« Nous Vaincrons » | Inondations urbaines au Burkina Faso : Boris Salou plaide pour une gestion scientifique du drainage pluvial

Face à la recrudescence des inondations à Ouagadougou, Boris Salou, ingénieur civil burkinabè exerçant au service du drainage pluvial de la mairie de Québec (Canada), appelle à repenser en profondeur l’aménagement urbain au Burkina Faso. Fort de son expérience nord-américaine, il estime que la gestion des eaux pluviales doit devenir un pilier central du développement urbain durable.
Selon Boris Salou, toute ville repose sur trois composantes essentielles : l’eau potable, l’assainissement des eaux usées et l’évacuation des eaux pluviales. À la différence des deux premières, la pluie échappe totalement au contrôle humain. « On peut produire de l’eau potable et encadrer les rejets d’eaux usées, mais on ne maîtrise ni l’intensité ni le volume des pluies », souligne-t-il.
En Amérique du Nord, cette contrainte impose des règles strictes. Les promoteurs immobiliers doivent parfois céder jusqu’à 20 % de leurs terrains pour aménager des bassins de rétention destinés à prévenir la saturation des réseaux lors des fortes pluies.
Au Québec, la gestion du drainage repose sur des infrastructures vertes et multifonctionnelles. Les bassins de rétention, par exemple, sont conçus pour jouer un double rôle : contenir les eaux pluviales en période de pluie et servir, le reste du temps, de parcs, d’aires de sport ou de loisirs. « Cela permet de gérer efficacement l’eau tout en valorisant l’espace urbain », explique Boris Salou.
Le spécialiste pointe une faiblesse majeure dans l’urbanisation burkinabè notamment remblayage anarchique des parcelles. Chaque propriétaire élève le niveau de son terrain pour se protéger de l’eau, au détriment des voisins et des voies publiques, transformées progressivement en cuvettes d’inondation.
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Pour y remédier, Boris Salou plaide pour une gestion centralisée du développement urbain, pilotée par la ville avec une vision globale et à long terme, plutôt que par des interventions dispersées.
L’ingénieur recommande l’adoption d’un Plan d’urbanisme et de mobilité (PUM) fondé sur des données scientifiques, intégrant notamment la connaissance précise de la topographie, à travers des modèles numériques de terrain ; l’analyse de la pluviométrie locale, afin d’anticiper les pluies extrêmes ; et l’évaluation de la capacité réelle des réseaux de drainage, souvent sous-dimensionnés face à l’accumulation des volumes d’eau.
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Souvent négligée parce qu’elle est inodore, l’eau de pluie mal gérée constitue pourtant une menace majeure pour la santé publique. Inondations, prolifération de moustiques, dégradation des routes et coûts élevés d’entretien en sont les conséquences directes.
« Un drainage efficace améliore la santé des populations et réduit considérablement les dépenses liées aux infrastructures et aux transports », conclut Boris Salou.





