Code électoral : « C’est une exclusion de la diaspora burkinabè de Côte d’Ivoire »

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A environ deux ans de la Présidentielle 2020 au Faso, la question du vote de la diaspora refait surface dans les formations politiques et les organisations de la société civile burkinabè à l’extérieur à la faveur du nouveau code électoral. Issaka Kindo, membre du Bureau Exécutif National (BEN) du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) Section Côte d’Ivoire, dans cette interview accordée à Burkina 24, en parle.

Burkina24 (B24): Comment se porte le CDP en Côte d’Ivoire depuis la transition politique d’octobre 2014 ?

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Issaka KINDO (I.K.):  Retenez que la Section CDP de Côte d’Ivoire se porte bien. Certes, il y a eu un moment de turbulence  après les évènements  d’octobre 2014 mais le CDP est un parti qui sait se relever de façon digne et efficace.

B24: La section ivoirienne du CDP pense-t-elle déjà à un candidat qui pourrait représenter le CDP à la présidentielle de 2020 ?

I.K: Un candidat du CDP à la présidentielle de 2020 c’est sûr et certain, sauf cas de force majeure. Par conséquent, le candidat de la section CDP de Côte d’Ivoire est celui qui sera désigné par la Direction du Parti.

B24: Les bruits courent sur une éventuelle candidature de Kadré Désiré Ouédraogo pour le compte du CDP à la présidentielle de 2020. Qu’en dites-vous ? Est-ce que la section ivoirienne du CDP en est informée ? 

I.K.: Nous n’avons pas cette information, mais comme je l’ai dit plus haut, le candidat du CDP à la présidentielle de 2020 sera désigné par la Direction du Parti à l’issu d’un congrès. Si la Direction du parti désigne le Camarade Kindo Issaka comme candidat du Parti à la Présidentielle de 2020, alors retenez que ce serait Moi.

B24: Le CDP envisagerait-il une alliance avec l’UPC à la présidentielle 2020 si le besoin se faisait sentir ?

 I.K.: Tout à fait, ce mariage est possible et n’est pas à exclure. Pas seulement une alliance avec l’UPC, mais avec bien d’autres partis si cela s’avère nécessaire pour la reconquête du pouvoir d’état.

B24: L’autre actualité qui défraie la chronique au sein de la diaspora ivoirienne et qui déchaîne des passions dans les représentations ivoiriennes des partis politiques du Faso est la question du vote de la diaspora en 2020. Depuis 1960, année de l’accession du Burkina Faso à son indépendance, c’est la première fois en 2020 que les Burkinabè de l’étranger voteront. Cette mesure a été entérinée par le nouveau code électoral. Le CDP-Côte d’Ivoire avec les partis politiques de l’opposition en Côte d’Ivoire donnent de la voix pour dénoncer une certaine injustice.  Quelle est votre position réelle sur le nouveau code électoral en général et tout particulièrement sur la question du vote de la diaspora ?

 I.K.: La révision du code électoral par la majorité présidentielle le 30 Juillet 2018, et sa promulgation par le Président du Faso en ce qui concerne le vote des Burkinabè de la diaspora, a jeté l’émoi au sein de notre communauté.

Nous  pensons que la mise en application de cette loi restreint l’accès au vote  à des centaines de milliers de nos compatriotes de la diaspora, et constituent de graves  restrictions au droit citoyen  des Burkinabè de voter  à savoir :

  • Le retrait de la carte consulaire en son article 52 nouveau comme document de votation
  • Le confinement des lieux de votes des électeurs Burkinabè de la diaspora dans les Ambassades et les Consulats
  • La carte Nationale d’Identité Burkinabè (CNIB) comme document de votation pour la Diaspora

En somme ce code électoral, est venu exclure la diaspora Burkinabè, particulièrement celle de la Côte d’Ivoire du jeu électoral du Burkina Faso, et de fait, consacre un recul de démocratie au pays des hommes intègres.

B24: Ne trouvez-vous pas que le CDP soit mal placé pour défendre le vote de la diaspora quand on sait qu’en 27 ans de gestion du pouvoir d’Etat, votre parti n’a pas pu tenir cet engagement vis-à-vis des Burkinabè de l’étranger ?

 I.K.: D’abord, je voudrais vous faire remarquer que le CDP est créé le 5 février 1996. Donc à la date du 30 octobre 2014, le CDP a 18 ans de gestion du pouvoir d’Etat.

Pendant cette période, l’ex-Président Blaise Compaoré a dirigé le Burkina Faso avec le trio qui dirige le pays aujourd’hui à savoir :

  • Son Excellence Roch Marc Christian Kaboré qui fut ministre de l’économie et des finances, Premier ministre, Président de l’Assemblée et président du parti (CDP) ;
  • Le Ministre Simon Compaoré qui fut maire central de la ville de Ouagadougou pendant plus de quinze (15) ans et deuxième vice-président du parti (CDP) ;
  • Paix à son âme Salif Diallo qui fut le super ministre de l’agriculture et le stratège politique du CDP.

Ces trois personnalités ci-dessus citées, qui ont claqué la porte du CDP et ont créé le MPP aujourd’hui au pouvoir, sont comptables autant que le Président Blaise Compaoré de la non tenue de cet engagement vis-à-vis du vote des Burkinabè de l’étranger.

Aussi, c’est en 2007, que le Président Blaise Compaoré a pris un décret aux fins de rétablir la diaspora dans ses droits de citoyenneté. En 2009, le code électoral Burkinabè va définitivement consacrer le vote des burkinabè de l’étranger. La crise ivoirienne de 2002 à 2011 va empêcher l’expression de ce droit de vote.

En octobre 2014, l’insurrection populaire va nous conduire à un Etat d’exception qui va suspendre la constitution et imposer une charte nationale qui en son article 22 va une fois encore affirmer le vote des burkinabè de la diaspora.

Malheureusement encore, la politique d’exclusion aura raison des Burkinabè de l’étranger pour les échéances de 2015 avec des motifs fallacieux tel que le manque de moyens financiers.

En 2015, élu Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré s’engage à donner aux Burkinabè de l’étranger leur droit de citoyen. Depuis le lundi 30 juillet 2018, le code électoral autorise désormais les Burkinabè de l’étranger à prendre part aux élections de 2020, mais malheureusement ce code électoral est mutilé à des fins électoralistes qui exclut de facto la diaspora burkinabè de Côte d’Ivoire.

B24: Dites-nous en quoi est-ce qu’il « exclut de facto la diaspora burkinabè » quand on sait que la CNIB; qui est principalement l’un des documents requis pour la participation de la diaspora au vote de 2020, est un papier dont devrait disposer (naturellement) tout Burkinabè qu’il soit basé au Faso où à l’extérieur?

IK.: Le Code Electoral en son article 52 nouveau dit : pour justifier son identité au niveau national ou à l’étranger, l’électeur produit la carte nationale d’identité du Burkina Faso en cours de validité.

Dès lors, il faut la CNIB pour un potentiel corps électoral d’environ deux millions (2 000 000) de Burkinabè en Côte d’Ivoire pour pouvoir voter en 2020. Ce qui est impossible à l’Administration burkinabè de délivrer en un (1) an, deux millions de CNIB en Côte d’Ivoire car,  ce même Code électoral dit en son article 265  que les dispositions relatives au vote des Burkinabè résidant à l’extérieur entrent  en vigueur  le 1er janvier 2020.

A titre d’exemple, la société SNEDAI qui a déployé des dizaines d’équipes sur toute l’étendue du territoire ivoirien, n’a pu produire et délivrer qu’un million (1.000.000) de cartes consulaires en quatre ans,  à savoir de décembre 2013 au premier trimestre 2018. Jugez en vous-mêmes.

Aussi, le Code électoral dit qu’on ne peut voter que dans les Consulats et Ambassades, alors qu’en Côte d’Ivoire,nous disposons de trois (03) consulats et une(01) Ambassade qui est logée au 5è étage de l’immeuble SIDAM au plateau.

Il faut noter qu’un seul ascenseur sur trois fonctionne dans cet immeuble, et il est  impossible d’installer deux bureaux de vote là-bas.

Enfin, dans ces quatre petits endroits, comment faire voter deux millions (2 000 000) d’électeurs potentiels, installés sur 322 462 km2 et répartis comme suit : 32 régions ; 95 départements ; 497 sous-préfectures ; 1281 communes et 8 000 villages. En conclusion, c’est une exclusion de la diaspora burkinabè de Côte d’Ivoire du jeu électoral de 2020 qui ne dit pas son nom.

B24: Au terme de notre interview, donnez-nous des nouvelles du Président Blaise Compaoré qui comme nous le savons,  est désormais installé en Côte d’Ivoire.

I.K.: Effectivement, nous avons appris que le Président Blaise Compaoré est installé en Côte d’Ivoire et précisément à Abidjan. Souffrez que je ne puisse vous donner de ses nouvelles car je ne l’ai jamais rencontré. Le bureau de la section CDP Côte d’Ivoire a sollicité une audience  et nous attendons.

B24: Quel est son état d’esprit et de loin quelle est sa lecture de la vie politique et sociale du Burkina Faso ?

I.K.: Je ne saurai vous le dire car je n’ai pas accès à lui.

B24: N’est-ce pas une réponse dilatoire surtout que le Président Blaise Compaoré reçoit régulièrement des membres de la Direction du CDP faisant le déplacement d’Abidjan, bien d’autres personnalités et proches. Alors que vous, suffisamment introduit au sein des hautes instances de son parti et de surcroît installé à Abidjan, indiquez n’avoir pas accès à lui…

IK.: Je vous le dis franchement, nous avons au niveau de la section, sollicité par deux fois une audience par l’entremise de son Protocole qui nous demande de patienter et qu’on serait reçu dès que le contexte s’y prêterait.

Alors nous prénons notre mal en patience et attendons. Vous pouvez approcher  d’autres membres du bureau de la section que vous connaissez certainement pour en savoir d’avantage.

B24: Votre mot de fin sur selon vous, cinq (5) problèmes majeurs de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire.

I.K.: Les problèmes majeurs que vit déjà la diaspora burkinabè de Côte d’Ivoire, ce sont les conséquences des déclarations divergentes des Ministres du même gouvernement et du même parti politique sur les antennes de télévisions nationales et internationales à propos du code électoral et singulièrement de la carte consulaire burkinabè qui est exclue des documents de votation.

Ces déclarations incriminant la carte consulaire, exposent notre communauté aux rackets de tous genres.

Notre second souci c’est les cartes CNIB que le gouvernement nous impose  en lieu et place de la carte consulaire comme document de votation. La Société SNEDAI avec ses dizaines  d’équipes, et ses multiples équipements, a réussi en quatre (05) ans à confectionner  environ un million (1 000 000)  de cartes consulaires. En un (1) an, combien d’équipes le gouvernement burkinabè pourrait déployer sur l’ensemble du territoire ivoirien et combien de cartes CNIB pourront-elles livrer ?

La troisième préoccupation majeure de la communauté, c’est la Maison du Burkina. Les travaux de la construction de cet édifice ont commencé en 2013, et depuis ces travaux sont arrêtés.

Du côté de la chancellerie, le premier responsable (l’Ambassadeur)  nous dit que les travaux sont arrêtés par manque de document administratif en l’occurrence le permis de construire,  et que ce document est obtenu depuis juillet 2018. Nous appelons de tous nos vœux la reprise imminente des travaux.

L’éternel problème de l’organisation de la communauté burkinabè en Côte d’Ivoire demeure. Pour ce qui concerne le district d’Abidjan, particulièrement, quand est ce que le Consulat pourra donner des orientations claires aux multiples associations pour que celles-ci puissent s’organiser efficacement ?

Nous avons enfin entendu en conseil des Ministres, l’érection du Consulat Honoraire de Soubré en Consulat Général, la création et l’installation de trois Consulats Honoraires à San-Pedro, à Abengourou et à Korhogo.

Jusque-là, nous attendons toujours et sommes impatients de voir la réalisation de cette promesse du Président du Faso.

Interview réalisée par Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU                                                               

Correspondant de Burkina24 en Côte d’Ivoire

 

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