Assainissement | Des boues à la terre fertile : Le pari de l’ONEA à Dano et Diébougou

À Dano et Diébougou, les boues deviennent ressources. Le ministre d’État, ministre de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, le Commandant Ismaël Sombié, a procédé, le vendredi 20 février 2026, à l’inauguration de deux Stations de Traitement de Boues de Vidange (STBV) dans ces deux villes de la région du Djôrô. Ces infrastructures, réalisées et financées par l’Office National de l’Eau et de l’Assainissement (ONEA), visent le renforcement de la filière assainissement au Burkina Faso.
À Dano, la Station de Traitement de Boues de Vidange (STBV) a été réalisée pour un coût global d’environ 394 millions de F CFA. Elle comprend trois modules de quatre lits de séchage, soit douze lits au total.
Ces installations permettent de séparer les parties liquide et solide des boues de vidange. Le dispositif est complété par une aire de séchage, une aire de compostage, un bâtiment administratif, une guérite ainsi qu’un système d’adduction d’eau potable.
Du côté de Diébougou, l’infrastructure, financée à hauteur de 429 millions de F CFA, est composée de quatre modules de quatre lits de séchage chacun, dont deux modules à pavés et deux modules à sable.

Le site comprend également une aire de séchage des boues, un hangar de stockage, des vestiaires, une guérite et plusieurs ouvrages annexes. Selon le Directeur général de l’ONEA, Flandion Idrissa Sourabié, ces stations apportent une solution concrète à un problème majeur de santé publique.
« Par le passé, certaines boues étaient déversées dans la nature, créant des risques sanitaires et environnementaux importants. Ces infrastructures vont contribuer à résoudre ces difficultés tout en transformant un problème en opportunité », a-t-il indiqué.
L’ingénieure Odile Ouandaogo/Yaméogo détaille le fonctionnement de la STBV de Dano
Présente sur le site de Dano, Odile Ouandaogo/Yaméogo, ingénieure en Eau et Assainissement et membre de l’équipe technique de l’ONEA, a apporté des précisions techniques sur les installations réalisées.
Implantée sur un site de neuf hectares offert par la commune de Dano, la station comprend une guérite à l’entrée ainsi qu’un bâtiment administratif abritant un local technique, un bureau de caisse, un bureau pour le personnel d’exploitation, un magasin et des toilettes.

Réalisée en plusieurs phases, la station dispose, pour sa première phase, de trois modules de quatre lits de séchage chacun. Chaque module est doté de lits d’une capacité de 120 m³ permettant le dépotage des boues issues des vidanges domestiques. L’ingénieure a expliqué que le système intègre un dispositif d’évacuation du percolat, les eaux issues des boues, acheminé vers un réacteur pour traitement, puis vers un bassin de finition.
Les boues solides, quant à elles, sont étalées sur une aire de séchage pendant 28 jours avant d’être conditionnées en sacs et stockées dans un hangar pour un usage agronomique. « L’objectif est d’obtenir des boues hygiénisées pouvant être utilisées en agriculture, tout en rejetant des eaux traitées conformément aux normes, sans danger pour l’homme et l’environnement », a-t-elle souligné.
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Elle a précisé qu’une deuxième phase prévoit la construction d’un troisième bassin destiné à renforcer le traitement des eaux, lesquelles pourront également être utilisées pour le maraîchage. L’ingénieure a enfin lancé un appel à l’appropriation communautaire. « C’est une première au Burkina Faso pour la ville de Dano. Il est essentiel que les populations prennent ces infrastructures au sérieux.
Disposer d’un site formel de dépotage permet d’éviter les rejets anarchiques dans la nature, sources de pollution et de maladies », a-t-elle souligné. Concernant l’exploitation, elle a indiqué que le coût de dépotage est fixé à 2 500 F CFA pour une citerne de neuf mètres cubes.
Valorisation des boues : Une opportunité économique
L’un des aspects innovants de ces stations réside dans la valorisation des boues traitées. À l’issue du processus, celles-ci peuvent être transformées en compost destiné à l’agriculture. Cette approche s’inscrit dans une dynamique d’économie circulaire, alliant assainissement, protection de l’environnement et soutien au secteur agricole.

Le ministre d’État, le commandant Ismaël Sombié a souligné que l’objectif principal est d’assainir durablement les villes concernées et d’éviter les déversements anarchiques en plein air. « En plus d’améliorer le cadre de vie et la santé des populations, le compost issu du traitement peut générer une valeur ajoutée pour les producteurs », a-t-il affirmé, tout en insistant sur la nécessité d’une gestion rigoureuse des infrastructures.
Un appel à l’appropriation communautaire
Les autorités ont invité les populations à s’approprier de ces ouvrages et à en faire un usage responsable. L’ONEA s’est engagé à assurer une gestion efficace des stations et à sensibiliser davantage les usagers sur l’importance du recours aux services formels de vidange.

Pour Donyao Hien, Secrétaire générale de la Fédération des Associations pour le Développement et l’Épanouissement des Femmes du Sud-Ouest (FADEFSO), ce projet ouvre de nouvelles perspectives. Elle s’est réjouie de la possibilité d’utiliser les produits issus du traitement pour des activités agricoles et génératrices de revenus, notamment pour les femmes et les jeunes.




