Kaya : Le Dr Nézien et son équipe redonnent corps à la souveraineté médicale face au handicap

Au Centre médico-chirurgical (CMC) Morija de Kaya, anciennement Centre pour handicapés de Kaya, l’espoir a changé de mains. Et surtout de cap. Depuis 2021, la souveraineté médicale s’y exerce au quotidien, sans missions étrangères, sans dépendance. Une équipe 100 % burkinabè soigne, opère, répare. À sa tête, le Dr Christian Terance Marius Nézien. Avec ses collègues, jeunes professionnels burkinabè, il redonne mobilité, dignité et avenir à des patients longtemps condamnés à l’attente. Des patients de diverses nationalités. Ici, le handicap recule. La compétence locale avance. Reportage. 

Implanté en bordure d’un axe routier très fréquenté, le Centre médico-chirurgical Morija de Kaya s’impose par l’étendue de son domaine et par une réputation en constante progression.

Vue aérienne du Centre médico-chirurgical Morija de Kaya (©CMC morija)

En cette matinée du lundi 19 janvier 2026, nous nous rendons au CMC Morija sous un soleil de plomb. Le thermomètre frôle les 35 °C et la ville de Kaya est en pleine effervescence.

Clignotant à gauche, nous bifurquons vers le centre. À peine le portail franchi, l’atmosphère change. Ici, tout respire l’attente, l’urgence et l’espoir entremêlés.

Une vue interne du Centre médico-chirurgical (CMC) Morija de Kaya (©CMC morija)

À l’accueil, après les civilités d’usage, nous demandons à rencontrer le Dr Christian Terance Marius Nézien, chirurgien orthopédiste-traumatologue, chef du bloc opératoire et responsable médical du centre. Une agente nous conduit vers une salle d’attente déjà bondée.

Des patients venus de tous horizons. Des bras plâtrés, des jambes bandées, des visages tantôt inquiets, tantôt résignés. Chacun porte une histoire, une douleur, un espoir discret. Soudain, une voix rompt notre observation : « Monsieur le journaliste, le docteur peut vous recevoir ».

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Dans sa salle de consultation, Dr Nézien reçoit Nassiratou Nana et sa mère (©Burkina 24)

Il est 12 heures, ce lundi 19 janvier 2026 lorsque nous franchissons le seuil du bureau. Le Dr Nézien, blouse blanche sur le dos, est déjà en consultation. À ses côtés, un infirmier. En face, un enfant de 7 ans, Adaré Ouédraogo, accompagné de son père. Ils viennent de la Côte d’Ivoire.

Au bras droit, Adaré Ouédraogo a une blessure qui risque d’être fatale à ce membre si rien n’est fait. Il lui faut une seconde intervention chirurgicale (©Burkina 24)

Le bras droit de l’enfant, visiblement atteint, ne guérit pas malgré une précédente intervention. Radiographie à l’appui, le diagnostic tombe : un résidu osseux empêche la cicatrisation complète. Une nouvelle opération s’impose. Après les explications, Adaré quitte la pièce, dans l’attente de la suite. Depuis 7h 30, ce matin-là, 22 patients ont déjà été reçus.

Consultations sans répit

Nous nous installons discrètement dans un coin de la salle, carnet en main. À peine les premiers échanges amorcés qu’un nouveau toc, toc se fait entendre. Nassiratou Nana, 9 ans, entre avec sa mère. Elles viennent de Kombissiri, à une quarantaine de kilomètres au sud de Ouagadougou.

Avant l’intervention, la fillette avançait avec peine. Chaque pas était un effort. Aujourd’hui, elle revient pour une simple visite de contrôle. Le verdict est rassurant. L’évolution est favorable. Nassiratou peut à nouveau marcher, reprendre le chemin de l’école, retrouver le rythme d’une enfance ordinaire. Sur les visages, le soulagement est palpable.

Parmi ceux qui sourient, Mc Lamine Coach. Sur les réseaux sociaux comme sur le terrain, cet avocat des bonnes causes s’est fortement mobilisé pour accompagner la guérison de Nassiratou. Fidèle à ses actions de solidarité, il a contribué à alléger les charges liées à l’intervention chirurgicale au CMC Morija. Un geste posé sans calcul. Pour lui, aider relève du devoir. Presque d’un sacerdoce.

Aujourd’hui à la tête de la fondation « Sauvons des vies », il veut aller plus loin. Mobiliser davantage de ressources. Toucher plus de cœurs. Tendre la main à d’autres Nassiratou, à d’autres familles dans l’attente. Sa conviction guide chacun de ses pas : « Quand Dieu dit que ce n’est pas fini pour toi, il ne faut jamais dire que c’est fini ».

Coach Lamine, ciseau en main et le bras gauche légèrement levé, assiste joyeux à la coupure du ruban ; signe du lancement officiel des activités de sa fondation (©Coach Lamine)

Fierté partagée par le Dr Nézien et son équipe chez qui les patients se succèdent au cabinet. Sans pause. Le Dr Nézien imprime le rythme, sourire toujours présent. Une femme de 33 ans, venue de Korsimoro, consulte pour une douleur persistante à la cheville après un accident de circulation. Trois mois de traitement traditionnel, sans succès. Une radiographie est prescrite. Le diagnostic viendra ensuite.

Ce qui frappe, au fil des heures, c’est la courtoisie, l’humour discret, la capacité du médecin à rassurer. Ici, la consultation ne se limite pas à l’acte médical. Elle soigne aussi les esprits. « Un patient bien accueilli est à moitié guéri », confie-t-il simplement.

Ici, à gauche de l’image, un jeune homme souffrant d’une malformation, se déplaçait à  »quatre pattes ». À droite de l’image, après une intervention chirurgicale de l’équipe du Dr Nézien, le jeune homme arrive à mieux se déplacer (©CMC Morija)

Une couturière de 28 ans venue de Mogtédo, puis un homme de 75 ans résidant à Kaya, se succèdent en consultation. Fractures, douleurs chroniques et séquelles anciennes composent leurs maux respectifs. « On aime opérer, mais on opère quand c’est utile », glisse le médecin, léger sourire aux lèvres.

Une jeune fille d’une dizaine d’années, atteinte d’une malformation congénitale de la main droite, arrive avec son père, ils viennent de la capitale Ouagadougou. Le Dr Nézien prend le temps.

Il montre, explique, encourage la rééducation, propose une hospitalisation pour un suivi kinésithérapique adapté. La fatigue se lit dans les regards. Mais la détermination est intacte. À 13h 30, près de 30 patients ont déjà été consultés.

Consultations, soins et bloc opératoire 

Entre deux consultations, un infirmier signale une plaie ouverte dans la salle de soins. « Je viens voir », répond le Dr Nézien, sans rompre le rythme. Un cultivateur venu de Côte d’Ivoire consulte pour un pied bot. Examen debout, puis allongé. Le diagnostic est sans appel : une intervention chirurgicale s’impose.

Ashraf, 5 ans, se rétablit bien après son intervention chirurgicale. Suite au constat de Dr Nézien, le plâtre lui est retiré (©Burkina24) 

Les allées et venues se poursuivent. Prises de notes, clichés radiographiques, observation clinique. Mariam Coulibaly, 21 ans, venue de Nagréongo, présente une déformation des deux pieds. Elle aussi devra être opérée. Face à certains patients, l’émotion est forte. Tristesse, compassion.

Et parfois, soulagement. Comme pour Ashraf, 5 ans, dont le plâtre vient d’être retiré. La guérison est en bonne voie. Il est 18h 30 lorsque le Dr Nézien retire enfin sa blouse. Fin des consultations du jour.

Une équipe 100 % locale, un pari réussi

C’est la fin des consultations, mais Dr Nézien et nous devons nous entretenir encore un peu. Nous faisons ensemble le point de la journée. « Aujourd’hui, de 7h30 à 18h30, nous avons reçu 42 patients, dont le plus jeune avait 2 mois et le plus âgé 75 ans. 

Les pathologies sont polymorphes. Ça va des malformations congénitales aux infections articulaires, aux tumeurs… Nous avons reçu beaucoup de hanches et des déformations de genoux et de pieds. C’est d’ailleurs en gros ce que nous faisons au quotidien ici au centre », nous souffle le Chirurgien Orthopédiste-Traumatologue.

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Comme à l’accoutumée, poursuit-il, les patients viennent d’horizons divers. En ce qui concerne le Burkina Faso, Dr Nézien mentionne quasiment toutes les régions. De l’extérieur, il fait noter des patients venus de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Mali. Quelques fois, dit-il aussi, les patients viennent de la Guinée Conakry et du Bénin.

Depuis son arrivée au CMC en 2021, Dr Nézien et son équipe sont à 985 patients opérés. « Ce nombre ne tient pas compte du fait que certains patients présentent des lésions bilatérales ou plusieurs lésions. Si nous devons tenir compte du nombre de procédures chirurgicales, on est à plus de 1 000 procédures chirurgicales à ce jour », précise-t-il.

Dr Nézien, responsable médical au CMC de Kaya et l’un des infirmiers du centre examinent la radiographie d’un patient (©Burkina24)

Le bloc opératoire du CMC a été créé en 2010 et ne fonctionnait qu’avec l’aide de missions étrangères tous les 2 mois. La dernière mission remonte à février 2021. « Depuis lors, il n’y a plus de missions occidentales. C’est une équipe 100 % locale qui a pris le relais. Et les résultats sont fort appréciables par la population », rassure Dr Nézien.

Le centre médico-chirurgical Morija, anciennement Centre pour handicapés de Kaya, a été créé en 1993 pour prendre en charge les patients handicapés moteurs. Initialement axé sur la kinésithérapie et l’appareillage orthopédique, le centre a évolué pour inclure un bloc opératoire inauguré en 2010, spécialisé en soins orthopédiques et traumatologiques. Le CMC Marija se veut un centre de santé privé à but non lucratif.

Autrefois dépendant de missions médicales occidentales, le centre fonctionne désormais de manière autonome avec une équipe locale depuis 2021. Il offre des soins de haute qualité à des coûts accessibles, notamment pour les personnes vulnérables et défavorisées.

Malgré des ressources limitées et un personnel réduit, le centre maintient un fort engagement social, subventionnant les soins pour les patients incapables de les payer.

Le personnel, bien que restreint, est motivé et s’efforce de fournir des services de qualité. À Kaya, au CMC Morija, chaque journée est une bataille. Mais surtout, une victoire silencieuse contre le handicap et le désespoir. Tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir.

Tambi Serge Pacôme ZONGO  

Burkina 24  

Album photos

L’entrée principale du CMC de Kaya (©Burkina24)
Un jeune cultivateur, venu de la Côte d’Ivoire, consulte pour un pied bot (©Burkina24)
Cette patiente souffrant d’une malformation des membres inférieurs doit passer par une intervention chirurgicale (©Burkina24)
Une jeune fille d’une dizaine d’années, atteinte d’une malformation congénitale de la main droite, suivant les indications de Dr Nézien, fait des exercices de rééducation à l’aide d’un appareil acheté par son père (©Burkina24)
Dr Christian Terance Marius Nézien, chirurgien orthopédiste-traumatologue, chef de bloc opératoire et responsable médical du centre (©Burkina24)

Serge Pacome ZONGO

Tambi Serge Pacome ZONGO, journaliste s'intéressant aux questions politiques et de développement durable.

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