Parenté à plaisanterie au Burkina: Il faudra la sauvegarder !

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Bien avant l’arrivée du colon, les peuples autochtones du Burkina disposaient d’un outil précieux de préservation de la paix : la parenté à plaisanterie. De nos jours, la parenté à plaisanterie constitue toujours un important ciment social, un ciment qu’il faudra renforcer par plusieurs mécanismes.

Dessin de Damien Glez
Dessin de Damien Glez

Samo-Mossi, Bobo-Peuhls, Dagari -Sénoufo, Bissa -Gourounsi, … Au Burkina Faso, la parenté à plaisanterie à pu traverser le temps. De nos jours, elle est même utilisée dans les Nouvelles Techniques d’Information et de Communication. Des internautes des journaux en ligne n’hésitent pas à s’en servir pour adoucir un débat ou pour créer l’ambiance. Des médias comme Le Journal du Jeudi s’illustrent efficacement. Grâce à cette pratique qui date de plusieurs siècles, des communautés se disent la vérité sans s’irriter. Ainsi, se moquer des modes de vies, des habitudes alimentaires ou de l’accent linguistique de son parent à plaisanterie est monnaie courante au Faso.  Il est interdit de verser le sang de son parent à plaisanterie ou d’être son ennemi. Le Professeur Albert Ouédraogo de l’Université de Ouagadougou estime que les ethnies pratiquant entre elles la parenté à plaisanterie, entretenaient, à l’origine, des relations conflictuelles. Selon lui, le soulèvement populaire de Janvier 1966 qui a vu l’arrivée au pouvoir de Sangoulé Lamizana, n’a pas tourné en conflit généralisé, grâce à la parenté à plaisanterie. Le Général Lamizana, un Samo, était en fait un parent à plaisanterie du président déchu, Maurice Yaméogo.

Quelques idées pour sauvegarder cette valeur capitale

Face à la modernité, la parenté à plaisanterie devra cependant se pratiquer à travers d’autres canaux et cadres. En effet, si les téléphonies mobiles l’utilisent quelquefois pour les publicités, elle n’apparaît pas véritablement dans les campagnes de promotion de ces dernières. Il peut en effet être envisagé un jeu d’invisibilité entre parents à plaisanterie, et une récompense de ceux qui auraient le plus échangé de messages riches. Il n’est pas non plus exclu d’organiser une journée nationale de la parenté à plaisanterie, ou même une semaine nationale de l’expression de la parenté à plaisanterie, comme cela se fait au Niger voisin depuis 2008. En outre, la société civile pourrait instituer un prix récompensant le fair play avec les parents à plaisanterie, en temps de campagne électorale.

Le mot « Paix » est l’un des plus utilisés actuellement au Burkina. Il est donc important de puiser dans nos valeurs culturelles de quoi préserver cette paix. En retour, nos valeurs, et surtout  la parenté à plaisanterie,  ont besoin d’être préservées et de s’allier à la modernité.

Michel KONKOBO

Pour Burkina 24

Quelques ethnies et leurs parents à plaisanterie.

 Bissa : Gourounsi, San, Yarsé

 Birifor : Turka, Gouin, Cerma, Karaboro

 Bambara : Koulibaly, Ouattara, Traoré, Koné, Peul

 Bobo : Koné, Peul, Bambara

 Bobo Dioula : Peul, Sembla, Dafing

 Bolon : Dagari

 Bwaba : Peul, Coulibaly

 Marka : Sénoufo, Peul, Bambara, Bobo, Dioula, Bwaba

 Dagari : Turka, Gouin, Karaboro

 Fulfuldé : Bobo, Yarsé, forgeron de toute ethnie, Nioniosé, Hausa, Nunuma(Gourounsi)

 Gourmantché : Yadsé, Peul, Hausa, Kotokoli, Djerma, Lyélé(Gourounsi), Bella

 Lobi : Gouin, Birifor, Toussian, Karaboro, Turka, Siamu

 Gourousi : Bissa, Peul, Gourmantché, Djerma

 Sénoufo : Dafing

 Mossi : San (Nayala, Sourou), Samogo (kénédougou), Dagara

 Sembla : Toussian, Bobo-Dioula, Bwaba, Sénoufo

 Vigué : Peul, Bwaba

 Wara : Dagari

 Sonrhai : Djerma, Gourounsi, Dogon, Touré

 Hausa : Gourounsi, Djerma

 Puguli : Dagari, Lobi, Gouin, Peul, Bwaba, Turka, Sénoufo, Bobo

 Toussian : Sembla, Lobi

Source : Alain Joseph Sissao, in Alliance et parenté à plaisanterie au Burkina Faso, Carrefour Africain.

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