Ouganda : Les avocats tournent la page de l’héritage colonial et bannissent les «Votre Honneur » dans les tribunaux

L’Ouganda engage une profonde réforme symbolique de son système judiciaire. L’Ordre des avocats ougandais (Uganda Law Society) a annoncé l’abolition de plusieurs pratiques héritées de l’époque coloniale britannique, notamment les titres honorifiques et gestes de soumission envers les magistrats, rapporte Brut Afrique.

Baptisée « Abolition of Colonial Court Culture », cette initiative interdit désormais aux avocats l’usage de formules telles que « My Lord », « Your Lordship » ou « Your Worship », jugées incompatibles avec les principes d’égalité devant la justice.

Depuis le 7 juillet 2026, les professionnels du droit sont invités à s’adresser aux juges avec des appellations plus neutres comme « Monsieur le juge », « Madame le juge » ou simplement par leur nom. Les révérences devant les magistrats sont également abandonnées.

Pour l’Ordre des avocats, ces pratiques constituent des vestiges d’une époque où la justice reproduisait des rapports hiérarchiques coloniaux. Elles contribueraient à maintenir une « culture archaïque de civilité ritualisée » en donnant aux magistrats une position de supériorité symbolique face aux citoyens.

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La réforme est soutenue par le Radical New Bar (RNB), un courant réformateur au sein de la profession juridique ougandaise. Le mouvement estime que la justice doit être plus accessible et débarrassée des symboles qui rappellent l’administration coloniale.

La directive a été rendue publique lors de la journée Saba Saba, une date associée aux luttes pour les libertés civiles en Afrique de l’Est, renforçant ainsi sa portée politique et symbolique.

Perruques, robes et langues judiciaires dans le viseur

Les changements pourraient aller plus loin. Une consultation nationale de 90 jours a été ouverte afin d’évaluer le maintien d’autres traditions héritées du système britannique.

Les discussions porteront notamment sur le port des perruques et robes judiciaires, l’utilisation dominante des langues étrangères dans les tribunaux et les symboles ou pratiques jugés éloignés des réalités culturelles ougandaises.

L’objectif affiché est de construire une justice plus proche des populations, avec des codes davantage ancrés dans le contexte national.

La réforme suscite toutefois des réactions au sein de l’appareil judiciaire. Le porte-parole de la justice ougandaise, James Eremye, a rappelé que les tribunaux sont des institutions indépendantes. Selon lui, l’Ordre des avocats ne dispose pas de l’autorité nécessaire pour imposer aux juges la manière dont ils doivent être appelés.

Il estime également que les promoteurs de cette réforme auraient dû passer par les cadres institutionnels prévus pour soumettre leurs propositions.

Entre volonté de modernisation et défense des traditions judiciaires, l’Ouganda ouvre ainsi un débat plus large sur la place des héritages coloniaux dans les institutions africaines.

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