Affaire Yé Yaké Camille : Des contradictions entre l’ex-ministre Laure Zongo/Hien et Ismaël Ouédraogo

Le procès Yé Yaké Camille et co-prévenus a repris au Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou. Avec la comparution de l’ancien ministre Laure Zongo/Hien et Ismaël Ouédraogo à la barre. Il est reproché à l’ex-ministre l’acquisition de biens immobiliers et d’enrichissement illicite. Quant à Ismaël Ouédraogo, il lui est également accusé des faits de blanchiments de capitaux et d’enrichissement illicite.

À la barre, Laure Zongo/Hien a rejeté avoir reçu de l’argent avec le prévenu Ismaël Ouédraogo pour l’utiliser à des fins personnelles.

Elle a affirmé qu’elle a acheté des motos à crédit avec le prévenu Ismaël Ouédraogo, avant sa nomination au gouvernement. Selon elle, la dette a été réglée par échelonnement.

Également, elle a reconnu avoir acquis des biens immobiliers avant sa nomination, notamment un terrain bâti (célibaterium) situé à Wapassi, qui a coûté 40 millions F CFA et a payé en deux tranches, ainsi que d’un terrain nu d’une valeur de 10 millions F CFA à Kilwin en 2020. « Sauf erreur de ma part, c’était en octobre 2016 et en 2017 », a-t-elle déclaré.

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Elle a expliqué avoir donné sa pièce d’identité ainsi que celle de sa fille à Ismaël Ouédraogo pour les formalités d’achat de ces biens immobiliers, après avoir donné son accord. Elle a précisé que les terrains étaient établis au nom de sa fille. « C’est moi qui lui ai remis l’argent pour qu’il aille acquérir les biens », a-t-elle déclaré.

L’ex-ministre Laure Zongo/Hien a indiqué que les sept motos acquises à crédit avec le prévenu Ismaël Ouédraogo étaient destinées à sa zone d’origine, dans le cadre d’une campagne électorale. « Chaque militant devait apporter sa contribution », a-t-elle expliqué.

Elle rappelle que c’est un ou deux mois après sa nomination qui est intervenue en 2016 qu’elle a réglé le reliquat de 700 000 F CFA relatif à l’achat des motos. Le procureur a toutefois fait observer que c’est après sa nomination qu’elle aurait disposé de fonds pour réaliser des investissements estimés à 50 millions F CFA au total.

Mais, elle a justifié que les fonds qui ont servi à cet investissement proviennent de son salaire, des bénéfices générés par sa ferme qu’elle disposait avant sa nomination, de la vente de deux parcelles de son époux et bien d’autres sources.

Ismaël Ouédraogo à la barre

Rappelé à la barre, le juge a évoqué au prévenu Ismaël Ouédraogo, homme d’affaires, les faits de blanchiment de capitaux et d’enrichissement illicite qui lui sont reprochés. Celui-ci tient sa position. « Je ne reconnais pas les faits. Regardez mes mains, monsieur le Président, elles sont calleuses.

Je n’ai jamais connu la facilité, j’ai toujours travaillé à la sueur de mon front, selon ce que mon père m’a appris. Quelqu’un qui veut s’enrichir illicitement n’aime pas travailler, mais moi, je travaille. Je ne reconnais pas les faits de blanchiment de capitaux et d’enrichissement illicite qui me sont reprochés », a-t-il indiqué.

Il a déclaré qu’il est présent pour dire rien que la vérité et ne cherche en aucun cas d’incriminer le ministre Laure Zongo/Hien. Il a expliqué que ce sont les montants de 12 et 23 millions F CFA qu’il a récupérés avec Ramata Bamba née Bamogo, qui ont permis au ministre Laure Zongo Hien d’acquérir ses biens immobiliers à Wapassi et à Kilwin.

Cette déclaration est contraire aux propos de la ministre, qui avait affirmé que les fonds utilisés pour l’acquisition provenaient de plusieurs sources, notamment la vente de parcelles, d’une voiture et les bénéfices d’une ferme. « J’étais frustré de constater que la ministre n’ait pas reconnu la vérité, pourtant évidente. J’étais frustré parce que j’ai été loyal dans cette amitié », a-t-il ajouté.

Le procureur a interrogé le prévenu Ismaël Ouédraogo à savoir s’il savait que, lorsqu’il a récupéré l’argent avec Ramata Bamba née Bamogo, les fonds étaient d’origine frauduleuse, il a répondu qu’il n’en avait pas conscience. Il a affirmé qu’il croyait que les montants de 12 et de 23 millions F CFA appartenaient au ministre et se trouvaient chez Ramata Bamba. « Lorsque je suis allé chercher l’argent, je ne me suis pas posé la question », a-t-il expliqué.

Au procureur de répliquer. « Vous n’êtes pas un enfant. Vous êtes un homme d’affaires aguerri. Vous avez des milliards sur vos comptes et des immeubles partout, jusqu’au Congo. On sait que vous n’êtes pas à des millions près. Mais quand vous aidez à blanchir des capitaux, il faut avoir le courage de le reconnaître », ainsi a fait observer le procureur.

Le prévenu maintient toujours sa thèse. « La ministre m’a demandé d’aller récupérer une commission pour elle. Ce que je suis allé faire. Elle ne m’a pas dit que cet argent est issu d’une affaire de carburant », a-t-il précisé.

Il est également reproché d’avoir détourné 15 millions pour construire des immeubles au Burkina et au Congo. Quant à Me Adama Kondombo, avocat d’Ismaël Ouédraogo, il a relevé que le blanchiment actif reproché à son client n’a pas de montant précis déterminé par le juge d’instruction.

Ismaël Ouédraogo a exprimé sa frustration que la ministre ne reconnaisse pas avoir reçu 35 millions F CFA et a déploré que le témoin Ramata Bamba, née Bamogo, qui affirme avoir des trous de mémoire, ait tenu des propos erronés à son égard. « Je ne peux pas salir mon image pour des millions, ou même pour un milliard », a-t-il insisté.

Daouda ZONGO et Soumane Wahab Karambiri (stagiaires)

Burkina 24

Rédaction B24

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