Prise en charge des orphelins: SOS pour un « hôtel 11 étoiles » !

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L’Hôtel maternel de Ouagadougou est le premier centre d’accueil public pour enfants en détresse au Burkina Faso. Cette structure, qui offre gîte et couverts à des laissés-pour-compte depuis plus d’une décennie, semble victime de son succès, car de plus en plus débordée. Le nombre grandissant de cas d’abandon et de rejet d’enfants y est pour quelque chose. Mais, pas que ça. Gros plan sur un hôtel particulier très sollicité !

Il y a quelques mois, nous traitions un sujet en rapport avec des filles rejetées par leur famille et abandonnées par leurs partenaires pour raisons de grossesses non désirées. Mises en marge de l’affection des siens, nous concluions que ces dernières faisaient face aux affres de l’exclusion sociale, et que certaines d’entre elles, abandonnées à elles-mêmes, doivent leur salut à des structures publiques ou associatives offrant l’accueil et des services de réintégration familiale et sociale.

Dans notre quête d’informations approfondies, nous faisions donc connaissance de l’Hôtel maternel de Ouagadougou. Découvrir davantage ce centre d’accueil nous est vite paru telle une idée adventice. Ce centre est en réalité un orphelinat public. L’accueil et l’offre de services de réintégration familiale et sociale aux jeunes filles ne constituent qu’une infime partie du rôle fondamental que joue cette structure.

Contact est vite noué avec ses premiers responsables qui nous ont fait confiance avec bienveillance. Le premier rendez-vous prévu pour le lundi 9 avril 2018 à 15h sera manqué. La crevaison d’une roue de notre motocyclette, à environ deux kilomètres du lieu de rendez-vous, en est la cause principale.

Le temps de se débrouiller avec une nouvelle chambre à air bon marché, il est 17h moins. Nous nous trouvons dans l’obligation de proposer une autre date de concert avec les responsables du centre social. Aucune objection de leur part. Ouf de soulagement !

La date de notre deuxième rendez-vous, jeudi 12 avril 2018 à 10h, sera par contre respectée. Ce jour, après avoir fait parquer notre engin, nous croisons un jeune, frisant la trentaine, les yeux en boules de loto, à la recherche de sa fille de huit ans qui aurait quitté le domicile familial depuis trois jours. Dans son pantalon bleu, chemise grise, ce père de famille ne sait plus à quel saint se vouer après avoir fait le tour des nombreux centres d’accueil de la Capitale.

Nous l’accompagnons au secrétariat du centre. L’homme est dans l’incapacité de formuler une phrase en français. Mais, il sera compris par les responsables de l’Hôtel maternel. Il repart, l’air terrifié. En effet, sa fille ne s’y trouve pas. Nous regardons le jeune homme repartir et imaginons les moments difficiles qu’il traverse. Aux dernières nouvelles, notre jeune père de famille aurait retrouvé sa fille, cinq jours après. « Enfin », dira-t-on

Bref, pour ne pas trop nous écarter de notre sujet principal; les responsables de l’Hôtel maternel de Ouagadougou nous renvoient à la Direction de la communication et de la presse ministérielle (DCPM) du département en charge de la solidarité nationale pour toute initiative de reportage. Chose que nous ferons sans broncher. L’« autorisation » en poche, le travail peut commencer.

Samira, nous allons l’appeler ainsi, est une jeune fille âgée d’environ neuf ans, pensionnaire de l’Hôtel maternel de Ouagadougou. Souriante, sereine, Samira répond sans ambages à nos questions. Elle a été retrouvée sans acte d’état civil vers la Commune de Niangoloko. Habillée en tee-shirt noir et pantalon rose, la gamine de teint noir laisse transparaître, quelquefois, l’éclat de ses dents blanches.

Samira n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Elle arrive néanmoins à se faire comprendre dans un français approximatif. C’est une fois en aparté que nous allons le découvrir, pendant que le soleil dirige avec intensité ses rayons sur l’Hôtel maternel. C’est la veille de notre anniversaire ! Il est 14h 26, vendredi 20 avril 2018. « Je suis ici, cela ne vaut pas encore deux ans », confie la fillette, d’une voix hésitante. Samira trouve agréable son séjour à l’Hôtel maternel de Ouagadougou.

Elle ne compte même plus rejoindre sa famille biologique. « Je veux rester ici. C’est intéressant. On mange, on joue, on dort. J’ai beaucoup d’amis ici. Je ne veux plus repartir », raconte-t-elle, toute souriante. Mais, lorsqu’il s’agit de lever un coin de voile sur comment elle est arrivée au centre, le sourire laisse place à la timidité.

« Je me suis perdue », finit-elle par lâcher. Les parents de la jeune fille restent jusque-là introuvables, en dépit des démarches entreprises afin de les localiser. Le cas de Samira n’est pas isolé. Des enfants abandonnés ou égarés, des jeunes exclus, on en trouve à la pelle à l’Hôtel maternel de Ouagadougou.

Instant… bonbons (Burkina 24)

Adélaïde, l’une des huit pensionnaires défavorisés…

Adélaïde, encore un nom fictif, a 17 ans. Elle est arrivée au centre courant 2017. Elle doit également son salut à cette famille élargie. Mais, son cas semble beaucoup plus particulier. Les responsables du centre ignorent sa nationalité. Elle ne dispose d’aucune pièce d’identité. L’adolescente ne jouit d’ailleurs pas de toutes ses facultés mentales.

« Il paraît qu’elle vient de la frontière Burkina-Ghana. On se demande même comment a-t-elle fait, compte tenu de son état de santé mentale, pour arriver jusqu’à Orodara, dans la Région des Hauts-Bassins. Mais, je vous dis, elle est compliquée hein ! », nous prévient Louise Ouédraogo, éducatrice sociale. Adélaïde fait partie des huit pensionnaires aux besoins spécifiques que compte actuellement l’Hôtel maternel.

A son handicap mental, se confond celui du bégaiement. Adélaïde manifeste en effet des troubles de la parole. Elle manie, tant bien que mal, les langues Dioula et Ashanti. Elle a également le sens de la débrouille en anglais. « Ma maman vit avec un autre homme. Elle est au Ghana. Je ne connais pas mon papa », marmonne la jeune fille en Dioula. Difficile de savoir où vit sa mère exactement. Nous continuons de presser de questions notre interlocutrice.

Sa robe orange de taille élancée tente de dissimuler des blessures qu’elle a aux pieds et aux bras. Tâche encore ardue pour connaître les causes de ces blessures. Le regard en coulisse et le sourire gêné, Adélaïde trouve que l’Hôtel maternel est mieux. « I feel good here. Why go elsewhere ? », nous renvoie-t-elle en anglais. La jeune fille a déjà séjourné dans une famille d’accueil au quartier Gounghin où elle coudoyait d’autres enfants vivant avec un ou plusieurs handicaps.

L’une des chambres des enfants de plus d’un an. (Burkina 24)

L’Hôtel maternel de Ouagadougou surpeuplé…

A travers leurs récits de vie, Samira et Adélaïde témoignent du sens de l’hospitalité qui règne à l’Hôtel maternel de Ouagadougou. Aucune d’entre elles ne compte, pour le moment, rejoindre une autre famille. Mais, ce n’est que peine perdue.

En effet, il ne leur reste que quelque temps à passer dans cet hôtel particulier. Les filles devront partir ou rejoindre un autre centre dès que leurs parents seront retrouvés ou lorsqu’elles atteindront 18 ans. Les deux filles font partie des 70 âmes hébergées actuellement à l’Hôtel maternel de Ouagadougou dont les parents de plus de 50 enfants ne sont pas connus.

Par ailleurs, ce nombre de plus en plus croissant de pensionnaires inquiète les responsables du centre, compte tenu de sa capacité d’accueil relativement faible. Le centre est situé non loin du jardin 2000 au quartier Patte-d’oie, dans l’enceinte de la Direction régionale de la femme qui accueille également le Service Social s’occupant des enfants de la rue. Il est équipé de 30 salles et accueille environ 300 pensionnaires par an.

Des efforts sont faits pour sauver les orphelins, mais…

De 2007 à 2018, plus de 3.500 enfants et jeunes en détresse y ont été accueillis. Situation qui implique des besoins supplémentaires notamment en santé, en vêtements, en restauration, en scolarisation. L’orphelinat public a été construit, se rappelle encore le premier responsable de l’établissement, Salifou Younga, pour recevoir au maximum 50 enfants simultanément.

« Mais, nous sommes actuellement à 70 enfants dont beaucoup en bas-âge. Nous avons ici 18 bébés dont la quasi-totalité a été abandonnée », ajoute-t-il. Les responsables du centre ne sont pas au bout de leurs peines.

« Il peut arriver que l’effectif des pensionnaires dépasse 70 », révèle Salifou Younga. Raison pour laquelle « nous continuons toujours d’en appeler au soutien des bonnes volontés », lance-t-il au passage.

D’autres difficultés existent avec notamment des puisards qui se remplissent fréquemment. Voir la vidéo qui suit.

Burkina 24

Une autre situation complique davantage le travail à l’Hôtel maternel. Il s’agit de la question des « recherches » pour renouer le contact entre l’enfant ou la fille et ses parents.

« Il faudrait que nos collègues sur le terrain, la Police et la Gendarmerie se rendent à l’évidence qu’ici c’est juste un placement temporaire. Ils doivent en principe poursuivre les recherches et nous revenir incessamment pour faire sortir le pensionnaire qu’ils auraient placé. S’il se trouve que c’est un enfant qui doit attendre l’adoption, il n’y a pas de problème. Là, nous prenons en charge l’enfant jusqu’à ce qu’il trouve une famille adoptive », clame M. Younga.

Le centre d’accueil se bat, depuis des années, pour ne pas tomber en quenouille. Des problèmes financiers persistent également. Des efforts sont faits pour le fonctionnement du centre, mais des défis subsistent.

« Pour notre fonctionnement, nous bénéficions périodiquement de la Caisse d’urgence Santé et de la Caisse de menues dépenses. C’étaient auparavant environ 100 millions de FCFA qui nous étaient alloués par le ministère par an et qui permettaient un tant soit peu de gérer les besoins les plus urgents. Mais, nous dépendons maintenant d’un institut et nous ignorons le nouveau budget total. En tout cas, des efforts sont faits, mais c’est in-suf-fi-sant », soutient le Directeur du centre, le regard embué.

Infographie : L’Hôtel maternel à Ouagadougou pas très connu du public

 

L’Hôtel maternel de Ouagadougou relève, depuis janvier 2017, de la Direction générale de l’Institut d’éducation et de formation professionnelle (INEFPRO). Cet institut créé en novembre 2015, avec un statut d’Etablissement public de l’Etat (EPE), est basé à Gampèla, à la sortie Est de Ouagadougou.

Cet institut qui confère un nouveau statut juridique à l’Hôtel maternel compte huit structures principales. Cinq d’entre elles sont pour l’heure fonctionnelles dont les deux principaux centres d’accueil des enfants en détresse (l’Hôtel maternel de Ouagadougou et l’Hôtel maternel de Orodara, deuxième orphelinat public fonctionnel depuis 2011) et les trois Centres d’éducation et de formation professionnelle (Gampèla, Ouagadougou et Fada N’Gourma).

Le centre d’accueil, qui relevait de la Direction régionale de l’action sociale devenue Direction régionale de la femme, est à sa 11e année d’existence, car porté sur les fonts baptismaux en 2007. Construit grâce au soutien de l’Agence Régionale pour l’Adoption Internationale (ARAI) de la Région de Piémont en Italie, en collaboration avec les Frères de la Sainte Famille, l’Hôtel recevait ses frais de fonctionnement de cette agence étrangère jusqu’en 2013, avant que le Ministère ne prenne le relai.

Espace enfants… (Burkina 24)

L’orphelinat est désormais pris en charge par le budget de l’Etat, en plus des bonnes volontés. Il s’occupe des enfants égarés ou abandonnés, des jeunes filles mères marginalisées, des filles en grossesse rejetées par leur compagnon et exclues par leur famille, des filles victimes de mariage forcé et de maltraitances.

Sur le sol burkinabè, on dénombre 69 centres d’accueil des enfants en difficulté et 263 familles d’accueil. La première visite à une structure par la ministre de tutelle, Hélène Marie Laurence Ilboudo Marchal, après son installation officielle, a été à l’Hôtel maternel de Ouagadougou, le 12 février 2018. Les autorités semblent donc conscientes des nombreux défis exposés. 

Noufou KINDO

Burkina 24


 L’adoption, une affaire de Blancs ?

Le Code des personnes et de la famille dispose que peuvent être adoptés, les enfants dont les père et mère sont inconnus ou décédés (les orphelins), les enfants déclarés abandonnés, les enfants dont les pères et mère ou le conseil de famille a valablement consenti à l’adoption. Les conditions d’adoption nationale et internationale sont disponibles ici.

L’adoption ou le parrainage d’enfant au Burkina est autorisée aux couples hétérosexuels, aux célibataires et aux requérants à l’adoption intrafamiliale remplissant les conditions exigées. Toutefois, la plupart des personnes qui viennent pour adopter des enfants à l’Hôtel maternel s’avèrent des étrangers, notamment des Italiens, des Français, des Suisses, des Danois, des Allemands, des Canadiens et des Américains.

« Au Burkina, la mayonnaise commence à prendre. Parce que de janvier à avril 2018, il y a huit Burkinabè qui ont adopté des enfants issus de l’Hôtel maternel de Ouagadougou », confie Salifou Younga. Par ailleurs, à en croire Louise Ouédraogo, éducatrice sociale dans le centre, les enfants handicapés n’ont cependant pas assez de chance d’être adoptés, à moins que le handicap soit léger.

Alors que l’adoption de façon générale, défend la Directrice générale de l’INEFPRO, Bernadette Bonkoungou/Kandolo, permet au maximum d’enfants d’avoir l’amour de parents. Un plaidoyer est en train d’être fait, dit-elle, pour alléger les textes en la matière.

N.K 


Une grève, mais rien n’échappe à l’œil du maître !

C’est un Hôtel maternel en froid que nous avons trouvé le 24 avril 2018. Une bonne partie du personnel, répondant à l’appel du Syndicat des travailleurs de l’action sociale (SYNTAS) et du Comité de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B), était en grève de 96 heures à compter du 24 avril.

Plusieurs orphelins n’ont pas connu l’effet de la grève. (Burkina 24)

Les grévistes réclament entre autres l’amélioration des conditions de vie et de travail, l’annulation des nominations de complaisances, le respect des engagements par les responsables de leur ministère de tutelle, le rétablissement de l’indemnité spéciale d’accueil ou de permanence.

A l’Hôtel maternel, nous avons cependant constaté que les surveillants, les nourrices, les équipes sanitaires et les cuisinières étaient présents aux côtés des pensionnaires dont le moins âgé a trois mois. De quoi redonner du sourire aux orphelins.

N.K

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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