sommes à la fin d’un cycle où les « vieilles vérités » à l’épreuve des réalités et des nouveaux défis africains sont en train d’être démasquées. 

Nous avons une jeunesse épanouie, informée et alerte sur les manipulations séculaires longtemps enseignées par la colonisation culturelle et spirituelle et elle réfléchit sur les mécanismes de s’en défaire.

B24 : Quels messages à l’endroit des citoyens burkinabè à l’approche de cette première célébration ? 

C’est maintenant que le travail de sensibilisation doit véritablement commencer pour désactiver cette campagne de dénigrement à l’encontre de nos us et coutumes. Il faut déjà arrêter ce vocabulaire péjoratif qui dévalorise notre savoir endogène à travers l’utilisation de qualificatifs comme fétiche, sorcier, wack, gris-gris. 

Il faut que chaque Burkinabè, peu importe sa confession religieuse se rappelle toujours qu’il n’est pas tombé du ciel, qu’il a dans ses veines le sang de ses ancêtres, qu’il est le descendant d’un grand père ou d’un arrière-grand-père qui a pratiqué la spiritualité africaine. D’où la nécessité d’être assez modeste et modéré dans le ton et d’arrêter d’insulter les pratiquants de la spiritualité africaine.

Aminata SANOU 

Correspondante de Burkina 24 à Bobo-Dioulasso 

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