Mouni Mouni, un VDP de la sécurité routière

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Ouagadougou, la capitale des deux roues ! Entre véhicules, tricycles, motos et vélos, circuler révèle d’un parcours du combattant. Non-respect du code de la route, non-respect des panneaux et feux de signalisations, cascades et acrobaties sur les voies,… le constat est inquiétant, malgré l’apport des forces de l’ordre et des Volontaires adjoints de sécurité (VADS) pour réguler la circulation. Dans cette indiscipline routière généralisée, un homme, de par ses actions, s’est donné pour mission de jouer sa partition. Lui, c’est le Lieutenant Moumini Koudougou alias Mouni Mouni sur les réseaux sociaux, très connu dans le milieu des structures de promotion de la sécurité routière. Il est le président de l’Association zéro goutte de sang sur la route et gestionnaire de la plateforme Circulation de Ouaga sur Facebook. Son leitmotiv : réduire au maximum les accidents de circulation. Découvrons ce patriote dans les lignes qui suivent. 

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Beaucoup ignorent que c’est un keuf. Toujours souriant, l’air timide, mais un peu bavard, quand il prend la parole ou lorsqu’il s’exprime sur les réseaux sociaux. Moumini Koudougou alias Mouni Mouni est le prototype du Burkinabè utile à la société. Il parle quand il le faut, défend ses idées avec conviction et agit sur le terrain pour le bien-être de tous…

Direction Générale de la Police nationale à Ouagadougou. Nous sommes un mercredi matin. Au service Renseignements, après les vérifications d’usage, nous demandons à voir sieur Moumini Koudougou. « Il est au troisième, service Communication« , nous rétorque un agent.

Nous nous exécutons pour retrouver le principal concerné. Sur place, il nous est demandé de patienter. Et pour cause, Moumini Koudougou est au four et au moulin. Étant le chef de service des relations publiques à la Direction Générale de la police nationale, il doit gérer urgemment certaines instances.

Moumini Koudougou ou encore Mouni Mouni est un fier policier dans les rangs des forces de défense et de sécurité du Burkina Faso. Il intègre la Police en 2014. Lieutenant de son état, il a à son actif plusieurs missions à l’intérieur du pays dont Sapouy, Bouroum, Dori, Tenkodogo, Taparko, Yirgou. En 2020, il est copté pour mettre ses compétences à la disposition du service Communication de la Police Nationale.

Lieutenant Moumouni Koudougou alias Mouni Mouni
Lieutenant Moumini Koudougou alias Mouni Mouni

En dehors de ses prérogatives professionnelles, Moumini Koudougou a plusieurs casquettes. Il se définit comme un écrivain, un coach en développement personnel, coach de vie de couple et coach de prise de parole en public… Bref ! En plus de ses différents coachings, il est le président de l’Association zéro goutte de sang sur la route qui compte près de 2.000 membres actifs.

Très actif sur les réseaux sociaux, il est également l’initiateur du groupe Facebook Circulation de Ouaga suivi par plus de 400.000 internautes. Pour Moumini Koudougou, la circulation de Ouagadougou requiert une attention particulière et davantage d’actions doivent être menées pour limiter les dégâts.

Les débuts de la création de l’association 

C’est à travers ses propres expériences et les témoignages qui lui parviennent de bouche à oreille qu’il décide d’agir. En 2020, il crée d’abord sur les réseaux sociaux le groupe circulation de Ouaga. L’objectif est de sensibiliser les populations sur les bons réflexes et les bonnes habitudes en circulation. Le groupe se révèle un cadre d’échanges sur les bonnes et mauvaises expériences que les uns et les autres vivent au quotidien en circulation.

« Le groupe a été créé le 21 juin 2020. Je pense que je revenais d’une mission de Yirgou. En son temps j’étais au camp. Je partais toujours au front. L’idée était là. En circulation, je vois des choses que je veux partager mais je ne peux pas le faire sur ma page personnelle car il y a déjà les coachings et les formations que je fais. Donc je ne voudrais pas mélanger les choses. Il fallait que je crée une autre plateforme pour pouvoir échanger concernant ce thème, parce que j’ai déjà plusieurs plateformes que je gérais », se remémore-t-il avec fierté.

Les sensibilisations en circulation
Les sensibilisations en circulation

Dès le lancement, la plateforme connait un écho favorable avec des retours satisfaisants. Tout de suite, les membres se familiarisent et chacun y partage son quotidien en matière d’incivisme routier ou de bon exemple. De fil en aiguille, le 18 novembre 2021, la mise en place de l’association devient une réalité. Moumini Koudougou explique que les actions de l’association sont les résultats d’un long processus sur le digital.

En amont, sur la plateforme Facebook, ils mènent des sensibilisations sur la sécurité routière, sur le civisme et la citoyenneté responsable. « En ligne, la plupart du temps, on fait des affiches de sensibilisation sur le port du casque et de la ceinture de sécurité. Notamment vous allez voir que sur la vitesse, la drogue, l’abus de l’alcool, le téléphone au volant, on fait des sensibilisations de ce genre avec des affiches qui tournent en boucle », informe-t-il.

Sur le terrain, Mouni Mouni et les membres de son association organisent généralement des journées de salubrité, de plantations d’arbres, des barbecues, des séances d’aérobic et très régulièrement des dons de sang pour pallier le déficit de sang. « Nous organisons des sensibilisations dans des carrefours. Munis de radio haut-parleur, nous échangeons directement avec les usagers. 

On les interpelle individuellement sur les thématiques du port de casque. Il y a des séances aérobics qu’on organise. On réunit les jeunes, on fait venir un coach, on danse et en même temps on profite passer des messages de sensibilisation. Il y a des caravanes à motos qu’on organise. Concernant les sensibilisations dans les lycées et collèges, nous introduisons une demande auprès de la Direction Régionale de l’Enseignement Primaire ou Secondaire. 

Quand l’autorisation est accordée, cela nous permet de sensibiliser les élèves sur les actions de sécurité routière et autres. C’est juste pour montrer qu’en tant que citoyen, nous devons aussi apporter notre pierre à l’édifice du pays. C’est la promotion de la sécurité routière, du civisme et de la citoyenneté responsable », dit-il tout souriant.

Une association implantée sur le plan national

Toutes ces activités permettent à l’association d’acquérir une certaine notoriété au point d’être sollicitée et recommandée par les associations, les événementiels, les promoteurs d’activités culturelles pour sensibiliser sur les tares de la route. Bien que le groupe a connu plusieurs revers dont sa suppression dans ses débuts par Facebook, sieur Moumini continue de persévérer dans son combat.

Mouni Mouni en séance de sensibilisation
Mouni Mouni en séance de sensibilisation

De la ville de Ouagadougou au départ, Monsieur Koudougou décide d’étendre sa lutte au niveau national. L’association a des représentations dans  la ville de Tenkodogo, Koudougou, Manga, Bobo-Dioulasso et Banfora. Très satisfait de son petit bout de chemin, il dit être galvanisé par le retour positif des autorités et des citoyens lambdas.

« Beaucoup de gens de l’extérieur nous applaudissent. Les gens reconnaissent vraiment le travail qu’on abat et ça fait au chaud au cœur. Quand tu penses à ça, tu ne laisses pas. Quand on est parti à Ouahigouya pour la sensibilisation, le Dima de Ouahigouya nous a dit que c’est une cause tellement noble qu’il faut nous accompagner. 

Même son de cloche pour le Roi de Tenkodogo qui nous a dit de ne jamais abandonner cette lutte parce que c’est une cause de toute l’humanité et qu’abandonner serait un gâchis. Souvent, il y a des gens qui font des anonymes, des messages privés pour nous accompagner pour qu’on publie ça sur les réseaux sociaux ; ça fait vraiment chaud au cœur. C’est vraiment intéressant », raconte-t-il dans son habituelle voix suave pour ceux qui le connaissent physiquement.

Les pays de la sous-région ne sont pas en marge

Si dans son combat, les résultats sont visibles et perceptibles sur le terrain au regard de l’adhésion et des différents retours positifs, Mouni Mouni déplore cependant la faible implication de certaines autorités. Il assure qu’en dehors de l’ONASER qui accompagne tant bien que mal leurs activités, le reste, c’est sur l’abnégation du groupe.

Nonobstant, Moumini Koudougou peut compter sur des particuliers comme le promoteur de Palais de casques qui est toujours présent pour le groupe. Ainsi, sieur Koudougou souhaite que chacun mette la main à la pâte pour la pérennité de l’association. Depuis sa création, l’association a glané une certaine reconnaissance au point que l’initiateur soit même sollicité pour des coopérations sous régionales.

« Actuellement il y a le Mali qui est en train de vouloir faire sa section, il y a le Tchad, le Togo, la Côte d’Ivoire, donc toutes ces personnes sont en contact avec nous, pour essayer de mettre en place aussi des associations qui vont porter le même nom « zéro goutte de sang sur la route » et puis travailler avec nous pour ensemble lutter contre l’insécurité routière dans leur pays. Donc c’est pour dire qu’à un moment donné, ça sera international. Nous, on voudrait que les moyens viennent avec et qu’on puisse vraiment faire le travail comme il se doit », nous apprend-t-il.

Séance de sensibilisation en circulation
Séance de sensibilisation en circulation

Obligation de vendre les motos avec les casques à partir du 1er janvier 2024

Une chose est sure, en plus du combat de Moumini Koudougou, plusieurs actions sont mises en place par le gouvernement pour amener les usagers à adopter des comportements exemplaires en circulation. Parmi elles, il y a la plateforme e-contravention. Selon les explications de Moumini Koudougou, la plateforme e-contravention peut contribuer à la lutte pour la sécurité routière.

Pour lui, après la sensibilisation, il faut passer à la répression « parce que dans un pays où l’incivisme est criard, l’État doit quand même trouver des moyens pour pouvoir se faire de l’argent ». A l’en croire, la fermeté doit être de mise pour ce qui concerne cette nouvelle plateforme. Cela, dans le but de dissuader les usagers des comportements outrageux au risque de payer une fortune en cas trouble.

En plus de la plateforme e-contravention, il y a aussi la loi stipulant le port obligatoire du casque pour les deux roues. En effet, il y a la loi de 2005 et la loi de 1979 qui obligent les usagers de deux roues à porter les casques. Cependant dans la pratique, c’est toute autre chose.

Pour Mouni Mouni, peu importe les raisons de ne pas porter le casque, mieux vaut se protéger car, « la tête n’a pas de prix », assure-t-il. Néanmoins, des mesures drastiques sont prises concernant le port obligatoire du casque à partir de l’année 2024. A partir du 1er janvier, les commerçants seront donc obligés de vendre les motos avec des casques. Une première victoire certaine pour notre combattant de l’incivisme routier qui n’hésite pas à employer certains termes choc pour sensibiliser.

Moumouni Koudougou alias Mouni Mouni
Moumini Koudougou alias Mouni Mouni

Si Moumini Koudougou arrive à gérer d’une main de maître son association, c’est en partie grâce à ses obligations professionnelles et les rapports qu’il entretient avec sa hiérarchie. Lieutenant de son état, il assure avoir la chance de travailler dans une Police moderne qui donne la chance à chacun de donner libre cours à son talent.

«  Il faut dire que j’ai la chance de travailler dans une Police moderne et vraiment compréhensible. Parce ce que c’est une Police qui permet à chacun de déployer son talent en dehors du travail. L’une des missions premières de la Police nationale, c’est la sensibilisation.

Donc, l’un dans l’autre je peux même être en service, malgré que je ne suis pas de service parce que la sécurité routière aussi c’est un domaine de la Police et la sensibilisation est l’une des missions premières de la Police nationale. Ce n’est pas forcément de la Police judiciaire que la Police fait. L’un dans l’autre, je fais le travail que mes supérieurs jugent formidable.  

Le DG même m’a reçu avec mon équipe et nous a félicités. Ici, souvent on ne m’appelle plus par mon nom ou prénom. On ne m’appelle plus Lieutenant Koudougou ou Relations publiques. On m’appelle maintenant zéro goutte de sang sur la route. Ça montre déjà combien les gens m’accompagnent », assure-t-il avec fierté.

Une reconnaissance à la clé avec des perspectives de taille

A leur actif, Mouni Mouni et son association ont plusieurs trophées et des attestations de reconnaissance dont le Colibri d’or de la deuxième édition de « La nuit des citoyens bâtisseurs ». Pour les prochaines échéances, Mouni Mouni rêve grand. Il souhaite avoir de l’accompagnement pour aider les victimes des préjudices routiers ; mais aussi parrainer les enfants qui sont dans la plupart des cas les victimes collatérales.

« On pourrait par exemple les scolariser, prendre leurs fournitures en charge et payer leurs scolarités jusqu’en terminale par exemple et pourquoi pas même jusqu’à l’université. On pourrait aussi aider les gens à avoir des prothèses et à se soigner. Tout ça demande des moyens. Ce n’est pas forcément tout de suite mais on veut quand même que dans un futur proche ou lointain qu’on arrive à le faire », espère-t-il.

Moumouni Koudougou recevant un prix pour l'ensemble de ses efforts
Moumini Koudougou recevant un prix pour l’ensemble de ses efforts

L’Office national de la sécurité routière (ONASER) est l’organe régulateur de la circulation routière au Burkina Faso. Elle est admirative face à la détermination de sieur Moumini Koudougou. Nina SAME/YAMEOGO, Directrice de la planification et de la promotion de la sécurité routière à l’ONASER, ne tarit pas d’éloges face aux actions des membres de l’association zéro goutte de sang sur la route. Elle invite Mouni Mouni et ses pairs à s’armer davantage de courage pour accompagner l’ONASER dans la lutte contre l’insécurité routière.

Pour la sécurité de tous, elle lance un message. « C’est en acceptant qu’on est vulnérable, c’est en acceptant qu’on peut ôter la vie à autrui sur la route que l’on pourra lutter contre l’insécurité routière. L’accident ne prévient pas. Ça n’arrive pas qu’aux autres. J’invite les usagers de la route aux bons comportements.

Nous invitons la population, les usagers de la route aux respects de la signalisation routière, au port du casque, au port de la ceinture de sécurité, également au respect du code de la route, de la signalisation routière et à éviter la conduite sous l’effet de l’alcool. C’est ensemble qu’on va y arriver », soumet-elle comme doléance.

Au Burkina Faso, la tendance des accidents de circulation est en légère baisse ces dernières années. Selon les statistiques de la Gendarmerie et de la Police nationales partagées par l’ONASER, en 2021, le nombre d’accidents s’élevait à 25.118 avec 15.340 blessés pour 1272 personnes tuées.

En 2022, le nombre d’accidents était de 24.686 pour 15384 blessés avec 1.150 personnes tuées. Concernant le premier semestre de l’année 2023, 11.717 cas d’accidents ont été recensés avec 7.335 personnes blessées pour 471 personnes tuées.

Mais, pas question de baisser la garde. Le combat continue. Les sensibilisations aussi, surtout en cette fin d’année. Et pendant que nous terminons de coucher par écrit son histoire, Mouni Mouni se trouve dans les bois du Parc urbain Bängr-Weoogo à Ouagadougou. Un barbecue de… la sécurité routière y est prévu ce 30 décembre 2023. Plus qu’un combat, un dévouement. Mouni Mouni est un véritable VDP de la sécurité routière.

Barbecue de la sécurité routière en téléchargement
Barbecue de la sécurité routière en téléchargement le 30 décembre 2023

Aminata Catherine SANOU 

Burkina 24  

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