3.453.510 personnes en situation d’insécurité alimentaire, si rien n’est fait d’ici juin à août 2022

Les membres du Comité de prévision de la situation alimentaire et nutritionnelle (CPSA), réunis les 28 et 29 mars 2022 à Ouagadougou, à l’occasion de leur première session de l’année 2022, ont validé les résultats de la campagne agricole 2021-2022 et fait des recommandations.

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Après deux jours d’échanges menés sur la base des résultats des différentes évaluations disponibles sur la campagne agropastorale 2021-2022, les membres du Comité de prévision de la situation alimentaire et nutritionnelle (CPSA), sont parvenus à des conclusions et recommandations.

Il ressort que les prix moyens des produits agricoles sont en hausse par rapport à la moyenne quinquennale et à la même période de l’année passée. Idem pour le bétail.

La production céréalière définitive est estimée à 4 661 140 tonnes. Elle connait cependant une baisse de 10% par rapport à la campagne passée. Les cultures de rente sont en baisse de 19,54% par rapport à la campagne passée. De même que les cultures vivrières, avec une baisse de 28,36% par rapport à la campagne passée.

Les longues séquences sèches, les inondations, entre autres, sont tenues pour responsables de cette contre-performance.

Sur le plan alimentaire

Sur le plan alimentaire, il convient de noter que les céréales disponibles couvrent les besoins de consommation de la population pour l’année 2021-2022 à 93% et dégagent un déficit brut le plus profond des cinq dernières années, soit 539 364 tonnes.

Les résultats du bilan fourrager en situation normale donnent un disponible fourrager de 20 970 144 Tonnes de matières sèches (TMS) pour un besoin fourrager estimé à 18 479 285 TMS.

Au niveau provincial, le bilan fourrager fait état de neuf provinces très déficitaires (les provinces du Séno, du Soum, du Kadiogo, du Loroum, du Kouritenga, du Yagha, de l’Oudalan, de la Gnagna et de la Komondjari) ; de dix provinces déficitaires (le Houet, le Koulpélgo, le Zoundweogo, la Sissili, le Ganzourgou, le Bazèga, le Tuy, l’Oubritenga, le Namentenga et la Comoé) ; de six provinces en équilibres (la Kompienga, le Kénédougou, la Tapoa, le Bam, le Kourwéogo et le Boulgou) ; de vingt provinces excédentaires (le Yatenga, le Nahouri, le Boulkiemdé, la Kossi, le Passoré, le Sanmatenga, le Zondoma, le Ioba, le Mouhoun, le Ziro, le Gourma, le Nayala, le Poni, le Sanguié, les Balé, le Sourou, la Bougouriba, la Léraba, le Noumbiel et les Banwa.

Insécurité alimentaire

Il se dégage en outre que l’état nutritionnel des enfants de moins de 5 ans demeure préoccupant avec 9,7% qui souffrent de malnutrition aigüe. Onze provinces sur les 35 enquêtées, dit-on, présentent une prévalence de Malnutrition aigüe globale (MAG) au-dessus du seuil d’alerte de l’OMS (10%). Le Centre (12,1%), le Nord (11,9%), le Plateau Central (11,3%), la Boucle du Mouhoun (10,8%) et le Centre-Ouest (10,2%) sont les régions dont les provinces présentent une prévalence de malnutrition aigüe globale (MAG) au-dessus du seuil d’alerte de l’OMS.

La situation humanitaire, quant à elle, reste dominée par l’accroissement du nombre de Personnes déplacées internes (PDI). A la date du 28 février 2022, le pays enregistre 1 814 283 personnes déplacées internes (PDI).

La population en insécurité alimentaire et ayant besoin d’une assistance humanitaire immédiate est estimée à 2 366 447 personnes, dont 323 739 personnes en urgence. Ces populations représentent 11% de la population totale et sont concentrées dans les régions du Sahel (22%), du Nord (17%) du Centre-Nord (16%) et de l’Est (15%).

La situation de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle issue de l’analyse du cadre harmonisé fait ressortir, en situation courante (mars à mai 2022), 21 provinces en phase minimale, 14 en phase 2 « sous pression », 09 en phase 3 « crise » (Séno, Oudalan, Yagha, Komondjari, Tapoa, Sanmatenga, Loroum, Yatenga et Sourou) et 01 en phase 4 « urgence » (Soum).

Insécurité alimentaire en période projetée

L’insécurité alimentaire en période projetée (juin à aout 2022) pourrait connaitre une dégradation marquée par l’augmentation des provinces en phase 4 de 1 à 5 avec le basculement des provinces du Seno, de l’Oudalan, du Yagha et du Loroum ; et l’augmentation des provinces en crise de 9 à 11 avec le basculement des provinces de Namentenga, du Bam, du Gourma et de la Gnagna.

Au cours de cette période, le nombre de personnes en insécurité alimentaire (phase 3 à 5) pourrait atteindre 3 453 510 personnes, dont 628 464 personnes en urgence alimentaire (phase 4). Ces populations représenteront 16% de la population totale et seraient concentrées dans les régions du Sahel (20%), du Centre-Nord (17%), de l’Est (17%) et du Nord (16%).

Recommandations

A l’endroit du ministère de l’agriculture, des ressources animales et halieutiques et ses partenaires, le comité recommande d’aider les éleveurs avec des noyaux reproducteurs pour reconstituer leur cheptel ; de diligenter une étude pour évaluer les autres utilisations des céréales en dehors de la consommation humaine directe ; d’organiser les circuits de commercialisation des fourrages fauchés pour les rendre disponible au niveau des zones déficitaires ; de développer un mécanisme spécifique de suivi-évaluation de la situation alimentaire et nutritionnelle dans les zones inaccessibles ; de mettre en place des boutiques de vente d’aliments bétail dans les communes, notamment celles marquées par un déficit fourrager et de suivre l’évolution du fourrage en saison sèche.

A l’endroit du ministère de la santé et de l’hygiène publique et ses partenaires, le CPSA recommande de renforcer la mise en œuvre des interventions en situation d’urgence ; de réaliser en urgence des SMART rapides chez les PDI au regard de leur nombre de plus en plus croissant.

A l’endroit du ministère de la solidarité nationale, de la famille et de l’action humanitaire et ses partenaires, il est recommandé d’apporter une assistance humanitaire immédiate aux populations vulnérables identifiées, notamment dans les provinces en situation de crise en particulier dans les zones impactées par l’insécurité.

A l’endroit du ministère de l’environnement, de l’énergie, de l’eau et de l’assainissement, la recommandation formulée concerne le renforcement des actions de mobilisation des ressources en eau pour les activités de production agrosylvopastorale et halieutique.

Pour le gouverneur de la région du Centre, représentant le ministre de l’agriculture, des ressources animales et halieutiques, ce chiffre interpelle l’Etat et ses partenaires quant à l’urgence d’accentuer leurs interventions auprès des populations concernées.

« Le plan de réponse sera immédiatement actualisé pour prendre en compte cette nouvelle situation », a alors indiqué Sibiri de Issa Ouédraogo avant de rassurer que « les conclusions de cette session serviront de boussole au gouvernement dans ses prises de décisions face à la situation alimentaire et nutritionnelle ».

Tambi Serge Pacôme ZONGO

Burkina 24 

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Serge Pacôme ZONGO

Tambi Serge Pacôme ZONGO, journaliste s'intéressant aux questions politiques et de développement durable.

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