Côte d’Ivoire : 4 481 cas de grossesses en milieu scolaire recensés entre septembre 2024 et juin 2025
En Côte d’Ivoire, le dernier rapport de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) sur les grossesses en milieu scolaire rappelle aux autorités ivoiriennes que ce phénomène reste préoccupant. 4 481 cas ont été recensés entre septembre 2024 et juin 2025, soit une hausse de plus de 8 % par rapport à l’année dernière. Selon l’ONU, une adolescente ivoirienne sur quatre a déjà été enceinte, avec le risque d’abandon définitif de l’école compromettant ainsi des rêves d’avenir.
A la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), c’est l’heure des bilans en cette fin d’année scolaire. Comme chaque année, cet organisme fait le point sur les cas de grossesses en milieu scolaire.
Il en ressort que 4 481 cas de grossesse chez des élèves ont été répertoriés au cours de cette année scolaire 2024-2025. Cette hausse qui s’ajoute au pic spectaculaire de 28% au cours de l’année 2023-2024 inquiète Marie-Paule Kodjo, vice-présidente de la CNDH, qui tente d’expliquer cette recrudescence : « Ce boom peut s’expliquer par les pesanteurs sociales, les mariages précoces, la précarité, les viols.
Et puis, il y a aussi les « tontines sexuelles », ces regroupements d’élèves qui vivent ensemble dans des studios et qui, influencées par les réseaux sociaux, au lieu d’étudier, font tout sauf ça. »
Pour sa part, la Direction des études, des stratégies, de la planification et des statistiques (DESPS) du ministère ivoirien de l’Éducation nationale, évoque, au contraire, une baisse du phénomène, depuis trois ans. « Le nombre de cas est passé de 6 681 en 2022-2023 à 4 266 en 2024-2025, soit une baisse de 36,5% », précise-t-elle tout en rappelant les efforts faits pour la réintégration dans le système scolaire des jeunes filles mères, assurant qu’aucune élève enceinte n’est exclue.
Depuis 2019, le ministère de l’éducation autorise un report de scolarité d’un an pour les élèves empêchés « pour cause de grossesse, de maladie et de déplacement des parents ». En d’autres termes, la jeune fille a un an pour réintégrer gratuitement l’école publique après l’avoir quittée. Des délais souvent dépassés qui poussent ces filles hors des radars du système éducatif.
En théorie, la loi autorise l’avortement dans les cas de viol ou de mise en danger de la santé des femmes. En pratique, « c’est quasi impossible », constate Aïcha Traoré, présidente de l’ONG Pro Kids qui tente de redonner une chance aux jeunes filles adolescentes.
« On a une prévalence assez élevée de jeunes qui vont vers le sexe. Il faut les conseiller et les encadrer. Il faut en parler jusqu’à ce que l’adolescente comprenne qu’opter pour une méthode de contraception, opter pour une sexualité saine ou même pour l’abstinence, c’est un choix qu’il faut faire », explique-t-elle.
Au nombre des causes liées à ce phénomène, la CNDH cite entre autres les préjugés relatifs à la contraception : « Les mères sont souvent sceptiques et refusent que leurs filles y aient recours par peur qu’elles deviennent stériles », observe-t-elle. A cela, s’ajoutent les facteurs de vulnérabilité tels que l’isolement géographique et la pauvreté.
En tandem avec le ministère de la santé, la CNDH mène des campagnes de sensibilisations auprès des élèves et plaide pour « un déploiement du système des internats » afin de protéger ces jeunes filles et d’assurer leurs besoins élémentaires.
Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU
Correspondant de Burkina 24 en Côte d’Ivoire




