FILO : Les femmes ont eu leurs mots à dire

Les femmes écrivaines n’ont pas voulu être en marge de la 15e édition de la Foire Internationale du Livre de Ouagadougou. Elles se sont retrouvées autour de plusieurs activités notamment des ateliers d’écriture de la nouvelle, des échanges avec leur public sur leurs œuvres, mais aussi le 23 novembre 2019 à l’Institut français de Ouagadougou autour d’une table ronde «Les Mots D’elles » sur la littérature « féminine » et parler de paix et sécurité.

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Le concept « Les mots d’elles » a été voulu par les femmes écrivaines pour se rencontrer pour l’occasion qui est donnée aux acteurs du livre, s’organiser, donner aussi de la voix et aussi aborder le thème de la foire «Littérature et promotion de la paix et la sécurité ».

« Les Mots D’Elles » regroupent plusieurs aspects, selon Monique Ilboudo, écrivaine burkinabè. « En tant qu’écrivaine, on acquiert une certaine notoriété qui fait qu’on peut peut-être prendre la parole publiquement et être entendu », dit-elle, chose qui était impossible jusqu’à récemment.

« Les mots d’elles » signifient que les mots des femmes qui écrivent sont spécifiques ? « Non, répond la romancière burkinabè. Il n’y a pas d’écriture féminine. S’il y a une écriture féminine, il faudrait parler d’écriture masculine et ce serait être marginalisé ».

Elle reconnait que les femmes sont venues un peu plus tard à cette écriture. Puis les premières ont longtemps été accusées  d’égocentriques parce qu’elles ont écrits plus des autobiographies. Qui de mieux que la femme pour parler des problèmes de la femme, elles exprimaient leur douleur dans leurs écrits. Et Ken Bugul, sur sa trilogie autobiographique, «Le Baobab fou », de dire que l’écriture a été thérapeutique pour elle.

Cette première rédaction était certes focalisée sur les péripéties de sa vie, « parce que c’était une nécessité. Je voulais par mes écrits que ma mère comprenne la souffrance que je vivais de ne pas être avec elle, je me sentais rejetée. J’écrivais sans même connaitre les règles de l’écriture, je n’écrivais pas pour cela puisse être publié, j’écrivais pour qu’on le lise à ma mère», explique-t-elle.

Mais par la suite, écrire était devenu une passion et elle s’est intéressée aux problèmes sociaux. Pour elle, on ne devrait pas parler de paix et sécurité qu’aux frontières de nos pays.

Ken Bugul, écrivaine sénégalaise

 « Je dis toujours, on pense que c’est à nos frontières qu’on doit parler de sécurité. Le plus important avant d’aller à nos frontières, c’est d’instaurer la sécurité et la paix à l’intérieur de nos pays.

Quand dans un pays, il y a une certaine violence pour des raisons d’injustice sociale, quand un peuple est frustré, ça peut mener à l’insécurité. Si on y prend garde à répondre aux aspirations de notre jeunesse, cette jeunesse peut constituer une bombe à retardement. Une situation politique intérieure aussi peut mener à la déstabilisation du pays », dit-elle

Les écrivains doivent-ils alors toujours s’engager ? Monique Ilboudo répond par l’affirmative. « Pour que nos publics s’intéressent même à nos écrits, il faut parler des choses qui les concernent. Puis les écrits doivent être des témoignages laissés à la postérité ». En témoignent ses romans «Murekatete », sur le génocide rwandais et « Si loin de ma vie », l’immigration des jeunes Africains en Europe et son corollaire de problèmes. Les œuvres peuvent être aussi prémonitoires.

« A la fin de Le mal de peau, paru en 1992, il y avait un acte terroriste et les gens m’interpellaient : où tu as vu ça ici ? Il y a des choses que les écrivains écrivent et qui deviennent prémonitoire », explique-t-elle.

Fatoumata KeÏta, écrivaine malienne

Par conséquent, « que ce soit les Mots d’elles ou  les mots  d’eux, les mots sont importants, dira Fatoumata Keita écrivaine malienne. Ce sont les mots qui ont permis de réinstaurer le dialogue, la communication partout où l’espoir est brisé. Ce sont les mots qui ont permis de faire re-espérer, partout où les êtres humains se sont mis en conflit.

Quand les mots sont absents, il y a toujours risques de conflit parce qu’il y a risque d’incompréhension. Nous avons besoin de mots pour un climat de paix. Mais que ce soit les mots qui disent la justice, que ce soit les mots qui rétablissent l’entente, l’amitié pour dire l’amour».

La FILO a permis de recenser 22 femmes écrivaines burkinabè et les 10 jeunes filles formées à la FILO en écriture de la nouvelle verront les œuvres publiées bientôt.

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