Réformes politiques : Attention au retour du boomerang

Après une longue période d’incertitudes généralisées sur le processus de reformes politiques, l’opinion nationale  avait fini par accorder le bénéfice du doute au pouvoir et à tous ceux qui y étaient engagés. Chemin faisant, elle a fini par admettre la probabilité que ce processus accouche de reformes fortes à même de rétablir la confiance aux institutions, de relancer la démocratie et de réanimer la paix sociale souffrante. Elle avait en outre juré comme un charretier qu’elle serait contre une éventuelle modification de l’article 37. Désormais, le pays pouvait en toute tranquillité tirer au clair son inconscient dans l’optique d’avancer sans craindre « le retour du refoulé ».

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Depuis, des propositions de reformes ont été formulées après plusieurs mois de tractations. La modification de l’article 37 n’a pas bénéficié du consensus nécessaire à sa modification.  Tout paraissait parti sur le bon chemin, mais le pouvoir, comme s’il était insensible aux critiques, semble reparti vers ses anciens amours en faisant cavalier seul dans la mise en application des reformes sortis par consensus. En effet, le 25 janvier dernier, le Président du Faso a informé le conseil des ministres de « la saisine prochaine de l’Assemblée nationale d’un projet de loi portant révision de la Constitution du Burkina Faso, notamment en son article 81 ». Cette révision consisterait à éviter un vide institutionnel et permettrait aux députés de siéger et de voter les lois nécessaires aux réformes après le 05 mai 2012, date marquant la fin de leur mandat. Ce même conseil a adopté un décret portant création, attributions, composition, organisation et fonctionnement du comité de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre des réformes politiques. Ce comité qui est une des recommandations des assises nationales a pour missions principales d’examiner et de valider le projet de plan d’action de mise en œuvre des réformes politiques ; de suivre son exécution et de produire des rapports périodiques d’évaluation de l’état de mise en œuvre de ces réformes.

C’est un signe qui ne trompe pas. Le pouvoir va vers une monopolisation de l’application des réformes. Il ne forme pas un gouvernement tripartite (OSC – opposants – pouvoir) pour appliquer ces reformes et n’attend pas qu’un nouveau parlement soit élu en 2012 pour voter les lois liés. L’Assemblée nationale actuelle, elle-même concernée par les reformes en cours, ne parait pas être la plus qualifiée pour voter les lois évoquées plus haut. Or, si on veut bien voir, il est logique que les prenants part aux réflexions sur réformes politiques participent à asseoir leur application. L’argument qui semble être invoqué par le pouvoir est que les institutions de l’Etat fonctionnent très bien. « Y a pas besoin d’un autre gouvernement ou d’une constituante pour la mise en œuvre des reformes », avancent-il. Alors si tout va bien pourquoi reformer ? Question !

Sommes-nous repartis à la case départ ? On n’en sait rien mais rien non plus n’arrache l’impression que le peuple a peut être été trahi, que tous ceux là qui se sont sacrifiés pour accompagner le CCRP et les assises nationales l’ont juste fait pour protéger le système qui, au fort de la crise de 2011, était fortement ébranlé.

On peut être inquiet si c’est définitivement l’option décidée par le président Compaoré, de faire cavalier seul dans cette affaire,  d’autant plus que les partenaires techniques et financiers du Burkina ont l’œil définitivement  rivé sur l’application des réformes. Dans ce même registre, il donnerait raison à tous ceux (les opposants reconnus par le chef de file de l’opposition politique ainsi que bon nombre d’organisations de la société civile) qui estimaient qu’il était totalement inutile de participer au processus de reformes parce que c’est de « la poudre aux yeux ». Il décevra définitivement les maigres soutiens qu’il a eu des opposants non alignés, de certaines OSC.

Les Burkinabé attendent une application sérieuse et transparente de reformes sensées déparasiter notre démocratie et protéger l’avenir du pays. Il serait de bon aloi que tous sachent comment les choses avancent et vers où nous allons, se sentent concernés par ces réformes, au même titre que lors des réflexions du CCRP et des assises nationales. Si tel n’est pas le cas, il y a des raisons de craindre pour tout le pays parce que la crise c’est derrière nous, mais c’est aussi devant nous.

B24

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