Violences faites aux femmes : Quand l’excision conduit à l’exclusion sociale !

A l’occasion de la commémoration du 8-Mars 2017, nous nous sommes intéressés à deux formes de violences faites à l’égard des femmes : l’exclusion sociale et l’excision. La première est au cœur de la 160e Journée internationale de la femme au Burkina. Mais à écouter certains témoignages, le second phénomène appelé « excision » peut conduire à l’exclusion, en cas de refus de sa pratique ou à cause de ses conséquences. Reportage !

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Les violences à l’égard des femmes se manifestent sous de multiples formes y compris des formes qui sont particulières à des conditions, pays et régions donnés. Pour mieux appréhender le sujet, nous approchons une organisation de la société civile œuvrant dans la lutte contre ces types de violences humaines. Au Burkina Faso, la violence faite aux femmes, selon Landry Stanislas Zaongho, le Chargé du Projet de lutte contre les violences basées sur le genre, « Beog-Neere », revêt des aspects physique ou corporel, moral ou psychologique, sexuel, économique, institutionnel, politique, social et culturel.

« Ce qui caractérise les types de violences au Burkina Faso, c’est que les violences sont mal connues et largement sous-estimées. Il n’y a pas assez de données statistiques ni beaucoup d’études sur le sujet au Burkina », confie le Responsable de la ligne verte de AFAFSI. Il ajoute que les formes de violences les plus répandues sont la violence familiale dont l’exclusion sociale, la violence perpétrée par un partenaire intime, la violence sexuelle, le harcèlement sexuel et la violence affective ou psychologique.

Notre interlocuteur revient sur la lutte contre l’exclusion sociale des femmes au Burkina. Il indique que c’est, au fait, le thème du 8-Mars 2017 au Burkina : « La valeur morale de la personne humaine : responsabilité des communautés dans la lutte contre l’exclusion sociale des femmes ». Les statistiques en matière d’exclusion sociale donnent, en effet, un tableau plutôt sombre, selon les données du ministère de la femme. En septembre 2015, le centre Delwendé de Tanghin enregistrait en son sein 255 personnes victimes d’exclusion sociale dont 250 femmes. La Cour de solidarité de Paspanga, à la même date, abritait 82 femmes exclues.

Fenêtre sur l’excision, une pratique à la peau dure…

Les responsables de violences à l’égard des femmes, toujours selon l’acteur de la société civile, peuvent inclure les États et leurs agents, les membres des familles (y compris les maris), les amis, les partenaires intimes et les proches ou les étrangers. D’autres formes plus répandues de violences à l’égard des femmes, ajoute-il, incluent l’exploitation sexuelle, la traite des femmes et les pratiques nuisibles telles que le mariage forcé, le mariage précoce et les mutilations génitales féminines (MGF). Ce dernier cas de violence faite aux femmes attire également notre attention, car elle est considérée par beaucoup comme une pratique à la peau dure. Nous décidons donc d’en savoir plus à travers l’hypothèse selon laquelle des femmes excisées peuvent être victimes d’exclusion sociale.

L’excision du clitoris est définie, par beaucoup, comme une MGF impliquant l’ablation de la partie externe prépondérante du clitoris et de son capuchon. Elle est parfois accompagnée de l’ablation des petites lèvres et de la suture des grandes lèvres. De nombreuses organisations notamment l’UNFPA et l’UNICEF, militent pour son abolition mondiale. L’excision est illégale dans la plupart des pays du monde qui l’interdisent formellement au nom du respect des Droits de l’Homme, du respect de la personne humaine et de la protection de l’enfance.

Ainsi, un peu partout, des coupables d’excision sont régulièrement envoyés en prison par les tribunaux. Au Burkina Faso, une loi interdisant les MGF a été promulguée en 1996, pour entrer en vigueur en février 1997. Auparavant, il existait déjà un décret présidentiel établissant un Comité national contre l’excision et prévoyant des amendes à l’encontre des personnes reconnues coupables d’excision sur des fillettes ou des femmes. La loi de 1996 a renforcé la répression. Depuis lors, plusieurs exciseuses ont été condamnées à des peines d’emprisonnement.

Mais des goulots d’étranglements font toujours barrière à l’éradication totale des MGF au Burkina. Les acteurs se demandent comment faire en sorte qu’à l’horizon 2025, le pays soit parmi les premiers à déclarer l’excision totalement éradiquée (l’échéance des Nations Unies étant fixée à 2030). Du fait de l’application de plus en plus stricte de la loi contre l’excision au Burkina, la pratique a connu des mutations dans son mode opératoire. Il s’agit notamment de la clandestinité et la pratique transfrontalière.

Une étude sur la pratique transfrontalière de l’excision menée en 2016 aux frontalières du Burkina avec le Mali et la côte d’Ivoire par le SP/CNLPE a révélé que 59,75% des femmes de 15 à 49 ans et 8,75% des filles de moins de 15 ans ont été victimes de l’excision. Dans certaines communautés où elle est pratiquée, l’excision n’est pas considérée comme un acte préjudiciable mais comme une pratique nécessaire pour éduquer et protéger les filles et, dans bien des cas, les rendre éligibles pour le mariage. Le défaut de coopérer ou de subir la mutilation génitale féminine peut entraîner la désapprobation et l’exclusion sociale, non seulement de la jeune fille, mais également de toute sa famille.

Sa fille l’a échappé belle…

(Photo : © Mes Opinions.com)

La religion, la tradition et la culture sont souvent évoquées par les familles comme autant de raisons de faire exciser leur fille. Mariétou, surnommée la « dame courageuse« , n’était pas d’accord avec l’une des raisons évoquées. Et,… elle a frôlé le pire. Selon elle, « ils (des membres de sa famille) ont soutenu que cette pratique est un précepte imposé par la doctrine religieuse, même si aucune des religions ne l’impose« .

Mariétou a eu un enfant hors-mariage, en effet. Son partenaire a reconnu et soutenu la grossesse jusqu’à terme. Leurs deux familles n’ont pas voulu tirer l’affaire. Leur enfant est de sexe féminin. Le couple mène une vie assez confortable. Selon le témoignage de la jeune dame de 30 ans, leur fille avait à peine 15 mois lorsqu’une grand-mère est venue émettre l’idée de l’exciser.

« Elle me réconfortait en me disant de ne pas m’inquiéter. Et qu’il était important pour l’enfant d’accomplir ce rite. Ma grand-mère me faisait croire que mon enfant, si excisée, allait devenir une femme respectable et ce rite augmentera ses chances d’être mariée. Ma grand-mère, et elle n’était pas seule, pensait que l’excision était le garant de la virginité« , nous raconte-elle.

Pour éviter tout problème connexe, Mariétou avoue avoir décliné l’idée de l’excision de sa fille. « Mon partenaire, mon enfant et moi, avons été contraints de quitter le village pour éviter que la société n’insiste sur le sujet ou n’emprunte d’autres moyens. On ne m’a pas bannie, mais je suis partie de moi-même« , confie-t-elle. Nous avons rendu visite au couple en Février dernier. Pour des raisons évidentes, les noms de certains lieux, quartiers et personnes n’ont pas été diffusés.

(Dessin : © TV5 Monde)

Une jeune dame excisée et mariée ne souhaite pas « revivre l’enfer »…

Tata, une jeune femme de 28 ans, s’est mariée et a un enfant de sexe masculin. Elle vit avec son mari dans un quartier non loti de Ouagadougou. Excisée à l’âge de 5 ans, elle a grandi avec cette rage au cœur pour avoir été excisée. Mariée il y a à peine 4 ans, son couple bat de l’aile. Elle ne supporte en effet pas les rapports sexuels avec son homme. Selon elle, le problème ne se situe évidemment pas au niveau de son mari.

Mais ce dernier n’arrive pas à comprendre sa femme. Avec mon mari et à cause de moi, dit-elle, on fait un rapport sexuel une fois par mois. Incroyable mais vrai ! Tata ajoute que lorsqu’elle s’aventure dans les groupes de discussions et forums en ligne, on ne parle que de stimuler le clitoris pour atteindre l’orgasme. « Et moi qui n’en ai plus, je fais comment ? En tout cas, je n’ai jamais connu l’orgasme féminin« , déplore-t-elle. D’ailleurs, depuis que je me suis mariée, ajoute la jeune dame, on peut compter le nombre de rapports sexuels que j’ai fait avec mon mari. Elle doute fort que son mari ne la trompe. Mais là n’est pas véritablement le problème, selon elle.

Convaincue que son foyer est infectieux, Tata craint le pire : le tabassage, le viol, le divorce, l’exclusion… Elle est convaincue que c’est l’excision qui l’empêche aujourd’hui de vivre une vie sexuelle épanouie. Pour terminer, elle confie : « Ce n’est pas que je ne veux pas faire l’amour avec lui, mais je n’ai aucune envie ». L’histoire de la « dame courageuse » et celle de Tata montrent à quel point l’excision peut être une forme de violence pouvant engendrer d’autres formes de violences. Pour étayer cette hypothèse, nous approchons un spécialiste du domaine qui souhaite donner son point de vue mais dans l’anonymat.

Il faut reconnaître que l’excision ne permet pas seulement au mari de contrôler la sexualité de son épouse. C’est le spécialiste qui le dit. « Il n’existe pas pour le moment, à ma connaissance, des études scientifiques confirmant que les femmes excisées fuient les rapports sexuels ou que l’excision retire le désir sexuel chez la femme, mais beaucoup de cas de divorces restent toujours inexpliqués. Le fond du problème n’est pas connu même si le problème se situe très souvent au niveau sexuel. Dans la plupart des cas, c’est l’homme qui souhaite se séparer de sa femme, pourquoi ?« , se demande ce médecin burkinabè.

Combattre toutes les formes de violences faites aux femmes…

Des formes moins connues de violences faites aux femmes comprennent aussi les crimes, le « femicide », la sélection du fœtus en fonction du sexe, l’infanticide des filles, l’exploitation économique, la violence politique, la violence perpétrée contre les femmes âgées, la violence sexuelle liée à la dot, l’agression au vitriol, le frein à la pratique de la planification familiale, etc.

Le Gouvernement burkinabè a pris des mesures visant à combattre tout type d’exclusions à travers notamment la création d’un Secrétariat d’Etat en charge de la lutte contre l’exclusion sociale sous toutes ses formes, l’accompagnement des structures d’accueil de ces femmes, la sensibilisation des populations sur les dangers multiformes du phénomène.

A cela s’ajoute l’adoption de la loi n° 061-2015/CNT du 06 septembre 2015 portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes/filles et prise en charge des victimes et celle de la loi n°024-2016/AN du 17 octobre 2016 portant protection et promotion des droits des personnes âgées. Il faut noter qu’en plus de toutes ces mesures, des actions de changement de mentalité et de comportement sont en train d’être menées par des OSC et leurs partenaires.

Noufou KINDO

Burkina 24

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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