Litige foncier à Koudougou : Une cour divise les héritiers de la famille Yaméogo

Le jeudi 19 août 2021, les habitants d’une cour située au secteur 2 de Koudougou se sont réveillés avec la police à leurs trousses.  Les occupants de cette cour appartenant à leur grand papa ont été tenus cloitrés pendant des heures par la police. D’autres personnes, avance la police, se disent nouveaux propriétaires. L’une des membres de la famille, Yaméogo K. Larissa, se sent abandonnée par leur avocat, Me Silvère Kiemtarboumbou. Burkina24 a pu rentrer en contact avec différents acteurs notamment ledit avocat qui rassure pourtant. Dans cette affaire de famille, les langues se délient ! 

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Larissa Yaméogo témoigne de ce qu’a vécu sa famille le jeudi 19 août 2021 à Koudougou. Une affaire de cour vendue fait grand bruit. « C’est la cour de notre grand père. C’est ce matin que la petite maman m’a joint au téléphone pour me faire savoir qu’il y avait la police autour de la cour. Et quand je suis arrivée, j’ai effectivement constaté la présence de la police autour et à l’intérieur de la cour. Il nous disait seulement qu’on ne peut pas sortir de la cour et que d’attendre leur supérieur », explique-t-elle.

Mais, « personne ne s’est présenté par la suite », dit Larissa Yaméogo. Néanmoins, elle a connaissance d’une histoire de vente de la cour qui a connu beaucoup de rebondissements. « Auparavant, on avait reçu des papiers venant d’un huissier, ça doit être le 29 juillet 2021. Le premier papier, c’était un accord signé entre notre avocat et l’avocat de l’autre partie. Et le deuxième papier, c’était une ordonnance de fin d’inspection. Et un troisième papier venant de l’huissier lui-même », cite-elle. 

Larissa parle d’avocat puisqu’il s’agit de la cour de son grand père « vendu par son oncle« , chose qui a provoqué des recours en justice. « Les avocats ont été engagés parce que la cour de notre grand papa a un litige foncier. 

Et notre oncle qui était le seul enfant vivant du grand père a vendu la cour. Et suite à cette vente, il est décédé. Mais dans le certificat d’hérédité, il y avait le nom de notre grand-mère qui vit toujours, le nom de l’oncle en question décédé, le nom de notre papa, lui aussi décédé, son petit frère également décédé », explique-t-elle.

Le défunt oncle de Larissa Yaméogo a « vendu » la cour familiale où résident toujours les femmes et les enfants de ses deux défunts frères. « À notre grande surprise, l’oncle a vendu la cour sous la complicité de deux de ses fils. Puisque dans le certificat d’hérédité que l’oncle a établi, on a le nom de deux de ses enfants, le nom d’un voisin et d’un cousin.  C’est suite aux rumeurs que nous sommes allés demander à l’oncle qu’on a appris que la cour a été vendue. Il a nié », révèle-t-elle. 

L’année 2019 marque alors le départ des menaces pour la famille Yaméogo. « Chaque fois, on nous appelle, on nous secoue », répète-t-elle. Pourtant, à l’entendre, une bonne partie de la famille ne se reconnait ni dans la vente de la cour, ni avoir donné mandat à une tierce personne de le faire.

Le comble, dit-elle, l’acheteur du nom de Bagué Inoussa dit Koudousse a conduit l’affaire en justice. La famille a dû prendre Me Silvère Kiemtarboumbou pour sa défense. A l’issue de ce procès, l’acheteur n’a pas eu raison, selon Larissa. Et ce fut une lueur d’espoir pour elle et sa famille.

Mais pas pour longtemps, car le problème va prendre une autre tournure après le décès de l’oncle vendeur. « Quand il est décédé, ils sont venus tout casser à plusieurs reprises. Ils nous ont traumatisés. On a dû appeler la gendarmerie pour qu’ils viennent nous secourir. Ils jettent les pierres sur le toit qui s’est finalement endommagé », enchaine-t-elle. 

Il se trouve que les enfants de l’oncle décédé demandent la liquidation des biens de leur grand-père, obligeant Larissa et les siens à reprendre le chemin de la justice. Pire, elle se heurte à une autre surprise. « Arrivée, une ordonnance qui stipulait qu’on a qu’à vendre tous les biens du grand-père sauf la parcelle où réside la veuve survivante, est sortie », souligne-t-elle.

Le 29 juillet, l’huissier a envoyé un accord révélant une entente entre les enfants de l’oncle de Larissa et le reste de sa famille sur la liquidation des biens de leur grand-père. Et la famille Yaméogo ne s’y reconnait pas. Au moment où cette famille doit lutter corps et âme contre l’acheteur de leur cour et aussi contre l’autre front constitué des enfants de l’oncle, son avocat devient de plus en plus indisponible, dit Larissa.  

« On n’a jamais signé un papier. On contacte notre avocat, il ne répond pas, on l’appelle, on lui laisse des messages, emails, il ne répond pas. On se déplace dans son bureau pour demander un rendez-vous, il ne réagit pas. L’accord-là, on suppose que ça doit être lui et l’avocat de l’autre partie », affirme Larissa avant d’ajouter : « tout porte à croire qu’il nous a lâchés. Si effectivement ce n’était pas lui l’auteur de cette signature, pourquoi nous fermer ?», s’indigne Larissa. 

Le bien matériel n’est pas le souci premier de Larissa Yaméogo. La cour familiale est, pour elle, un symbole d’unité, un tremplin de cohésion familiale. « Nous sommes nés ici, nos parents sont nés ici. C’est ici on a enterré nos petits frères. Donc cette cour là représente beaucoup pour nous. Les gens ne comprennent pas. On se bat pour quelque chose qui n’a pas de prix. 

S’ils arrivent à arracher cette cour, c’est comme si c’est un vide qu’ils ont créé. Et ce vide, même tout l’or du monde ne peut pas comblerSi la cour du grand père existe toujours, ce qui est sûr, les évènements ne manquent pas. On sera appelé à se croiser ici, à se frotter. Et cette chaleur va nous amener à nous réconcilier », espère-t-elle. 

Larissa Yaméogo et sa famille se retrouvent entre pression, répression et incompréhension. L’acheteur Bagué Inoussa est, selon elle, associé aux enfants de son oncle pour former un front, car révèle-t-elle « les deux parties sont défendus par un même avocat ». 

L’avocat de la famille est toujours inaccessible, laissant Larissa et les autres membres de sa famille face à un problème à plusieurs équations. « Qu’il vienne nous dire ce qui se passe, on ne comprend plus rien », martèle-elle sans cesse à l’égard de Me Silvère Kiemtarboumbou que Burkina24 a pu contacter.

Mais l’avocat rassure : « La famille Yaméogo a parfaitement raison. C’est plutôt Bagué qui tente par tous les moyens de les mettre dehors, suite à une vente frauduleuse qui d’ailleurs n’a pas abouti. Jusqu’à présent, il n’a aucune prise sur quelque immeuble que ce soit. La famille Yaméogo a raison sur toute la ligne« . 

A écouter Me Silvère Kiemtarboumbou, il s’agit d’un « dossier qui implique des héritiers qui sont vraiment divisés en deux groupes pratiquement« . Parce que les héritiers sont au nombre de 23 ou plus, confie-t-il. Ces derniers, selon l »avocat, ne s’entendent pas sur l’ensemble des biens en question. 

« Le juge a ordonné le Tribunal de Koudougou la liquidation sur un certain nombre de biens, mais pas d’autres. Concernant le logement de la veuve en question, il se trouve qu’il y avait une fausse vente qui avait été faite à un certain Bagué, qui a tenté d’expulser en vain les héritiers« , affirme-t-il.  

Quant à l’accès de ses clients à son cabinet, Me Kiemtarboumbou reste catégorique : « Ils sont même venus à l’improviste à mon cabinet. Mon cabinet a toujours été ouvert à tout le monde. Je pense que s’ils viennent au Cabinet, ils prennent rendez-vous, il n’y aura aucun souci pour qu’on se voit et échanger sur tous les détails« . 

A propos des papiers signés sans l’avis de Larissa et ses frères, l’avocat dément. « Non, je ne pense pas que ce soit à leur insu, parce que j’ai un mandat général dans l’intérêt de la procédure pour que le litige se résolve comme il se doit. Peut-être qu’ils ne comprennent pas grand-chose.

Je ne sais pas s’il y a complicité avec Bagué ou pas, mais l’autre famille des héritiers de Yaméogo a pour conseil Me Bénao, mais Bagué, lui, a un autre conseil. Jusqu’à présent je ne sais pas s’il y a collusion ou pas, mais je ne pense pas« , soutient-il. 

Par rapport à la « tentative d’expulsion » le 19 août dernier, il dit l’avoir appris par personnes interposées, avec notamment des amis juristes à Koudougou.

« Je n’ai aucun titre qui permette à la police de donner quelque acte que ce soit comme expulsion ou autre chose. Si tout avait été fait dans les règles de l’art, j’aurais été avisé, mais jusqu’à présent, je n’ai aucun document qui permette à qui que ce soit, même pas à Bagué d’aller expulser qui que ce soit sur le terrain en question. Pour l’expulsion, il n’y a pas de document qui permet d’expulser qui que ce soit. Donc il n’y a pas de procédure d’expulsion en vue« , déclare Me Kiemtarboumbou. 

Burkina24 a tenté de rentrer en contact avec toutes les différentes parties citées dans cette affaire

Quant à Me Dieudonné Ouily présenté par beaucoup comme l’avocat de l’acheteur Bagué Inoussa dit Koudousse, il affirme le contraire : « C’est mieux de contacter le client lui-même, parce que je ne travaille plus dans le dossier… Vraiment je ne souhaite pas donner son numéro sans son avis. Il est à Sankaryaré. Vous demandez à voir El Hadj Koudousse. Normalement vous devriez trouver son bureau… Professionnellement, ce n’est pas bien. Si je poursuivais dans le dossier encore, je pouvais voir les informations qui ne sont pas couvertes par la confidentialité pour vous communiquer. Peut-être que le dossier a évolué dans tel ou tel sens à mon insu« . 

Témoignage d’Aimé Yaméogo, frère de Larissa Yaméogo

Les occupants de la cour ont été surpris quand « on est venu nous remettre un chèque de 30 millions sous prétexte que c’est une part de la vente de la cour.

Il semblerait que c’est à 90 millions qu’ils ont vendu la maison », a-t-il dit.  Selon son témoignage, les occupants de la cour à savoir la maman, sa grande mère, sa tante, ses sœurs et cousines qui vivaient dans la cour en son temps ont refusé le chèque de 30 millions.

Certains membres de la famille ont pris part à l’établissement du certificat d’hérédité qui a permis à l’oncle Gérard de faire la revente. « Il y a certains cousins même qui sont venus les aider à enlever les tôles. Un cousin de mon papa en fait partie », a-t-il révélé

Pour Aimé Yaméogo ces derniers ne font pas partie des ayants droit à l’héritage de leur grand-père. « Les enfants de ma marâtre ont reçu de l’argent alors que leurs noms ne figurent pas sur le nouveau certificat d’hérédité établi », souligne-t-il.

Il réaffirme les dires de sa sœur sur maitre Silvère : « Jusqu’à aujourd’hui c’est le silence. On a déposé même un papier chez le bâtonnier pour comprendre ».

Pour Aimé Yaméogo même si l’accord était fait entre les deux parties de la famille Yaméogo, il s’interroge sur le fait que c’est Inoussa Bagué qui envoie un escadron le 19 août pour déguerpir les occupants. 

La réaction de Modeste Yaméogo suite à la persistance de Burkina 24

Modeste Yaméogo est l’ainé de la famille. Il est le premier fils de celui là même qui a vendu la cour. Ce dernier qui constitué le camp d’en face, a réfuté la version donnée par ses demi frères. « Mon papa a dit, comme il reste le seul fils de son papa, vaut mieux que, lui, il vend la cour pour donner à tout un chacun sa part d’argent pour qu’il parte construire. Le vieux avait une autre cour au secteur 5, il a vendu et il est parti construire deux chambres salon, douche interne, maison clôturée avec un portail », dit-il.

« La vielle là même, on lui avait donné un million, elle a refusé. On est allé contacter sa famille et la famille même était découragée. Toi tu n’as pas eu d’enfants avec le vieux, il a fait un effort pour te donner quelque chose et tu fais comme ça. Personne n’est derrière elle », renchérit-il

D’ailleurs, à entendre Modeste Yaméogo, la veuve survivante n’est pas une femme légitime de son grand père. « Elle a été donnée au vieux à l’époque et elle est allée faire des bêtises avec une autre personne et tombée enceinte. Et après ça, le vieux a décidé qu’il la considère comme sa propre fille et non sa femme. Sinon elle n’a pas eu d’enfant avec le grand père », laisse-t-il entendre. L’attitude de la veuve est étonnante, selon l’entendement de Modeste Yaméogo.  A l’écouter son refus frôle l’absurde.

Les autres ayants droit ont accepté leur part du butin, excepté le camp Larissa et alliés. Si pour Larissa, la cour a été vendue dans le silence, « c’est des mensonges », réplique Modeste Yaméogo, avant d’ajouter que « le vieux nous a appelés tous, moi j’étais là, il a dit qu’il a vendu la cour et personne n’a dit un mot là-bas. Il y a des témoins », cite-t-il avec répétition.

Des recours en justice sont toujours en cours et cette guerre d’héritage qui dure déjà quatre ans est bien loin de connaitre son épilogue….

Akim KY

Burkina 24 

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