Sénégal : Wade s’immunise contre une place Tahrir

Ce lundi 20 février, une manifestation du M23 prévue pour se tenir sur la Place de l’Indépendance à Dakar au Sénégal contre la candidature d’Abdoulaye Wade à la présidentielle, a été interdite. Elle n’a pu avoir lieu car les forces de l’ordre l’ont barricadée comme une forteresse. Les manifestants n’ont pas voulu forcer et ont annulé le regroupement.

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Abdoulaye Wade, président sénégalais Ph : rezomultimedia.com

Ainsi, Abdoulaye Wade, l’un des plus vieux présidents africains, sait-il tirer leçon de l’histoire. Ou disons, quand cela l’arrange. Ayant sans doute vu comment la place Tahrir a plumé Hosni Moubarak de son pouvoir en Egypte, Wade a préféré s’injecter un vaccin hautement préventif : boucler la place de l’Indépendance. Mais, entre parenthèses, il ne se souviendra pas d’avoir conseillé à Mouammar Khadafi de lâcher le pouvoir à cause, pratiquement, des mêmes raisons que celles sénégalaises. Mémoire sélective d’un politique octogénaire  ou trous de mémoire d’un octogénaire « sénile », comme l’avait dit l’autre.  Sans doute.

Revenons à la Place de l’Indépendance. Une place hautement symbolique et qui aurait merveilleusement servi de place Tahrir aux activistes du mouvement M23. Une fois établis là, ils auraient pu y lancer leurs stridents appels au départ du pouvoir de l’actuel président sénégalais. Comprenant le jeu, Gorba a érigé en forteresse la place de l’Indépendance, forçant les manifestants à tourner autour, puis  à repartir.

Pourquoi les manifestants n’ont-ils pas forcé ?

On se demande d’ailleurs pourquoi ces derniers n’ont pas forcé pour prendre d’assaut cette tribune. Peut-être que les violences du week-end ont enseigné la sage idée de jouer la carte de la retenue. Les Sénégalais, ceux qui veulent le départ de Wade, ne sont sans doute pas prêts à subir les mêmes sacrifices que les Egyptiens de la place Tahrir. Peut-être également que le spectacle de ce Dakar enfumé, violenté et sur le chemin du chaos a effrayé.

Les meneurs de ces manifestations ont imaginé ce que le Sénégal aura à payer si l’argument du départ du maître du Sopi par la force et la violence devrait être utilisé jusqu’au bout.  Surtout si Abdoulaye Wade est malgré tout élu (et c’est le scénario le plus plausible à l’allure où vont les choses) au soir de l’élection présidentielle. Tous ces dégâts, ces potentielles victimes et ce retour en arrière du Sénégal n’auraient servi à rien.

Prendre Wade à son propre jeu ?

Mais tout cela reste dans l’antre des hypothèses et des probabilités. Les jours à venir situeront sans doute sur l’option des détracteurs du président sénégalais. Vont-ils rallumer la mèche du canon des manifestations ou rejoindront-ils la logique de l’opposant Macky Sall ? A savoir se résoudre à battre Abdoulaye Wade sur sa propre aire de jeu : l’élection.

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Abdou ZOURE

Abdou Zouré, journaliste à Burkina24 de 2011 à 2021. Rédacteur en chef de Burkina24 de 2014 à 2021.

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