Tribune – Entre Inquiétude et Espoir, la recrudescence du Covid19 au Burkina : Il faut agir ensemble et maintenant !

Ceci est une tribune de l’ancien ministre de la santé, Dr Alain Dominique ZOUBGA.

Depuis quelques semaines, notre  pays enregistre quotidiennement une forte hausse du nombre de cas du covid19 et cela nous inquiète tous ! Par contre l’annonce d’une mise très prochaine sur le marché des  vaccins contre la maladie est assurément un motif   d’Espoir ! Aussi, la présente contribution aborde  l’aspect évolution de la maladie à partir des incidences enregistrées et les innovations en cours en matière de prise en charge. La question essentielle qui se pose est de savoir, comment une telle évolution a lieu après tant d’efforts consentis pour contrer la pandémie ?

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C’est dans ce contexte que le Président du CSC pointe du doigt  les campagnes électorales et blâme sans détour les partis politiques, tandis que le Chef du Gouvernement met directement les populations en cause et lance une sévère mise en garde. En réalité ces prises de positions se contentent du constat et des conséquences sans rechercher une quelconque cause du problème posé. En effet, il est difficile de comprendre pourquoi des victimes expiatoires de cette pandémie se complaisent elles-mêmes dans une telle attitude suicidaire ! Il y a certainement une explication voire  une cause.

Ces prises de positions qui semblent se contredire laissent apparaitre un agacement voire une indignation légitime des autorités. Mais paradoxalement elles  restent silencieuses  par rapport aux grands acteurs de la riposte nationale à savoir les autorités sanitaires et les comités ad ‘hoc créés à cet effet. Et pourtant.

Pour notre part, même étant d’avis que de nombreux facteurs influent sur notre cas, un traitement de certaines informations  recueillies auprès des communautés et des acteurs de santé nous permet de dire que la problématique actuelle semble davantage en rapport direct avec la gestion générale en particulier les aspects communication et transparence qui ont provoqué une méfiance des populations envers nos politiques. Et malheureusement, tout cela s’est mué en un véritable déficit de confiance entre les gouvernants et  beaucoup de gouvernés. Les populations non seulement semblent ne plus croire au discours officiel qualifié de mensonger, mais pire elles rejettent la réalité de la maladie au Burkina et c’est le fond de notre mal.  

Toutefois dans un domaine aussi sensible il serait davantage intéressant que des spécialistes du domaine se mettent à la tâche pour mieux comprendre la perception, le comportement et l’attitude des individus ainsi que des communautés par rapport à cette pandémie. Ainsi, on pourra espérer une avancée sérieuse dans la riposte nationale  contre le covid19. 

C’est donc l’occasion de faire un aperçu sur  l’état des lieux  au moment même où l’Assemblée Nationale vient de présenter un rapport  sur la pandémie au Burkina.

1-L’Evolution de la maladie :

Chaque jour notre inquiétude grandit face à la recrudescence des nouveaux cas du Covid19 et l’on se pose légitiment la question suivante : « Serions-nous face à une nouvelle vague plus meurtrière qui envahit  le pays » ? On est tenté de répondre par l’affirmative avec l’apparition progressive et continue d’une nouvelle cloche. Toutefois, en examinant les premiers chiffres des services de santé au début de la pandémie, on constate aisément que nous avions en moyenne 05 cas pour des échantillons très petits (en moyenne 50) loin de ce qui était fait dans d’autres pays à l’époque. Aujourd’hui, rien qu’au mois de décembre, presque chaque jour on enregistre des chiffres qui montent ( 91 à 221 nouveaux cas) avec cependant des échantillons plus gros et représentatifs (moyenne 900).  

 Dès lors  l’on  peut croire que les premiers choix (l’échantillonnage)  de l’équipe de riposte au début de la pandémie n’étaient pas adaptés.  Et pourtant plusieurs voix avaient souligné cette insuffisance ! Notre pays avait probablement refusé (volontairement ou non) la vérité des chiffres et mettait au contraire un accent particulier sur les cas de décès,  ce qui apparait désormais contre-productif ! En effet la hausse vertigineuse des incidences aurait apparu moins choquante et brutale si les chiffres présentés au début reflétaient la réalité du terrain. Aujourd’hui, cette hausse provoque une grande inquiétude au sein de certaines  communautés et pourrait entrainer une perte de confiance au sein des personnels de santé. Et même si des responsables de la santé disent que la situation est sous contrôle, l’hypothèse de voir les hôpitaux débordés est ouvertement envisagée, si rien n’est fait pour empêcher cela.

Autre faits caractéristiques à retenir :

  • – les sources de contamination sont presque toutes communautaires. Difficile de se « cacher » derrière la source voyage et ceci n’est pas un bon signe.   C’est une menace pour les lieux de rassemblement quotidien comme les écoles, les universités, les marchés, les lieux de cultes, les restaurants et salles de spectacles. Par ailleurs la contamination touche toutes les zones, celles urbaines et aussi rurales.
  • -la remontée de la courbe semble avoir débuté plusieurs semaines avant le mois de décembre ce qui fait croire que la levée forcée des mesures sur les marchés et davantage encore les rassemblements politiques des précampagnes et campagnes ont touché notre dispositifs de sécurité sanitaire. Dès lors, il est à craindre que les nombreuses manifestations des fêtes de fin d’année ne viennent dégrader davantage la situation.
  • -Ainsi, alors que l’augmentation de l’incidence ne s’arrête pas et que le pays continue d’enregistrer des décès, il y a des spécialistes qui évoquent ouvertement des mutations du virus dans certaines régions du monde. Notre préoccupation devient plus grande dans la mesure où cela peut compliquer notre démarche diagnostique de la maladie.

 2-La réalité des mesures de riposte contre la pandémie

Sur un plan général, et particulièrement aux yeux  des citoyens il semble difficile de dire avec exactitude ce qui a été fait sur le terrain. Au-delà des accusations et suspicions qui ne sont pas toujours vérifiables l’incompréhension est réelle. Pourtant au nom de la « redevabilité », les  responsables de la gestion nationale du covid19 devraient mieux communiquer directement avec les citoyens, avec plus de transparence, sur certaines interrogations légitimes concernant la gestion de la pandémie.

L’incompréhension devient totale et l’indignation perceptible, quand d’un côté certaines personnes déclarent sans sourcier,  « Le plan de riposte covid19 est notre PPP, Volet santé » et que de l’autre de nombreux citoyens s’interrogent :

  • – Où en est-on avec le plan de riposte en ce qui concerne le budget, son financement et l’évolution des priorités ?
  • -Comment ont été utilisés les milliards de FCFA alloués au ministère de l’Education pour la prise en charge des élèves (masques, autres matériels de protection) ? L’on se rappelle la grande satisfaction publique du ministre OUARO il y a quelques mois.
  • -Aujourd’hui, constatant un regain des interventions publiques des autorités dans les médias sur le covid19, depuis quelques jours, des citoyens questionnent : « Comment peut-on comprendre le  silence  des autorités sanitaires durant les campagnes électorales » ?

 3- Les Innovations  et la lutte contre la pandémie

C’est incontestablement un volet extrêmement important dans nos plans et programmes contre la maladie. Comme nous l’avons souvent souligné, le covid19 présente un caractère inédit dans son évolution, son diagnostic et sa prise en charge. C’est pourquoi, l’introduction des mesures innovantes est très  pertinente et suscite de l’espoir. Au niveau de notre pays les intentions sont réelles et de nouveaux  projets  ont été proposés.   

Les actions de nos instituts de recherche

Dès l’apparition  de la maladie, des projets de recherche ont été présentés. Le plus connu  porte sur « Deux (02) deux essais cliniques conduits par des chercheurs burkinabè contre le coronavirus » présenté par le ministre en charge de la recherche scientifique. Un volet associe chloroquine et l’Apivirine et l’autre le (chloraz) utilise la chloroquine associée à l’Azitromycine). Nous avions salué cette initiative, malgré la polémique née à l’époque. Mais depuis lors nos compatriotes se demandent ce que sont devenus ces essais cliniques. Questionnement d’autant plus légitime que l’introduction de la chloroquine dans la prise en charge de la maladie avait été bloquée dans l’attente des résultats de l’étude. Ce fut un moment d’interrogations mais aussi d’espoir qui malheureusement semble faire place actuellement à plus d’incertitudes!

Par ailleurs, l’implication officielle ou à titre personnel  des chercheurs de notre pays  dans certaines initiatives de recherches aux plans sous régional et régional  est à encourager dans l’espoir que celles-ci  connaitront un meilleur sort que  les essais ci-dessus indiqués. Ainsi nous saluons notre action  dans le cadre de la plate-forme d’essais ANTICOV inter pays dont l’objectif est de  prévenir les pics d’hospitalisations par une prise en charge efficace des cas légers.

Sur un plan plus général, après bientôt un an face au covid19, le monde scientifique est sur le chemin  de la stratégie des vaccinations en masse et le Burkina Faso n’est pas en reste. L’annonce de l’introduction prochaine d’un vaccin chez nous en est la parfaite illustration. Dans la région africaine cette phase d’introduction des vaccins dans la riposte nationale est perçue certes comme un espoir, mais un espoir redouté lié à la question de la disponibilité, l’accessibilité, l’acceptabilité et l’efficacité de ces vaccins. En d’autres termes il y a beaucoup d’incertitudes et par ricochet des interrogations multiples, en rapport avec :

La découverte et la mise à la disposition rapide des vaccins dans  certains Etats   

Ils sont nombreux ceux qui doutent et se posent des questions. Comment peut–on expliquer la découverte en un temps record des vaccins covid19 et leur mise sur le marché. D’abord sur le plan scientifique, certains spécialistes notent que   généralement le processus qui aboutit à la création d’un vaccin est long, parfois une dizaine d’années. Mais tout en comprenant les raisons de toutes les interrogations ils indiquent que techniquement l’élaboration rapide du vaccin covid19 est possible parce que les scientifiques avaient déjà de bonnes  connaissances  des épidémies d’autres coronavirus (SARS en 2002 et MERS en 2012).

En outre, les choix politiques ont accéléré le processus devenu hautement prioritaire aux yeux des pays puissants qui ont  mis tout en œuvre pour faire aboutir la création des vaccins. C’est le cas pour l’Europe, la Chine, la Russie et les USA…etc.

-La responsabilité et le rôle des grandes firmes pharmaceutiques et des laboratoires.  

Alors que la probabilité d’avoir des effets secondaires en administrant les vaccins est réelle, certaines informations indiquent que les grandes firmes pharmaceutiques et les laboratoires ne seront  pas tenus pour responsables de ces éventuels effets secondaires. Dans l’immédiat des personnes disent très clairement que le nouveau vaccin Pfizer provoque des effets secondaires.  C’est pourquoi l’on doit examiner  sérieusement cette situation qui pourrait  devenir  un vrai piège juridique et administratif pour les personnes qui seront vaccinées au cas où ça tourne mal.   

-Place et rôle des Etats africain dont le Burkina dans le processus de mise à la disposition des vaccins aux  populations des différentes régions du monde 

Si la mise sur le marché des premiers vaccins constituent un véritable espoir pour les citoyens du monde, l’on peut se demander si l’Afrique notre Continent a–t-elle une chance de bénéficier de ces nouvelles découvertes ?

Il n’est pas inutile de rappeler le contexte récent où nombreux parmi nous avaient émis des avis très tranchés qui frisent parfois le subjectivisme contre le vaccin en préparation par ces « méchants diables qui cherchent à nous détruire ». Or la recherche nationale dans nos pays ne semble pas en mesure de satisfaire les besoins de nos pays.  C’est pourquoi chez nous cette situation est perçue comme un espoir redouté. Alors que tout a débuté en Europe et en Amérique, l’Afrique attend de savoir ce qui sera offert à ses populations (prix du vaccin, période de disponibilité, acceptabilité..).

Et pourtant nous avons besoins de ces vaccins. Donc de toute évidence nous devons nous y préparer pour mieux comprendre le processus de création de ces vaccins et leur mise sur le marché. C’est pourquoi nous saluons l’initiative du Burkina de se préparer pour une introduction du vaccin et ce à travers la mise en place d’un comité national chargé de  l’organisation  de l’introduction du vaccin contre le covid19  et dont  objectif est : « examiner les informations au niveau mondial relatives au vaccin covid19 en vue de les incorporer dans la planification et la préparation  de leur déploiement au niveau national ». Mais au regard de la complexité de l’introduction du vaccin,  nous avons des doutes sur l’efficacité de ce comité.

Aussi, nous proposons la mise en place  d’une cellule multidisciplinaire composée à majorité de spécialistes (infectiologues, virologues, épidémiologistes, Planificateurs, santé publique, communicateurs pharmaciens…) une sorte de comité scientifique ayant des attributions plus techniques en rapport avec le prix du vaccin et les quantités nécessaires, la  détermination de la population à vacciner, le type de vaccin et son efficacité, la logistique de conservation à très basse température, la pharmacologie, la disponibilité, l’acceptabilité…

 Au niveau régional les services de santé classiques seront directement responsabilisés pour assumer le  rôle de comités (épidémiologistes, santé publique/planificateur, information pour la santé, pharmaciens..) et l’accent sera mis sur l’information, la formation des personnels de santé, la sensibilisation et l’éducation  des populations au sujet des vaccins afin de casser les barrières et autres préjugés sur les vaccins au sein des communautés. Ces comités travailleront à exploiter les données secondaires c’est-à-dire les  informations sur le covid19 à l’échelle mondiale.

 4-Le rapport de la commission d’information de l’Assemblée Nationale

La présentation du rapport le 15 décembre à l’hémicycle est un élément intéressant à prendre en compte dans ce contexte d’aggravation de la situation sanitaire. L’on se rappelle que c’est la polémique autour de la disparition d’une députée qui  est la raison principale de la mise sur pied de cette commission. En attendant de l’avoir au complet, nous allons l’apprécier sur certain de ses points.

-La faiblesse du système national de santé

 Cette faiblesse soulignée par la commission, est une réalité bien connue chez nous mais elle existe aussi dans la quasi-totalité des pays de notre région. Dès lors la question de la préparation insuffisante du système national de santé apparait comme  une demi-vérité quand on sait que  cette  maladie a un caractère inédit ce qui a pu prendre de court beaucoup de personnes. Toutefois, il ne faut pas en faire un obstacle mais une contrainte. En tout état de cause, à l’instar d’autres pays il revient à notre système national de santé d’assumer la responsabilité pleine et entière de la gestion de la pandémie. Si des structures ad’ hoc sont créées elles devront être avant tout  des organes d’appui pour une mission précise. C’est pourquoi nous n’avions pas approuvé la vision des autorités sanitaires qui, au lieu de s’appuyer sur ce système, ont préféré créer des structures  parallèles qui détiennent  la réalité de la gestion de la pandémie.

En outre, l’on remarque que tout en soulignant  cette insuffisance la commission des députés s’est bien gardée de faire une recommandation  qui s’y rapporte. Or elle aurait dû  le faire pour la qualité du rapport et surtout pour permettre de rechercher une démarche à même de renforcer les capacités propres de nos services de santé.

Pour notre part, Il y a quelques mois suite à la l’annonce des mesures du gouvernement pour faire face à la pandémie nous avion indiqué dans une déclaration intitulée, « Transformons le défi en opportunité », ce qui suit : «Dans tout malheur, il peut y avoir une bonne opportunité. Alors il faut investir dans ce qui appartient à notre système national de santé, en lieu et places des services de locations et/ou pour le  fonctionnement des structures ad’ hoc(…).    Autrement dit, il faut investir au profit direct des services de santé sinon ce serait un gros investissement mais  une énorme perte à moyen terme »!

Les comités nouvellement créés, non seulement consomment beaucoup de ressources mais par ailleurs ils s’approprient des rôles qui relèvent des compétences du système de santé, toute chose qui peut aggraver les faiblesses constatées.

Dans ce contexte, l’on peut se poser la question de savoir quels types d’investissements ont été faits pour corriger les insuffisances de notre système national de santé ? En attendant, examinons certains points contenus dans le rapport de l’Assemblée :

-Les difficultés d’accès aux dossiers médical

Le rapport évoque le secret médical pour expliquer et même justifier les difficultés d’accès aux dossiers des malades par les familles. A notre avis le secret médical n’a pas pour rôle de compliquer l’accès des familles aux dossiers mais plutôt de protéger l’information médicale juste et ces  familles  ne doivent pas être empêchées  d’avoir accès à ces  dossiers.

-Le cas de Mme la députée COMPAORE

En évoquant ce cas nous retenons cette conclusion de la commission d’information de l’Assemblée Nationale : « il n’a pas été possible de déterminer un lien avec le Covid19 ni avec des cas contacts ». Une conclusion lourde mais qui pourrait ne pas suffire pour satisfaire les différentes parties et faire retomber la polémique et les colères. C’est pourquoi tout en comprenant l’attitude de l’Assemblée qui avait adopté une sorte de profil bas par « responsabilité » nous sommes d’avis que le rapport aurait pu s’inscrire dans une démarche tendant à rassurer chacun des protagonistes. Aussi nous sommes d’avis qu’une recommandation  dans ce sens pouvait être proposée.

5-Propositioons de mesures d’urgence et recommandations  

POURKOI ATTENDRE PERTE DE CONTRÖLE AVANT.. ?????

Aujourd’hui, faire le diagnostic de la pandémie et analyser ses tendances  d‘évolution ne suffisent pas. Si d’aucuns estiment que la situation est sous contrôle, nous disons que bien le  moment où qu’il faut justement agir! Pour quelles raisons faut-il attendre ? Nous devons  absolument proposer des mesures pour freiner la propagation de la maladie et faire des recommandations pour faciliter l’action des équipes de riposte. Mais si nous voulons que notre démarche soit comprise, nous devons avoir à l’esprit l’existence d’une sorte de fronde, « vox populi » en rapport avec notre  gestion de la pandémie. Ces propositions devront tenir compte de cette réalité et s’appuyer sur celles déjà en cours portant sur les mesures barrières.   

-Lancer une campagne nationale pour l’auto confinement

Cette campagne devra être prise en charge par tous nos  médias et dans toutes les langues notamment celles de nos nationalités et basée sur une forte sensibilisation mettant en avant la volonté personnelle des citoyens à s’implique pour  se protéger et protéger la santé des  autres. Elle pourrait débuter rapidement en prévision des manifestations de fin d’année 2020.  

-Rendre effective le port du masque de protection

Il s’agira de contrôler et rendre effectif le port du masque. A cet effet nous proposons la mise en place d’équipes de veille (EV) dans tous les lieux publics (toutes les entrées des marchés, lieux de culte, services publics et privés, salle de spectacles, supermarchés…). Ces équipes seront composées entre autres par des agents de santé, de la police et seront sous la responsabilité directe des communes.  Dans ces endroits des masques seront disponibles à prix très réduits (50f l’unité) et des équipements pour le lavage des mains installés.

– Envisager une prolongation des congés scolaires et universitaires.

Ceci est impératif quand on constate la grande hausse de nouveaux cas et surtout les origines presque toutes communautaires.  Il faut s’y préparer dès maintenant car ces sources de contamination représentent un facteur aggravant dans la transmission de la maladie. On apprend que déjà avant même la reprise des classes de nombreux tests positifs sont enregistrés pour des élèves, un signe sur ce qui pourrait advenir à la reprise des cours.

-Mettre en œuvre d’un protocole « La vie avec le  corona au quotidien». 

Il est de plus en plus acquis que nous allons cohabiter avec le virus de la pandémie pendant longtemps. L’on se rappelle cet appel, du chef du gouvernement, lancé à l’occasion d’une rencontre des gouverneurs du Burkina à Ouagadougou. Il faudrait donc s’y préparer mentalement, dans nos habitudes et comportements de tous les instants. La situation est d’autant plus  compliquée  que le virus est très destructeur dans les différents domaines de notre vie (santé, cohésion sociale, économie, éducation, transport, tourisme..). Les services compétents doivent s’atteler dès maintenant à proposer un contenu pour ce protocole.

-Réexaminer le plan de communication du gouvernement  sur  le covid19

Nous l’avons souligné plus haut, la communication des autorités est au centre de la problématique de la situation actuelle. Le discours officier est brouillé par des contradictions internes et il est souvent  en déphasage avec les faits réels. Il y a donc  nécessité d’y  apporter des corrections dans son contenu en tenant compte du public cible qui depuis quelques semaines semble avoir « bouché ses oreilles » pour ne pas entendre le message des autorités. C’est cela qui  peut expliquer la « frilosité » voire la méfiance très perceptible de nos autorités en ce concerne la prise de mesures contraignantes alors que la situation est compliquée. Pour compléter nos propositions ci-dessus relatives aux mesures  d’urgences  nous présentons  les  recommandations  ci-après :

Démystification de la maladie/accès aux dossiers

Les maladresses et incompréhensions constatées autour des dossiers nous interpellent sur l’interprétation du secret médical dans certains services de santé. Le cas de la députée COMPAORE et d’autres personnes nous préoccupe grandement.  Il ne s’agit pas d’une maladie dite « honteuse » !  Nous pensons  que le fait de savoir que le voisin ou l’ami ou toute autre personne est atteinte de la maladie n’a rien de scandaleux, bien au contraire !  C’est la raison pour laquelle il est urgent de mettre fin à certains dogmes afin qu’à l’image d’autres maladies (cancer, sida, tuberculose..) les familles puissent avoir accès aisément aux dossiers médicaux. En réalité c’est une certaine interprétation du secret médical dans un contexte compliqué qui est à la base des faits incriminés.

 –Appel à candidature autour d’un thème portant sur la perception, le comportement des individus et communautés face à la maladie.

La question du comportement, de l’attitude et de la perception des citoyens  envers la maladie représente aujourd’hui le nœud gordien dans l’action de la riposte nationale anticovid19 d’où la nécessité d’un appel à candidature. Dès lors il faut une investigation sérieuse par une expertise de qualité pour mieux l’appréhender.  C’est aussi une belle opportunité pour nos chercheurs nationaux d’apporter leur contribution.

 –Prime spéciale pour tous les travailleurs de la santé en service dans les structures de soins.

Tout en saluant la proposition de l’Assemblée nationale qui consiste à accorder des distinctions aux agents impliqués dans cette lutte, nous demandons qu’à l’instar de plusieurs autres pays, le gouvernement burkinabè  institue une prime spéciale de risque pour tous les agents de santé travaillant dans les services de soins sur le territoire national.

Conclusion

La situation sanitaire est très préoccupante. En dépit d’un contexte très compliqué il faut s’orienter vers la prise de mesures appropriées dès maintenant pour  éviter une catastrophe sanitaire. Nous en avons  les capacités mais  il reste l’essentiel  à savoir la volonté politique.  

Ouagadougou, le  21 Décembre  2020

Dr Alain Dominique ZOUBGA

Ancien ministre de la Santé

Médecin spécialiste en santé publique

Officier  de l’Ordre National

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