Chine : L’État mise sur des entrepreneurs solos dopés à l’IA

La Chine intensifie sa stratégie en matière d’intelligence artificielle en soutenant l’émergence d’entreprises dirigées par un seul individu. Appuyée par les autorités publiques, cette orientation transforme des bureaux vacants et des centres de données en incubateurs destinés à accueillir des entrepreneurs capables de développer, grâce à l’IA, des activités technologiques de manière autonome, nous renseigne Rest Of Word.
Dans plusieurs grandes villes, les pouvoirs publics multiplient les incitations : gratuité des loyers, subventions pour l’accès à la puissance de calcul et facilités de financement. À Shanghai, le district de Pudong prend en charge jusqu’à 300 000 yuans de coûts informatiques, tandis que Wuhan propose de compenser une partie des pertes en cas d’échec. L’objectif est d’accélérer l’adoption de l’IA tout en offrant des perspectives de reconversion aux travailleurs du secteur technologique affectés par les suppressions d’emplois.
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À Suzhou, les autorités locales visent la création de 1 000 entreprises unipersonnelles d’ici 2028. Ce modèle repose sur l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle capables d’automatiser des tâches allant du développement logiciel à la production de contenu, en passant par la gestion d’entreprise. Ces technologies permettent désormais à un individu de concevoir et exploiter seul une activité, sans nécessiter d’investissements lourds.
À la différence de la Silicon Valley, où le capital privé domine, la Chine privilégie une approche pilotée par l’État, qui intervient simultanément comme investisseur, fournisseur d’infrastructures et client. Cette stratégie s’inscrit dans une logique déjà observée dans d’autres secteurs, tels que le commerce en ligne ou les véhicules électriques, où la combinaison de soutien public et de concurrence locale a favorisé une croissance rapide.
Sur le terrain, ces initiatives contribuent également à valoriser des infrastructures sous-utilisées. Plusieurs centres de données, construits en anticipation de la demande, peinent encore à fonctionner à pleine capacité, notamment en raison de contraintes liées aux technologies de semi-conducteurs. Les programmes dédiés aux microentreprises apparaissent ainsi comme un moyen d’optimiser ces investissements.
Dans les espaces de coworking soutenus par les autorités, de jeunes entrepreneurs développent des projets variés, allant des objets connectés aux applications industrielles intégrant des agents d’IA. Ces environnements facilitent les collaborations, l’accès à des partenaires et l’intégration dans les chaînes d’approvisionnement locales.
Malgré cet engouement, la pérennité de ces entreprises unipersonnelles suscite des interrogations. Plusieurs analystes estiment qu’une minorité seulement parviendra à atteindre une taille significative. Pour les autorités chinoises, l’enjeu reste néanmoins stratégique : stimuler l’innovation à grande échelle et favoriser l’adoption massive de l’intelligence artificielle.
Pour certains travailleurs, cette dynamique représente une opportunité de reconversion. C’est le cas de Ma Ruipeng, ancien développeur de 41 ans, qui tente de relancer son activité en misant sur l’IA. Une trajectoire qui illustre une tendance émergente : s’appuyer sur ces technologies pour entreprendre seul, plutôt que de subir leur impact sur l’emploi.




