EGYPTE : l’Armée freine l’ascension des Frères Musulmans.

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Voilà un peu plus d’un an que le printemps arabe à emporté le Raïs Egyptien Hosni Moubarak et qu’un Conseil suprême des forces armées (CSFA) est en charge des affaires courantes et de l’organisation des différentes élections afin d’aboutir à une démocratisation de la vie politique et à la rédaction d’une nouvelle constitution.

Mais, depuis l’arrivée de ce comité militaire, les choses ne sont pas vraiment allées dans le sens voulu par ces nombreux jeunes Egyptiens qui avaient pris en otage la célèbre place Tahrir pour obtenir une Egypte plus démocratique, plus libre et plus juste.

En lieu et place d’un processus démocratique comme l’attendaient les milliers de manifestants de la place Tahrir, c’est plutôt une guerre froide entre les frères musulmans (qui espèrent un pouvoir dont ils ont rêvé 50 ans durant) et l’armée (qui a toujours eu une main mise sur la vie du pays) qui ponctue la transition entamée depuis la fin de l’ère Moubarak.

les frères musulmans qui ont vu en cette révolution l’opportunité historique de se saisir du pouvoir , ont donc pris part dans un premier temps aux manifestations ayant conduit à la chute du Raïs.

Dans un deuxième temps ils ont participé aux élections législatives organisées et, fort d’un travail de terrain effectué des décennies durant, ils ont remporté 47% des sièges du parlement devenant de fait  la première force politique du pays. Dès lors la logique est claire, les frères musulmans se dirigent vers la détention de tous les pouvoirs dans l’Egypte post révolutionnaire et rien dans un processus transparent ne semble à même d’empêcher leur marche glorieuse vers le pouvoir absolu. En effet, détenant la majorité au parlement ils dominent la constituante composée de députés et chargée de rédiger la nouvelle constitution ce qui veut dire que la prochaine constitution dans un tel cas de figure sera ce qu’ils voudront qu’elle soit ; et malgré les discours pour rassurer l’on s’attend à une constitution fortement inspirée de leur idéologie religieuse.

Après l’acte 1 de cette ascension que constitue l’étape des élections législatives et leurs conséquences pour les frères musulmans, voici venu l’acte 2 : l’élection présidentielle.

Après le premier tour de l’élection qui a opposé 12 candidats et qui au final a consacré un second tour ou s’affrontent Mohamed Morsi (Candidat des frères musulmans, arrivé en tête du premier tour avec 24,78%) et  Ahmed Chafik (Ancien premier ministre de Moubarak arrivé deuxième avec 23,66% des voix au premier tour), le boulevard semble libre pour les islamistes. Il n’en demeure pas moins que le second tour dont les résultats sont attendus le 21 Juin, est une élection sous tension car nul ne saurait prédire l’avenir tant les Egyptiens sont indécis entre le risque islamiste et le risque d’un retour des dignitaires de l’ancien régime.

Dans le camp d’en face c’est-à-dire dans l’armée, on est pas resté tout ce temps spectateur. Bien que faisant en sorte de caresser le peuple un peu dans le sens du poil, l’armée n’en a pas pour autant renoncer à un certain nombre de privilèges politiques et économiques mais plus encore, il ne se fait pas à l’idée de voir l’Egypte devenir une république islamique ou encore pire, un pays qui vivrait dans l’instabilité comme c’est le cas en Libye et dans une moindre mesure en Tunisie.

Pour cela, il lui fallait éviter que les frères musulmans ne se retrouvent avec l’essentiel des pouvoirs. Ainsi donc, profitant d’une décision de la haute cour constitutionnelle qui a déclaré anticonstitutionnelle une partie de la loi électorale ayant conduit à l’élection du nouveau parlement et qui invalidait de ce fait l’élection d’un tiers des députés, l’armée a purement et simplement  dissout le 15 Juin dernier le parlement.

La conséquence en est que même en cas de victoire du candidat islamiste, on se retrouve dans une situation où on ignore les pouvoirs détenus par le président élu car il n’y a jusque là pas de constitution. En plus de cette situation désagréable pour les frères musulmans, ces derniers ne disposeront pas du pouvoir parlementaire nécessaire à tout gouvernement mais qui plus est,  ils ne pourront pas dans de telles circonstances influer sur la coloration de la nouvelle constitution.

Il est clair à la lecture de ces faits que beaucoup qualifient de coup d’état, que l’armée n’entend  pas céder tous les pouvoirs aux frères musulmans et courir le double risque de se voir exclu de la direction des affaires du pays et de voir s’instaurer une république islamique.

L’opinion publique ne sait pas où donner de la tête car même si la majorité des Egyptiens ne voudrait  plus voir l’armée aux commandes, elles n’en est pas pour autant favorable à une république islamiste. La crainte est de plus en plus partagée par le peuple, de se voir imposer une dictature religieuse en lieu et place d’un régime militaire. Certaines couches de la population sont encore plus craintives que d’autres et ne s’en cachent pas, c’est le cas de la communauté copte.

Cela explique notamment le fait que la jeunesse révolutionnaire ne se soit pas spontanément dressée contre ce coup de force des militaires d’une part mais, surtout que la communauté internationale adopte une position neutre et laisse faire car, ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie et en Libye fait mentir ceux qui ont soutenu que les révolutions arabes n’auraient pas débouchées sur des régimes islamistes.

Il semble en conclusion que cette armée dont les Egyptiens ne voulaient pas dans l’Egypte post révolution, pourrait bien au-delà de demeurer dans le jeu politique, constituer un rempart face à une percée islamiste qui rassure de moins en moins le peuple Egyptien.

Youssouf Bâ

Correspondant de B24 à Dakar

There are 2 comments

  1. L’exemple des pays cit?s dans l’article suffit pour tirer cette conclusion, on voit aussi avec le mali que une republique islamique n’est pas necessairement acceptable du point de vue libert? individuelle

  2. Mon cher BA.En lisant ton article j’ai l’impression que tu as une pens?e diabolisante. Pour l’islam. De toute mani?re au lieu de critiquer les FR?RES MUSULMANS pas ? travers les faits mais seulement pour leur id?ologie religieuse souhaite plut?t un processus ?lectoral d?mocratique. Si les Egyptiens votent pr?f?rentiellement les FR?RES MUSULMANS c’est qu’ils ?pousent majoritairement leur id?ologie. Et je pense que c’est ?a la d?mocratie et non forc?ment les id?ologies occidentales.

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Youssouf Bâ

Juriste, Spécialisé en Droit de l'Intégration. Journaliste, Poète.

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