Coup de gueule : Pourquoi tant de mépris pour les Africains dans les aéroports du monde ?

Ceci est une tribune de Djibril Nao, élève ingénieur mécanique relatif à une mésaventure vécue lors d’un court séjour en Thaïlande.

Etudiant en dernière année d’ingénieur mécanique à l’Ecole supérieure d’ingénieurs de Léonard de Vinci, Paris la Défense, j’ai actuellement le plaisir d’effectuer un semestre à l’étranger à Nanjing University of Aeronautics and Astronautics dans le cadre de ma formation. J’aime aller à la rencontre du différent, essayer de comprendre ces différences mais également m’en inspirer pour mon développement personnel.

La suite après cette publicité

Pour moi, voyager, c’est également un moyen de faire connaitre son pays au-delà de ses frontières et réussir à susciter le désir à certains de le découvrir. Par ailleurs, c’est également en parcourant le monde que l’on se rend compte de certaines réalités, de certains traitements infligés à ceux qui sont originaire d’Afrique noir.

Etant à Nanjing, j’ai décidé d’aller pour un court séjour en Thaïlande. Le service relation international de mon école en Chine m’a assuré que pour un court séjour à Bangkok, je n’avais besoin que d’un billet aller-retour (le mien était du 20/01/2016-23/01/2016) de mes attestations de scolarité (preuve que j’étais étudiant et donc que je n’y vais pas pour rester) et de ma réservation d’hôtel. Tous ces éléments allaient me permettre de faire une demande de visa sur place à l’aéroport. J’ai pu confirmer ces informations auprès de la compagnie aérienne à l’aéroport lorsque j’effectuais les formalités.

Mais les choses ne se passeront pas aussi simplement. En effet, à mon arrivée, je vais vers un élément du service d’immigration afin de récupérer la fiche que chaque immigrant doit remplir. Ce dernier prend mon passeport et il me dit « Burkina Faso », « So long i didn’t see this kind of passport ! » (Ndlr : cela fait bien longtemps que je n’ai pas vu ce type de passeport). Il va ensuite voir son responsable et revient en me disant « You have to go to health care service » (Ndlr : Vous devez aller au service de santé).

Arrivé à ce service après avoir rempli ma fiche d’immigration, je rencontre un monsieur qui d’un air sournois me dit « I can make you pass the control and you give me money » (Ndlr : Je peux vous faire passer les contrôle si vous me donnez de l’argent), sans même avoir pris la peine de regarder mon carnet de vaccination ou autre papier.

Là se trouve être le début de mon calvaire. En effet, en réponse à sa sollicitation, je lui ai fait comprendre que je venais de la Chine. Il me rétorque alors : « No problem, I can take RMB » (Ndlr : Pas de problème je peux prendre le Yuan, la monnaie chinoise). Très étonné et décidé de ne pas céder à cet acte de corruption, je lui ai ensuite fait comprendre que je n’avais que ma carte banquière sur moi.

L’air normale, ce monsieur me répondra «It’s up to you » (Ndlr : C’est comme vous voulez) puis récupère ma fiche d’immigration et met un cachet « fièvre jaune ». De retour, au niveau du service immigration, un autre agent m’intercepte, me présente à son supérieur. Là, je leur présente mes billets d’avion aller-retour Nanjing-Bangkok, Paris-Nanjing et ma carte d’étudiant. Après environ une heure d’attente, je suis conduis à la police, et après plusieurs minutes d’intimidation et d’insistance, ils m’obligent à signer des documents purement en thaï.

Enfin, ils me mettent en relation avec ma compagnie aérienne Shenzen Airlines et leur exige mon rapatriement. L’interlocuteur de la compagnie que j’ai eu au téléphone, une personne forte aimable, a compris que l’on me faisait la force, m’a donc expliqué que même la demande de visa sur place il ne voulait pas me laisser la faire. La compagnie me promet donc de me faire rentrer sur Guangzhou (Ville de correspondance en Chine) via leur prochain vol (le 21/01/2016 à 3h du matin) sans frais supplémentaire pour moi.

Par la suite, un agent vient m’amener dans ma « chambre » où je devrais rester jusqu’à mon retour en Chine. A ma grande surprise, je suis conduit dans un local où il y avait en tout 14 lits de 2 places. Ma première réaction était « Waouh, tu prends ton argent que tu vas en tourisme et tu te retrouves dans une sorte de prison tel un voyou ».

Dans ma chambre-cellule, je rencontre trois camerounais, qui avaient eu via un de leur confrère une entrée dans un club de football. Ils se sont endettés et arrivé au service d’immigration on leur dit « We don’t need you kind of people here » (Ndlr : Nous n’avons pas besoin de gens comme vous ici). Ils devaient alors être rapatrié sur le Cameroun, mais comme leur billet retour était pour le 05/02/2016 mais on les obligeait à payer pour partir plus tôt… J’ai rencontré également sur place une camerounaise, qui ayant fait ses études à sur place à Bangkok, y a travaillait déjà depuis 2 ans. Son seul tort aura été d’être rentrée en vacances au Cameroun.

A son retour on lui refuse l’accès au territoire, elle a donc appelé son école s’est portée garante, mais sans succès… Elle aussi sera rapatriée. Le cas le plus flagrant de mes nouveaux compagnons d’infortune qui m’a fait comprendre à quel point on méprise l’Afrique en Thaïlande, est celui d’un nigérian. Il nous a fait voir tous ses papiers, il avait même son visa, son billet aller-retour, et la preuve d’une forte somme d’argent sur son compte. Il nous a raconté qu’on lui a demandé son passeport, ses justificatifs, enfin si c’était sa première fois à Bangkok, il a dit oui !!! Puis on lui a fait suivre le même cheminement que nous, et pire en lui imposait de payer 200 USD (Ndlr : USD = Dollar Américain soit environ 120 000 FCFA)  pour être rapatrier chez lui.

Dans ma nouvelle situation, je demande comment des agents d’un service d’immigration peuvent se permettre d’infliger de tels traitements à des personnes en règles. On m’a fait comprendre qu’ils étaient coutumiers de ces méthodes et que rien ni personne ne semble les faire changer.

Sur le champ ma fierté de Burkimbi a pris le déçu et je me suis indigné. Parce qu’au-delà de ma personne, mon passeport était méprisé et avec lui toutes les institutions de mon pays. Pour mon retour sur Guangzhou j’étais escorté comme un malfrat jusqu’à l’avion et de l’avion jusqu’au service d’immigration en Chine où on m’a remis enfin mon passeport après vérification et conclusion que j’étais « clean ».

A mon retour à Nanjing, j’ai contacté un certain nombre d’ainés qui m’ont assuré avoir connu une situation similaire directement ou indirectement. Je me suis donc dit il était nécessaire de partager mon expérience afin de toucher les consciences de nos autorités parce que une fois de plus, pour moi, c’est un mépris du passeport Burkinabé et de toutes les institutions associées. En effet, une personne tenant un passeport européen par exemple n’aurait pas eu ce genre de soucis.

Partant de ce fait, j’ai fait quelques recherches sur la nature des relations entre le Burkina et la Thaïlande, chose  aurait pu me permettre d’expliquer situation dans laquelle j’ai été. A ma grande surprise, en plus d’être un grand importateur de riz thaïlandais,  j’apprends que depuis juillet 2004 des accords de renforcement de la coopération Burkina Faso-Thaïlande ont été signés pour renforcer les relations bilatérales, développer davantage la coopération, faciliter les visites d’échanges et tenir des concertations entre les deux pays dans tous les domaines de coopération technique d’intérêt mutuel. Il s’agit particulièrement de la politique, de l’économie, du commerce (riz et coton), des investissements, de l’agriculture, de l’éducation, de la culture, des sciences, des technologies, du tourisme.

Je suis burkinabé et fier, je crois que pour certains pays « amis » très fréquentés par les Burkinabè, ont doit être capable sous réserve de garanties sérieuses être exempté de visa ne serait-ce que pour une durée courte de 3-7 jours et ce genre de pratique existe déjà entre certains pays. Ceci permettra à tout Burkinabè éligible étant dans en transit ou dans un pays voisin de se rendre dans certaines destinations sans protocole.

Pour ma part, j’encourage donc les nouvelles autorités à une implication dans ce sens en ouvrant d’avantage d’horizons aux Burkinabè. De plus, je pousse un coup de gueule aussi fort que possible afin que certains soient bien suivis pour qu’aucun Burkinabè en règle partout dans le monde n’ait pas à subir impunément les caprices d’agents locaux.

Djibril Nao

Elève ingénieur mécanique

[email protected]

publicite


publicite

Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page