Gilbert Diendéré avait-il prévu « d’arrêter Thomas Sankara et le maintenir en résidence surveillée » ?

L’adjudant-chef major Abderrahmane Zétiyenga a fait sa déposition sur les événements du 15 octobre 1987 dans l’après-midi de ce mercredi 8 décembre 2021.

La suite après cette publicité

Adjudant et commandant d’unité de la garde présidentielle au moment des faits, Abderrahmane Zétiyenga a confié dans son récit être venu de Pô où il était en stage, dans l’optique de remédier à la crise qui sévissait entre les deux leaders de la révolution en 1987, Thomas Sankara et Blaise Compaoré.

« J’étais en stage à Pô et Somda Der (élément de la garde rapprochée de Thomas Sankara ndlr) est venu voir sa famille. Il m’a dit que la situation va de mal en pis. Quand il est reparti, le 8 octobre, une correspondance est venue de Thomas Sankara me faisant cas de la gravité de la situation.  J’ai déposé une autorisation d’absence de 48 heures pour venir à Ouaga.

  Quand je suis arrivé j’ai été reçu par le président Thomas Sankara le soir et il m’a raconté les tenants et les aboutissants de la crise mais il m’a dit qu’il a trouvé une issue entre lui et Blaise. J’étais donc rassuré car c’est quelqu’un qui ne dit pas du n’importe quoi.

Quand j’ai vu le lieutenant Diendéré, c’est à peine s’il n’a pas sursauté. Il m’a demandé ce que je faisais ici alors que je devrais être en stage. Je lui ai fait le compte rendu de notre échange avec le président Thomas Sankara. 

Mais quand j’ai voulu avoir lui sa version sur la situation, je me suis heurté à un refus de Gilbert Diendéré. Il n’a pas voulu m’expliquer quoi que ce soit. Du coup, j’étais dépassé. Et du 11 jusqu’au 15 octobre 1987, j’ai constaté qu’il y a un climat de méfiance entre moi et le lieutenant Diendéré », a indiqué Abderrahmane Zétiyenga.

Venu alors pour la résolution de la crise, le témoin dit avoir suggéré par la suite au lieutenant Gilbert Diendéré la convocation d’une réunion entre les membres des gardes rapprochés. « C’est le 15 octobre matin que la réunion a eu lieu. Les éléments de la garde du président Sankara étaient venus en masse, nous, aussi de la sécurité éloignée, étions là. Curieusement du côté de Blaise Compaoré, c’est Maïga seulement qui était là. 

Moi qui étais le plus ancien, j’ai pris la parole pour attirer leur attention. Il y a eu beaucoup de propositions. Mais Gilbert Diendéré était assis, il n’a rien dit jusqu’à il a levé la réunion, il n’a pas ouvert la bouche.

Au sortir, voilà le lieutenant Gilbert Diendéré encore qui nous dit que la situation est extrêmement grave. Qu’il a reçu un message qui fait cas d’un complot que le président Sankara prépare le même jour à 20 heures. Et il dit que pour éviter un bain de sang, il allait arrêter Sankara et le maintenir en résidence surveillée. Il a parlé sans nous donner la parole avant de nous donner des instructions : ”Interdire tout accès au conseil lorsque le cortège du président va entrer au conseil » », ajoute le témoin.

A écouter Abderrahmane Zétiyenga, il a donc pris garde a un poste vers la radio nationale, et de là il entendait les coups de feu juste quelque temps que le cortège du président soit entré au conseil. « On était là on ne savait pas ce qui se passait. Somda K Eugène est arrivé, en tenue avec son arme, de la présidence qu’il veut se renseigner sur ce qui se passe.

J’ai dit pas question car l’instruction nous a été donné de ne laisser personne entrer. Mais il a tellement insisté que j’ai délégué un élément pour l’accompagner. Après un instant, le soldat est venu en courant, il n’a pas pu parler. Après je vois Eugène sortir les habits déchirés et il dit que Sankara a été tué », a confié Abderrahmane Zétiyenga.

A la suite de son récit sur le 15 octobre, il est revenu sur une deuxième audition devant le juge d’instruction à sa propre demande. « J’étais au champ quand mon petit frère m’a appelé dire de descendre pour ma sécurité. Qu’il y a un envoyé de Gilbert Diendéré qui veut me voir et que si je ne viens pas, il va me rejoindre en brousse. C’était Manga-Naaba (Tondé Ninda Pascal dit Manga-Naaba).

J’ai donc plié bagage. Mais on lui a donné rendez-vous le lendemain à 20h à la maison. Quand il est venu avant qu’il n’arrive à mon niveau, j’ai mis mon téléphone sur enregistrement. Il me dit que le général Gilbert l’envoie. J’ai fait express pour lui poser la question trois fois il dit oui c’est le général Diendéré qui l’a envoyé. Il était venu avec la RAV4 de Fatou Diendéré, épouse de Gilbert Diendéré.

C’est là qu’il a dit que le général l’envoie me dire qu’au cas où le juge m’auditionne, de lui dire que je n’étais pas au conseil le jour du 15 octobre 1987. De dire que j’étais en ville et que je suis venu après les coups de feu pour contacter les faits. Que sinon Somda K Eugène est en train de salir mon nom chez le juge », souligné le témoin.

Il faut rappeler que c’est cet acte qui a valu l’inculpation de Tondé Ninda Pascal dit Manga-Naaba, avec la charge de subornation de témoins. Le même acte a été ajouté aux charges du Général Gilbert Diendéré. L’audition de Abderrahmane Zétiyenga se poursuit demain 9 décembre 2021 avec la suite des questions des parties prenantes.

Akim KY

Burkina 24

Écouter l’article
publicite


publicite

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page