Chine : Les doctorants dispensés de thèse en échange d’une innovation industrielle

En Chine, dans certains domaines, notamment l’ingénierie, les doctorants peuvent désormais obtenir leur diplôme sans rédiger de thèse classique, à condition de développer un produit, une technologie ou une solution industrielle concrète, renseigne Atlantico.
Cette réforme, portée par les autorités chinoises, s’inscrit dans une volonté affichée de valoriser la recherche appliquée et de renforcer l’innovation technologique. Elle traduit également une stratégie plus large visant à accélérer la montée en puissance scientifique et industrielle du pays.
Interrogé sur cette évolution, le spécialiste de la Chine, Emmanuel Lincot, y voit avant tout une orientation idéologique. Selon lui, ce choix privilégie la « praxis », l’action concrète, au détriment de la théorie, dans une logique cohérente avec la vision politique du président Xi Jinping.
Si cette approche peut apparaître pragmatique, elle soulève des interrogations sur l’équilibre entre recherche fondamentale et recherche appliquée. « Il n’y a pas de science sans théorie », rappelle l’expert, soulignant que les grandes avancées scientifiques reposent souvent sur des travaux de longue haleine, sans résultats immédiats.
Au-delà de la dimension pédagogique, cette réforme est également perçue comme un outil géopolitique. Elle vise à orienter l’ensemble du système de recherche vers des objectifs stratégiques, notamment dans les domaines technologiques et militaires, afin de rivaliser avec les grandes puissances occidentales.
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Les autorités chinoises justifient cette évolution par la volonté de lutter contre le plagiat et les « usines à thèses », en mettant l’accent sur des résultats tangibles. Mais pour certains observateurs, ce modèle comporte un risque à savoir celui de subordonner la recherche aux impératifs de rentabilité et aux orientations politiques.
Ce changement remet également en question le modèle universitaire traditionnel, inspiré notamment des principes de Wilhelm von Humboldt, qui place la recherche fondamentale et la liberté académique au cœur de l’enseignement supérieur.
Si certains pays pourraient être tentés par cette approche axée sur l’efficacité et l’innovation, sa transposition hors du contexte chinois semble limitée. Les différences culturelles, institutionnelles et démocratiques rendent en effet difficile l’adoption d’un tel modèle en Europe ou dans d’autres régions attachées à l’autonomie de la recherche.
En filigrane, cette réforme illustre la compétition mondiale autour du savoir et de l’innovation, où l’université devient un levier stratégique au service de la puissance des États.




